Skip to content

Coopération variable

1 novembre 2014
coopération

Pays participant à la coalition contre l’État islamique

J’ai été fort étonné en lisant La route de la servitude de Friedrich Hayek de constater que ce penseur admiré par la droite libertarienne appuyait la création d’une structure gouvernementale supra-nationale pour pouvoir faire face aux enjeux internationaux. Ce livre ayant été écrit en 1944, vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il est bien normal que Hayek considérait que le maintien de la paix devrait être le premier mandat d’un tel «gouvernement».

On pourrait dire que l’Organisation des nations unies, surtout son Conseil de sécurité, a justement ce mandat. Sauf que, comme le pensait justement Hayek, il est difficile de voir au respect des décisions d’un tel organisme. Pensons à Israël qui bafoue un grand nombre de résolutions de l’ONU (33 selon cet article) depuis des années sans en subir de conséquences. Comme je le disais dans le billet que j’ai consacré au livre de Hayek, toute entente internationale doit reposer sur la coopération. Et, cette coopération n’est pas toujours là, chaque pays tentant bien souvent de jouer au passager clandestinune personne ou un organisme qui obtient et profite d’un avantage (…) sans y avoir investi autant d’efforts (argent ou temps) que les membres de ce groupe»).

Le réchauffement climatique

Les ententes sur le réchauffement climatique sont probablement les meilleurs exemples de la nécessité de la coopération et, malheureusement, du comportement trop fréquent des passagers clandestins. Le congrès des États-Unis a justement profité de l’exclusion des pays pauvres du protocole de Kyoto (qu’il affirmait être des passagers clandestins qui profitaient des efforts des autres sans en fournir) pour rejeter l’accord. Le Canada, même s’il a signé ce protocole, ne s’est pas gêné non plus pour ne pas le respecter et s’en retirer.

Et il demeure assez effarent de, par exemple, lire notre André Pratte national déclarer cette semaine que l’impact des émissions de gaz à effet de serre de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux «est minuscule» (de façon étrange, une partie du texte de son article de la version papier ne se retrouve pas sur Internet. Il écrivait : «Selon les projections du Global Carbon Project, les émissions mondiales de GES atteindront 43,2 milliards de tonnes de CO2 dans 5 ans. Si d’ici là, le Canada cessait toute exploitation des sables bitumineux; les émissions planétaires passeraient à… 43,1 milliards de tonnes.» Peut-être s’est-il trompé?). Voilà bien le signe immanquable du passager clandestin : ça ne changera pas grand chose quoi que je fasse, alors pourquoi le faire?

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et les transporteurs aériens ont exactement le même comportement de passager clandestin (qu’ils pourchassent pourtant s’ils tentent de monter dans leurs avions…) lorsqu’ils soulignent que leur industrie n’émet «que» 2 % des émissions de GES. Bien sûr que, avec 7 milliards d’êtres humains sur cette Terre, aucun n’est responsable de ce qui se passe à l’échelle de la planète et que s’il ne fait personnellement rien pour restreindre ses émissions de GES, cela n’aura aucun impact. Mais, c’est avec ce genre de raisonnement qu’on fonce dans le mur…

La concurrence fiscale et l’Ebola

C’est exactement le même phénomène qu’on observe quand les pays se concurrencent pour attirer des entreprises (voir ce billet). Un pays comme l’Irlande (sans parler des paradis fiscaux) profite des autres pour son petit avantage personnel alors que ce type de comportement est une des causes principales des déficits budgétaires des gouvernements. Et même quand les pays finissent par s’entendre pour coopérer, comme on l’a vu cette semaine, ils se donnent des délais de plusieurs années avant que les mesures sur lesquelles ils s’entendent soient mises en application (alors qu’elles sont bien insuffisantes, comme on le mentionne à la fin de l’article). Combien de passagers clandestins se cacheront d’ici là?

Il en est de même dans la lutte contre l’Ebola qui devrait normalement susciter un élan de coopération international sans compromis. Mais, non, chaque pays espère qu’un autre fera ce que tous devraient faire et certains, comme le Canada et l’Australie, préfèrent même bloquer leurs frontières pour être certains que ce ne soit que des pays africains qui en souffrent. Et, pendant ce temps, des milliers de personnes en crèvent et le virus a davantage de possibilités de se répandre, même dans les pays qui se croient bien protégés par le blocage de leurs frontières…

La guerre

Mais, il y a un domaine où les passagers clandestins habituels, comme le Canada de Harper, lèvent la main sans se faire prier, soit la guerre. Sans discuter de la pertinence de la guerre contre l’État islamique, ce sujet devrait faire l’objet d’un billet à lui seul, il est assez renversant de voir à quelle vitesse le Canada a promis d’envoyer ses vieux coucous pour contribuer à cette guerre. Pourtant, l’impact de la participation canadienne sur cette guerre sera-t-il supérieur à celui des émissions de gaz à effet de serre de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux sur les émissions mondiales? Pas sûr… J’ai l’impression qu’il sera, comme le dit si mal André Pratte, au mieux minime. Mais on ne s’est même pas posé la question, il fallait coopérer!

Notons que le refus de participer de Jean Chrétien à la guerre en Irak de George W. Bush est d’un autre ordre, l’objet de la guerre étant à sa face même tout à fait injustifié. Et, même si la décision était évidente, on l’a encensé pour l’avoir prise. Et, je dois dire que, dans le contexte, ces louanges étaient méritées!

Et alors…

La guerre a toujours eu un attrait et une urgence tels qu’on ne se pose pas trop longtemps de questions avant de dépenser des fortunes pour s’y embarquer et pour mettre en danger la vie des jeunes (et des populations) de tous les pays. En 1938, Roosevelt a mis fin au New Deal parce qu’il coûtait trop cher en causant une nouvelle récession, mais, soudain, après l’attaque de Pearl Arbour par les Japonais, rien ne coûtait trop cher pour embarquer dans la guerre! Je ne dis pas, encore là qu’il avait tort, c’est une autre question, mais il demeure que, lorsqu’il s’agit de dépenser pour aller tuer d’autres êtres humains, il n’y a plus de passagers clandestins, tous participent!

Hayek croyait qu’une structure gouvernementale supra-nationale serait garante de la paix. Mais les pays préfèrent coopérer pour faire la guerre que pour faire la paix ou se prémunir contre les dangers qui menacent la présence même des humains sur cette Terre…

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :