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Un graphique sur le virage néolibéral de 1980

19 février 2015

graphique_1980En lisant un document de la Banque du Canada paru la semaine dernière sur L’importance de l’écart du facteur travail, je ne m’attendais pas à grand chose. Sans être inintéressant, il n’offrait pas grand chose qu’on ne peut lire ailleurs. Il portait en grande partie sur le fait que l’économie canadienne n’a toujours pas repris son rythme d’avant la dernière récession et surtout sur les effets récents et à prévoir de la baisse du prix du pétrole sur l’économie canadienne et son marché du travail. On y soulevait entre autres que ses effets négatifs pour les provinces productrices de pétrole ne pourront être compensés complètement par ses effets positifs (baisse du prix du pétrole, mais surtout diminution de la valeur du dollar canadien) dans les autres provinces à court terme, car les entreprises de ces provinces préfèrent augmenter l’utilisation de leur capacité de production actuelle que d’investir pour l’augmenter (rien de neuf...), comme l’explique le document à la page 3.

L’auteure de ce discours (le document en est une retranscription), Carolyn Wilkins, première sous-gouverneure de la Banque du Canada, présentait ensuite certaines données décevantes du marché du travail pour expliquer la décision de la Banque du Canada d’abaisser son taux directeur «à la surprise générale». Et, soudain, j’ai vu le graphique 6, que je reproduis ci-après.

graphique_1980A

Ce graphique est probablement le plus clair que j’ai vu pour illustrer le virage néolibéral de 1980 (ou plutôt de la fin des années 1970). Il montre en effet sur un seul graphique trois phénomènes frappants (bon, surtout deux…) survenus depuis 1960 dans les 34 pays (essentiellement développés) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) .

On peut en effet y voir que la productivité du travail (ligne rouge) n’a cessé d’augmenter depuis 1960, quoique à un rythme moins élevé depuis le milieu des années 1970 et surtout depuis la dernière récession (2008). Mais, on y constate surtout que le taux de rémunération réel (ligne bleue), qui a suivi parfaitement la productivité du travail de 1960 au milieu des années 1970, et qui l’a même surpassée jusqu’en 1980, s’en est totalement découplé par la suite pour diminuer dans les années 1980 et augmenter très légèrement par la suite pour se retrouver vers les années 2010 à un niveau à peine plus élevé qu’en 1980, toujours plus loin du niveau de la productivité du travail.

Conséquence de cet écart croissant, la part du revenu attribuable au travail, la ligne verte, qui avait connu son sommet d’environ 65 % du PIB au milieu des années 1970 (quand la ligne bleue représentant le taux de rémunération surpassait la ligne rouge de la productivité du travail) s’est mise à plonger pour se situer en 2014 à moins de 57 % du PIB, une chute de plus de 8 points de pourcentage (ou de plus de 12 %).

Assez étrangement, Mme Wilkins ne dit pas grand chose sur ce graphique dans son discours. Elle ne fait que conclure que la diminution récente de la part du revenu attribuable au travail sur le PIB s’explique par le taux de chômage élevé dans l’OCDE (plus de 10 %, accompagné d’un fort taux de chômage de longue durée et d’une présence importante du travail à temps partiel involontaire). Pourtant, la baisse de cette part depuis la récession de 2008 est beaucoup moins accentuée qu’elle ne l’était dans les années 1980 et même qu’entre 1992 et 2007! Mme Wilkins ne fait que mentionner que «Cette réduction suppose qu’une part plus grande du revenu revient à ceux qui épargnent davantage. Ce revenu n’est pas dépensé.». Un peu court comme analyse! Cette observation n’explique nullement le découplage entre l’évolution de la productivité du travail et le taux de rémunération réel depuis au moins 1980!

Et alors…

Alors, que se passe-t-il depuis la deuxième moitié des années 1970? Il est clair que d’autres que les travailleurs accaparent l’essentiel de la hausse de la productivité! Qui? Les actionnaires, les propriétaires des moyens de production et autres prêteurs, soit le capital, comme l’explique bien Thomas Piketty dans son livre Le Capital au XXIe siècle.

J’ai bien tenté de trouver à quel point ce phénomène s’observe au Québec et au Canada, mais les données que j’ai trouvées ne sont pas compatibles avec celles du graphique. J’ai tout de même pu constater à l’aide du tableau cansim 384-0007 que la part de la rémunération des salariés sur le PIB a aussi diminué dans nos terres entre 1984 et 2013 (les données sont disponibles jusqu’en 1981, mais il serait incorrect d’établir une comparaison avec une année de récession, car la part de la rémunération y est toujours plus élevée, comme le montre le graphique), soit de près de 2 points de pourcentage au Canada et de 3 points au Québec. Bref, nous ne sommes pas exempts de cette tendance de fond!

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One Comment leave one →
  1. benton65 permalink
    19 février 2015 7 h 05 min

    Il ne reste plus qu’à ajouter l’accès aux crédits…. qui serait pas loin de suivre la Productivité au travail!

    Aimé par 2 people

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