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Rebâtir l’avenir

16 février 2015

Rebâtir l’avenirComme ça m’arrive trop souvent, je ne me souviens plus trop ce qui m’a amené à lire le livre Rebâtir l’avenir. Comprendre et surmonter la crise financière de Jacques Racine, professeur de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, mais aussi et surtout président du Comité de retraite du Régime de retraite du personnel d’encadrement (RRPE) du gouvernement du Québec.

Cette expérience a mené l’auteur à s’interroger sur les origines de la dernière crise financière, puis à mettre par écrit ses observations, analyses et réflexions. Ce livre en est le résultat. Cela lui a entres autres permis d’avoir une vision plus complète des facteurs qui ont conduit à cette crise :

«Il m’est vite apparu que, derrière cette crise financière, se profilait une véritable crise morale liée à la dépréciation de la personne humaine, réduite à l’état de ressource au service d’un matérialisme exacerbé et d’une logique marchande omniprésente.»

Premiers chapitres

Les quatre premiers chapitres portent sur «l’analyse des causes de la crise, de ses conséquences et des efforts pour s’en sortir». Comme ils contiennent une énorme quantité de faits et de sources, il est impossible de les résumer correctement. Je me contenterai donc de mentionner les principaux domaines que l’auteur y aborde.

– chapitre 1, les rouages de la crise

  • La montée et l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis et ailleurs;
  • la crise financière qui s’en est suivie;
  • le développement de nouveaux produits financiers (titrisation, papiers commerciaux adossés à des actifs, etc.)
  • l’internationalisation des transactions financières;
  • la déréglementation et ses conséquences;
  • la crise de l’euro (et ses particularités dans les pays européens les plus touchés).

– chapitre 2, les perdants

  • Les chômeurs;
  • les pauvres (en Europe, aux États-Unis et au Canada);
  • les retraités;
  • l’environnement;
  • l’aide aux pays en développement;
  • toutes les populations en raison de l’accroissement des inégalités et des mesures d’austérité frappant surtout les services publics.

– chapitre 3, tentatives de sortie de crise

  • La sauvegarde du système financier des États-Unis et du reste du monde occidental;
  • les influences malsaines du lobby financier;
  • la politique monétaire;
  • les programmes de relance aux États-Unis, en Europe et en Chine;
  • la relative résilience de l’économie canadienne;
  • les solutions adoptées en Islande.

– chapitre 4, leçons et défis

  • Les leçons mal apprises de la Grande Dépression;
  • le rôle de l’État;
  • l’impunité des responsables;
  • le retour à la mission première des banques;
  • le rôle inadéquat des agences de notation;
  • l’éthique des entreprises et les salaires des dirigeants;
  • les défis des prochaines années.

Le contenu de ces quatre chapitres est fort bien appuyé par les sources utilisées par l’auteur. Il forme un des meilleurs survols que j’ai lus des événements qui ont conduit à la crise. Il est par contre très descriptif. Ainsi, les personnes qui connaissent bien ces faits n’apprendront pas beaucoup. Il n’est toutefois pas inutile de revoir ces faits en séquence. Notons aussi que ce genre de revue des faits, très axée sur les événements, ne vieillit pas bien. Même si ce livre est sorti en 2013, l’absence des événements les plus récents n’aide pas les analyses de l’auteur.

Vers un gouvernement mondial

Ce chapitre me semblait être le plus original, proposant une solution à laquelle bien des gens (moi y compris) réagissent avec scepticisme. Il m’a en fait déçu. Si l’auteur y montre de façon exhaustive de nombreux exemples de collaboration entre les pays, il ne parvient pas, selon moi, à convaincre que sa solution est la meilleure, ni même qu’elle serait souhaitable. On peut au contraire penser que ses exemples de collaboration indiquent qu’avec certains réaménagements, les institutions internationales actuelles offrent bien plus d’espoir que la fondation d’une structure unique mondiale.

Il montre dans un premier temps que l’organisation étatique actuelle est souvent démunie face à la mondialisation de la finance, du commerce et de l’économie, et que les défis à venir (environnementaux, sociaux, etc.) sont souvent communs à l’ensemble des pays. En cela, il a bien raison. Il poursuit en démontrant que les structures mondiales actuelles (associées ou non à l’ONU) ne suffisent pas pour offrir un encadrement réglementaire suffisant face aux défis actuels (sur la finance, le commerce et l’économie, mais aussi sur l’environnement, la paix, la lutte aux inégalités, l’éducation, etc.). Par contre, il est moins précis sur la forme que pourrait prendre ce gouvernement mondial et sur les avantages qu’une telle institution apporteraient par rapport aux institutions actuelles.

Ce n’est sûrement pas l’exemple de l’Europe qu’il utilise qui peut parvenir à nous convaincre. Même s’il en parle, il ne semble nullement ébranlé par le fait que cette union (et encore moins la formation de la zone euro) n’est vraiment pas un exemple à suivre pour mettre de l’avant des valeurs axées sur la démocratie (des pays ont ignoré les résultats des référendums qu’ils ont tenu, ont nommé des technocrates à leur tête et poursuivent des objectifs favorisant trop souvent le monde des affaires au détriment du bien-être de leur population) et les enjeux qu’il a fort bien décrits auparavant. De façon encore plus troublante, il considère que les dirigeants européens ont eu raison d’ignorer les résultats des référendums allant à l’encontre de la participation de leurs pays à la zone euro sous le prétexte que la démocratie représentative est mieux à même de décider dans ce genre de débat que la démocratie directe. On peut comprendre que les droits et libertés ne soient pas soumis à la démocratie directe, mais doit-on accepter que le choix d’une monnaie soit du même ordre? Un gouvernement mondial agissant ainsi m’effraie au moins autant que la situation actuelle… Étrangement, l’auteur juge qu’il est important que la société civile intervienne activement pour faire contrepoids au pouvoir de ce gouvernement. Je suis bien d’accord, mais cela me semble contradictoire avec ce qu’il a dit plus tôt sur le rôle prépondérant que doit avoir la démocratie représentative. Peut-être aurait-il fallu qu’il soit plus précis sur le genre de questions qui doivent être du ressort des représentants élus et sur celles que la société civile doit intervenir.

Éducation et responsabilité

Le dernier chapitre s’attarde sur l’importance de l’éducation et de l’éthique, le domaine de spécialisation de l’auteur, pour faire face aux défis à venir. Sans nier l’importance de ces facteurs et la pertinence de ce chapitre, j’ai eu du mal à voir comment l’auteur pouvait clore son livre avec eux. Les éléments qu’il contient me semblent des préalables à toute solution et non un point final.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Ça dépend. Comme mentionné dans le billet, il s’agit d’un des meilleurs survols que j’ai lus sur l’avènement de la crise financière et ses conséquences. Quelqu’un qui cherche un livre sur cette question ne devrait nullement hésiter à lire celui-ci. Par contre, les gens qui ont une bonne connaissance de ces faits risquent de s’ennuyer un peu (ce fut mon cas). Quand à la thèse principale du livre, soit la nécessité de former un gouvernement mondial, elle ne m’a nullement convaincu. En fait, sa thèse est celle que Jacques Attali a développée dans son livre intitulé Demain, qui gouvernera le monde ? Il nous invite d’ailleurs à lire ce livre pour en savoir plus sur cette proposition. J’aurais préféré qu’il présente plus en détail cette que de simplement nous recommander de lire un autre livre pour bien la comprendre!

Bref, il s’agit d’un livre intéressant, mais qui nous laisse sur notre faim.

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