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La théorie critique de la valeur

1 décembre 2014

valeurMême si je venais de terminer un polar quand j’ai débuté la lecture de La tyrannie de la valeur : débats pour le renouvellement de la théorie critiquelivre dirigé par Éric Martin et Maxime Ouellet, je n’ai pas hésité à le commencer par la fin, soit par le glossaire. Même si ce glossaire est éclairant, j’aurais eu besoin d’un glossaire sur le glossaire pour tout bien saisir…

J’ai mentionné à de nombreuses reprises mes lacunes dans la compréhension des livres écrits par des philosophes et des sociologues. Ces lacunes ont ici atteint leur sommet! Même si ce livre contient 10 textes écrits par 10 auteurs et une seule auteure (je ne sais pas s’il faut conclure quelque chose de ce constat), je me sens bien démuni pour résumer ce livre ou même un des textes qu’il contient.

Ce livre porte essentiellement sur le «courant dit de la « critique de la valeur » (Wertkritik)», comme on peut le lire à la quatrième de couverture, texte reproduit sur cette page. Déjà que j’avais abandonné la lecture du Capital de Karl Marx après quelques pages seulement dans ma lointaine jeunesse, trouvant sa lecture trop exigeante, je me vois bien incapable de juger de la pertinence de l’analyse de ce courant (qui tente, entre autres choses de distinguer l’interprétation de la valeur du Marx exotérique de celle du Marx ésotérique).

Le peu que j’ai toujours compris de la théorie de la valeur de Marx est qu’elle distingue la valeur d’usagevaleur d’un bien ou d’un service pour un consommateur en fonction de l’utilité qu’il en retire par rapport à sa personne, à ses besoins et à ses connaissances dans des circonstances données») de la valeur d’échangele taux auquel une marchandise s’échange»), prenant ses distances avec le concept de la valeur des économistes classiques qui l’associait à la rareté.

Le courant de la critique de la valeur va beaucoup plus loin. Si tous les auteurs semblent s’entendre que la valeur (j’ai cru comprendre que, quand ce terme est utilisé seul, il signifie «valeur d’échange») est fonction du travail humain incorporé dans une marchandise ou est la conséquence de ce travail, ils expliquent leurs positions pas toujours partagées sur d’autres aspects de la question.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Je dois ici utiliser encore une fois une façon de ne pas me prononcer en disant que ça dépend… Il faut sans aucun doute éprouver un intérêt manifeste pour le sujet abordé par ce livre pour en profiter pleinement. Un bon moyen de savoir si c’est le cas est le lire l’entrevue que Marc-André Cyr a réalisée avec Éric Martin et Maxime Ouellet qui ont dirigé la publication de ce livre (en deux parties, voir la première et la deuxième).

Dans mon cas, j’ai considéré cette lecture comme un défi. À force de lire certains termes mis en contexte de différentes façons, j’en suis venu à comprendre en gros le sens et les distinctions entre, par exemple, les différentes formes de travail : socialement nécessaire, concret, abstrait, utile, social, objectivé, mort, vivant, accumulé, cristallisé, etc. J’ai toutefois encore des difficultés à maîtriser d’autres concepts, tels le fétichisme de la marchandise, la médiation, l’aliénation, le matérialisme historique, la subsomption, les contextes anhistoriques et transhistoriques, le substantialisme, l’essentialisme, la subjectivation et l’objectivation, surtout quand plusieurs de ces termes se retrouvent dans une même phrase… J’aurais aimé qu’un texte supplémentaire soit ajouté au début du livre pour vulgariser ces concepts, quitte à avertir les lecteurs que ce texte n’est pas nécessaire pour ceux qui connaissent bien le sujet. C’est peut-être ce que les directeurs de la publication ont cru faire, mais ce ne fut pas suffisant pour moi.

Bref, il s’agit d’un livre savant qui explore à fond le courant de la critique de la valeur. Si ce sujet vous intéresse, il faut le lire sans faute. Sinon…

20 commentaires leave one →
  1. 1 décembre 2014 5 h 49 min

    Par ailleurs, on peut lire dans plusieurs textes que l’emploi est actuellement à la baisse en raison de la surproduction et de la plus-value accaparée par les capitalistes (ou, en tout cas, d’une contradiction du capitalisme). Pourtant, le taux d’emploi était en 2013 à son sommet historique au Québec dans la moitié des 12 tranches d’âge pour lesquelles l’Enquête sur la population active de Statistique Canada (voir https://jeanneemard.wordpress.com/2014/11/12/250-000-emplois-2/ ). Probablement une autre contradiction du capitalisme que je ne comprends pas…

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  2. Clément Bernier permalink
    1 décembre 2014 20 h 43 min

    A quand une nouvelle critique de la valeur théorique des PDG du S&P500?

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  3. 1 décembre 2014 22 h 22 min

    En valeur d’échange, ils en ont beaucoup, semble-t-il, mais en valeur d’usage, beaucoup moins, s’ils en ont.

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  4. THE LIBERTARIAN BADASS permalink
    2 décembre 2014 17 h 15 min

    « surtout quand plusieurs de ces termes se retrouvent dans une même phrase…  »
    Ce qui peut nous ramener à ce qu’est désormais devenu la philosophie, soit faire des phrases avec le plus de mots « savants » possibles. S’il n’est pas en papier glacé, ce livre pourrait toujours servir à allumer l’poêle!

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  5. 2 décembre 2014 17 h 51 min

    Ben non, il fallait que je le rapporte à la bibli…

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  6. Yves permalink
    2 décembre 2014 21 h 54 min

    «Sinon…«

    Dans l’poêle, sinon à l’bibli.😉

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  7. 2 décembre 2014 22 h 25 min

    Moi, que je les aime ou pas, ils retournent à la bibli!

    Si j’achète 5 % des livres que je lis, c’est un max! À l’oeil, c’est plus autour de 2 %. Et, encore, je ne les achète pas pour moi!😉

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  8. benton65 permalink
    3 décembre 2014 0 h 16 min

    « Ce qui peut nous ramener à ce qu’est désormais devenu la philosophie, soit faire des phrases avec le plus de mots « savants » possibles. »

    C’est déjà mieux que de faire des phrases creuses avec le plus de stéréotypes possibles comme à la défunte Radio X….(Quoiqu’ils ont déménagés a NRJ je crois!)

    N’empêche que cela me désole qu’autant de gens aient retenus peu de choses de leurs cours de philosophie au CEGEP…

    On dira ce que l’on voudra, il n’y a pas meilleur que la philosophie pour développer la réflexion.

    Aimé par 1 personne

  9. THE LIBERTARIAN BADASS permalink
    3 décembre 2014 0 h 46 min

    well, Benton,
    Heureusement que la première année nous amenait à Platon pour qui les MATHÉMATIQUES étaient la gymnastique de l’esprit. Ce qui nous a amené rapidement aux penseurs contemporains comme Éric Duhaime et Doom Dumas… Non je n’ai pas regretté d’avoir suivi cette ^première année de cégep! Ça m’a mis au monde comme penseur contemporain successeur d’Habermachin.

    Aimé par 3 people

  10. THE LIBERTARIAN BADASS permalink
    3 décembre 2014 0 h 52 min

    J’espère que le livre ne vient pas de la librairie de l’UQAM… Parce qu’avec 1 seule femme pour dix hommes y risque de se retrouvé plein de p’tit stickers sua politique 16! Ça brule mal ces crisses de collants là. Ça va rendre ma truie hystérique!

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  11. 3 décembre 2014 6 h 56 min

    @ Benton

    « il n’y a pas meilleur que la philosophie pour développer la réflexion.»

    Encore faut-il qu’on puisse comprendre quelque chose pour réfléchir! Essaie ce livre, tu verras!

    @ THE LIBERTARIAN BADASS

    «J’espère que le livre ne vient pas de la librairie de l’UQAM»

    Pas loin de là, de la Bibliothèque nationale (dite «Grande»).

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  12. Yves permalink
    3 décembre 2014 7 h 21 min

    «Ce qui nous a amené rapidement aux penseurs contemporains comme Éric Duhaime et Doom Dumas… «

    Hahaha! Quelle pirouette!🙂

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  13. benton65 permalink
    3 décembre 2014 12 h 55 min

    Aucun des profs de philo que j’ai eu nous a fait lire des philosophes. Les cours étaient plutôt axé le questionnement, le sens critique, la réflexion et la logique.
    Je crois bien que les profs étaient conscient que faire lire des philosoques a des jeunes serait de la perte de temps.

    J’ai lu Kant voilè plus 25 ans et je ne serais dire ce que j’ai retenu. Mes lectures récentes ce limite à Chomsky (un linguiste), Krugman (un économiste) et Baillargeon (un philosophe!).

    …. et je n’ai jamais lu ce grand penseur qu’est Éric Duhaime!!!

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  14. Richard Langelier permalink
    27 décembre 2014 23 h 09 min

    Comme Yves préfère mes commentaires courts, j’irai morceau par morceau.

    Alors dès le début de la lecture de l’introduction (je suis rendu à la page 36), je lance un : «de toute beauté!»
    Je suis par contre troublé. «La logique totalitaire : essai sur la crise de l’Occident» de Jean Violac est cité. Or j’ai trouvé cette critique, grâce à la techné d’un moteur de recherche : http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article552
    Je partage la conclusion de Vincent Billard :
    «Disons-le clairement, en guise de conclusion : la technologie moderne pose incontestablement des problèmes réels, concrets, de très grande ampleur, qu’il serait bien entendu vain de nier, et auxquels il faudra bien trouver des solutions elles aussi réelles et concrètes. Mais dans cette entreprise, la philosophie de Heidegger, ou plutôt devrait-on dire le roman métaphysique qu’il a construit, la Saga de l’Estre, ne nous paraît d’aucun secours et d’aucune utilité, ni pour y apporter des solutions concrètes, bien sûr, mais ni même seulement pour penser ces problèmes de manière adéquate. Et sur ce point l’aventure intellectuelle de Jean Vioulac, aujourd’hui achevée, en constitue certainement, comme d’autres mais sans doute plus que d’autres, du fait de sa cohérence et de sa rigueur, une démonstration éclatante.»

    Je suis maintenant rendu à la page 118. Oh, là, là! Je confesse que ceux qui «risent» de la philosophie ésotérique de ce livre ont raison [1]. J’étais persuadé que ce livre représentait la 3e génération de freitagiens (sauf Jacques Mascotto). Je suis déçu, mais je garde espoir. Le chapitre écrit par Marie-Pierre Boucher me donnera peut-être des outils pour ma participation à la rédaction du programme de Québec solidaire sur le thème de la Condition féminine.

    [1] Je sais bien que les Yves, Benton et tutti quanti ne l’ont pas lu. Ayant entendu des extraits de Machiavel dans le film de Denys Arcand «Le confort et l’indifférence» (a), je sème la zizanie entre eux et toi, Darwin, pour considérations futures.
    (a) Je partage le propos de cette ébauche de Wiki http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Confort_et_l%27indiff%C3%A9rence . «Le film présente la déception des élites intellectuelles nationalistes devant l’absence de désir nationaliste de la population, population que le film présente à la fois comme amollie par le confort nord-américain et victime du contrôle par l’argent et par Ottawa. Le film est, dans certaines scènes, annonciateur de la figure populaire d’Elvis Gratton.».
    Mon ex-voisine et néanmoins amie, était membre du groupe maoïste En Lutte lors du référendum en 1980. Elle avait annulé puisque le mot d’ordre était de ne pas diviser la classe ouvrière canadienne. Elle ne regrettait rien de cette époque. Son souvenir était plutôt que le PQ n’était pas réellement souverainiste. Pourtant, elle est un peu plus âgée que moi.
    – Même pas votre lecture de la réalité québécoise par la pensée Mao-Tsé-Tung?
    – J’étais jeune à l’époque, il faudrait que j’ai aille relire de numéros d’En Lutte à la bibliothèque..
    Par la suite, la scène où les propriétaires de Winnebagos lavaient leurs véhicules l’avait frappée :
    – Ces gens ne s’intéressent pas à la question nationale et aux questions sociales.

    Lors des 118 premières pages, j’ai vu une recherche prométhéenne. Occupy Stret n’est pas allé au fonds des choses, tatata. Je viens de relire les 2 entrevues que tu as citées http://voir.ca/marc-andre-cyr/2014/10/16/la-tyrannie-de-la-valeur-i/ et http://voir.ca/marc-andre-cyr/2014/10/21/415/ . Je comprends déjà un peu mieux le «bag». Les Yves, Benton et tutti quanti sont majeurs et vaccinés. Leur conscience les convaincra peut-être de lire au moins ces entrevues.

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  15. 28 décembre 2014 0 h 45 min

    Bon courage!

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  16. Richard Langelier permalink
    28 décembre 2014 1 h 25 min

    Tu souhaites «bon courage» aux Yves, Benton et tutti quanti ?

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  17. 28 décembre 2014 9 h 08 min

    Non, à toi pour la poursuite de ce livre!

    «Je suis déçu, mais je garde espoir. »

    C’est un peu face à cet espoir que je te souhaitais bon courage.

    « Le chapitre écrit par Marie-Pierre Boucher me donnera peut-être des outils pour ma participation à la rédaction du programme de Québec solidaire sur le thème de la Condition féminine.»

    Tu m’en donneras des nouvelles!

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  18. Richard Langelier permalink
    28 décembre 2014 22 h 05 min

    J’ai pris une journée de repos en ce jour du Seigneur. J’ai mis l’image du football. Flash! Je viens d’ajouter une nouvelle pierre au concept de «travail socialement nécessaire» chez Marx. La valeur du travail d’un journaliste est maintenant celle du temps de travail qu’a pris Richard Martineau pour écrire ceci http://www.journaldemontreal.com/2014/12/13/un-quart-poulet-cuisse-a-la-ferrandez . Bien sûr, si on a accepté d’être travailleur de remplacement lors d’un lock-out, il y a une valeur ajoutée.

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  19. 28 décembre 2014 22 h 45 min

    Hahaha, j’avais lu cette connerie de Martineau. J’en ai parlé à un de mes gars qui travaille justement à la prise de commandes chez St-Hubert et il n’a jamais entendu de plaintes à cet égard sur le Plateau! Bon, il est possible que ce soit arrivé (une journée de tempête?), comme cela arrive partout (il m’a parlé de restos qui ont manqué de poulets cuits – ben oui, il faut les faire cuire, et ça ne prend pas deux minutes! – la semaine dernière en raison d’un volume plus élevé de commande que prévu). Mais, quel plaisir de généraliser une anecdote attaquant un méchant pourfendeur de l’usage débile de l’automobile dans notre société (toute aussi débile…).

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