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Le PLQ et l’emploi

4 avril 2015

PLQ-emploiJe pensais attendre au moins un autre mois avant de revenir sur les données sur l’emploi. Mais, plusieurs événements se sont passés récemment qui justifient d’en parler plus rapidement que ça. En plus, le parti libéral (PLQ) a décidé de profiter de la situation pour imiter Alain Dubuc et comparer les variations des estimations d’emploi de l’Enquête sur la population active au cours des derniers mois du gouvernement péquiste avec celles des premiers mois de sa présence, comme on peut le voir sur l’image que j’ai utilisée pour accompagner ce billet.

Un petit changement

Comme je le fais toujours quand on présente des données sur l’emploi provenant de l’Enquête sur la population active (EPA), ce qu’a fait le PLQ dans sa publicité, je vais encore les comparer avec celles de l’Enquête sur la rémunération et les heures de travail (EERH). En effet, les estimations de l’EPA comportent une marge d’erreur importante, tandis que celles de l’EERH sont beaucoup plus fiables, sans marge d’erreur, car issues d’un recensement de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye, mais disponibles avec un ou deux mois de retard sur les premières.

Mardi dernier, Statistique Canada a procédé à une révision des données historiques de l’EERH depuis 2001 en fonction des «facteurs saisonniers les plus récents». En fait, cette mise à jour n’a pas changé grand chose. J’ai toutefois dû raccourcir un peu la série que je présente dans mes billets sur l’emploi, ce qui n’est de toutes façons pas une mauvaise idée pour pouvoir mieux apprécier les variatioons les plus récentes, car je cherche toujours à partir ma série au cours d’un mois qui permet de voir les données de l’EPA parfois supérieures à celles de l’EERH, parfois inférieures (bref de centrer celles de l’EERH).

PLQ-emploi1

Comme l’EERH ne tient pas compte de l’emploi agricole, ni des travailleurs autonomes (ni de quelques autres secteurs de moindre importance), et que, en conséquence, les niveaux d’emplois de l’EERH et de l’EPA sont différents, j’ai dû faire partir les données à 100 (en divisant chaque donnée de chaque série par l’emploi de juillet 2011) dans les deux cas pour qu’on puisse mieux voir l’évolution relative des deux courbes.

Ce qui m’intéressait surtout avec la mise à jour de janvier était de voir si les données de l’EERH montrerait une hausse de l’emploi similaire à celle indiquée par l’estimation de l’emploi de l’EPA pour ce mois. En effet, les estimations de janvier de l’EPA avaient montré une hausse de 16 000 emplois (suivie d’une nouvelle hausse de 16 800 emplois en février, ces deux hausses représentant l’essentiel de la vantardise du PLQ d’avoir créé 51 700 emplois depuis son arrivée au pouvoir). Or, les données de l’EERH ne montrent rien de tel, mais plutôt une faible augmentation de moins de 2500 emplois. Si les estimations de l’EPA montrent une hausse de 38 500 emplois entre mai 2014 et janvier 2015, celles de l’EERH n’indiquent qu’une hausse de moins de 3400 emplois! Sauf certains soubresauts dus aux particularités de ses données (comme elles sont basées sur les listes de payes, elles ne considèrent par exemple pas les employés en grève ou en lock-out contrairement aux estimations de l’EPA), le niveau d’emploi selon l’EERH stagne depuis au moins septembre 2012, avec une hausse de moins de 500 emplois entre ce mois et janvier 2015!

Autres données

– solde commercial international des biens

Dans mon précédent billet sur l’emploi, j’ai présenté les données les plus récentes sur le solde commercial international des biens du Québec, en montrant sur un graphique que ce solde s’était grandement amélioré depuis la baisse de la valeur du dollar canadien. Or, les dernières données du PIB québécois montrent une amélioration bien moins importante de ce côté pour le quatrième trimestre de 2014 (ligne 6 moins ligne 13 de ce tableau), soit une baisse du déficit commercial de 11 % par rapport au trimestre précédent et de 28 % par rapport au quatrième trimestre de 2013. Par contre, notre solde commercial de biens avec les autres provinces (ligne 8 moins ligne 15) s’est grandement détérioré, éliminant plus de la moitié de cet avantage.

Cela pourrait expliquer que, comme je l’ai mentionné dans mon précédent billet, l’emploi dans le secteur manufacturier n’ait pas profité de l’amélioration de notre solde commercial international de biens. N’oublions pas que nos entreprises sont plus souvent payées en dollar des États-Unis pour leurs exportations et qu’une augmentation de la valeur monétaire des exportations ne signifie pas nécessairement une hausse des quantités de biens exportés. Au bout du compte, les estimations de l’EPA montrent une baisse de 17 000 emplois dans le secteur manufacturier entre janvier 2014 et janvier 2015 selon le tableau cansim 282-0088, tandis que les données de l’EERH indiquent une baisse d’à peine 400 emplois au cours de la même période selon le tableau 281-0063. Malgré ces gros écarts, on peut conclure que l’emploi dans le secteur manufacturier ne semble vraiment pas avoir profité de la baisse de la valeur du dollar canadien et surtout ne pas pouvoir expliquer la hausse des estimations de l’emploi total mises de l’avant par le PLQ.

– revenus fiscaux

Comme le mentionnait Rudy Le Cours dans sa chronique de samedi dernier, «le ministère des Finances a indiqué que le déficit observé en décembre s’élevait à 381 millions. En décembre 2013, il avait été de 121 millions. C’est le deuxième mois d’affilée où les données mensuelles de 2014 sont plus rouges que celles de 2013 ». On peut en plus constater à la page 4 du Rapport mensuel sur les opérations financières de décembre 2014 que les recettes provenant de l’impôt des particuliers a à peine augmenté de 3,1 % au cours des neuf premiers mois de l’année financière 2014-2015. Or, l’évolution de ces recettes est fortement liée à celle de l’emploi. Cette donnée ne correspond pas non plus à la hausse de l’emploi illustrée par les estimations de l’EPA.

Et alors…

Alors, je ne peux que conclure de la même façon que je le fais depuis deux ans : l’emploi stagne et continue de stagner! C’est assez hallucinant de voir nos gouvernements se servir constamment des variations mensuelles bien normales des estimations de l’emploi selon l’EPA, semblant ignorer que la marge d’erreur à 95 % des estimations de l’emploi de l’EPA d’un mois à l’autre est de 29 000 emplois et de 56 000 emplois entre deux mois distants de plus de cinq mois.

À voir la hausse des estimations de l’emploi des deux derniers mois (environ 33 000 emplois), je vais même m’avancer à prévoir que l’estimation de l’emploi de l’EPA diminuera d’ici la fin de l’année, d’autant plus que les mesures d’austérité de nos deux gouvernements devraient se faire durement sentir au cours de cette période. Cela dit, il n’y a rien de plus dangereux que de prévoir des estimations sujettes à des marges d’erreur aussi élevées!

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13 commentaires leave one →
  1. Alexa Conradi permalink
    4 avril 2015 10 h 57 min

    Merci pour ce texte. Est-ce possible pour vous de faire le même exercice en faisant une analyse différenciée selon le sexe? Aussi, est-ce possible de le faire selon d’autres facteurs comme l’origine ou la « race »? Ces informations seraient utiles pour voir quels écarts se creusent.

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  2. 4 avril 2015 11 h 49 min

    «Est-ce possible pour vous de faire le même exercice en faisant une analyse différenciée selon le sexe?»

    Il est très difficile de le faire sur une base mensuelle, notamment en raison des marges d’erreur de l’EPA (caractéristique sur laquelle j’insiste toujours) et de l’absence de données selon le sexe dans les données de l’EERH (on comptablise le nombre de postes, sans tenir compte des caractéristiques des personnes qui les occupent), données que j’utilise pour tenter de quantifier les écarts des données de l’EPA avec la réalité (en autant qu’on puisse vraiment la saisir!). Par contre, oui, je pourrais regarder l’évolution de l’emploi et du chômage sur une longue période selon le sexe. Je croyais l’avoir déjà fait, mais non, je ne trouve pas. À faire!

    Cela dit, j’ai consacré quand même plusieurs billets sur la situation des femmes sur le marché du travail :

    Sur celui des femmes arabes (à l’aide des données du recensement de 2006 et de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, pas avec celles de l’EPA, qui ne fournissent pas de données aussi précises) : https://jeanneemard.wordpress.com/2013/10/24/situation-sur-le-marche-du-travail-des-femmes-arabes/
    Sur les revenus : https://jeanneemard.wordpress.com/2014/11/06/les-revenus-de-travail-des-hommes-et-des-femmes/
    Sur les salaires des diplômées : https://jeanneemard.wordpress.com/2013/11/09/les-masculinistes-et-la-situation-demploi-des-diplomees/

    «Aussi, est-ce possible de le faire selon d’autres facteurs comme l’origine ou la « race »? »

    Encore là, les données de l’EPA présentent de grandes marges d’erreur. Cela dit, en plus du billet sur le marché du travail des femmes arabes, j’ai aussi abordé la question du marché du travail des immigrants (j’aurais pu aussi différencier avec les immigrantes, mais, encore là, vous le verrez en lisant le billet, les données sont d’une qualité très douteuse…). J’ai aussi abordé l’évolution du faible revenu et des inégalités chez les immigrants canadiens (l’étude que je présentais dans ce billet ne distinguait pas les données selon le sexe).

    https://jeanneemard.wordpress.com/2014/04/10/les-immigrants-et-les-donnees-sur-lemploi/
    https://jeanneemard.wordpress.com/2015/01/14/le-faible-revenu-et-les-inegalites-chez-les-immigrants-canadiens/

    Je vous remercie de me rappeler de faire plus attention à ce type d’analyse.

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  3. 4 avril 2015 12 h 22 min

    Sur les données selon le statut d’immigrant, je tiens à préciser que Statistique Canada ne publie des données de l’EPA selon le sexe que pour le Canada. Il est donc impossible d’analyser la spécificité de la situation des femmes immigrantes au Québec sans devoir acheter ces données, ce qui est très cher…

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  4. Jules Dufort permalink
    19 avril 2015 14 h 57 min

    Vous êtes bien certaine que le sommet de l’emploi de l’EERH pour le Québec est en 2012 et non pas en janvier 2013.

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  5. 19 avril 2015 16 h 26 min

    De fait, comme l’indique le graphique, le sommet de l’emploi désaisonnalisé de l’EERH est en janvier 2013. Je ne sais pas trop pourquoi vous me posez cette question. Parce que j’ai écrit que l’emploi stagne depuis septembre 2012? En fait, janvier 2013 montre une pointe vers le haut très éphémère, comme il y a aussi parfois des pointes vers le bas. J’essaie toujours d’éviter de commencer une comparaison lors de tels mois. Cela se discute, bien sûr…

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  6. Jules Dufort permalink
    19 avril 2015 16 h 30 min

    Merci pour cette précision.

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  7. Jules Dufort permalink
    19 avril 2015 16 h 55 min

    Connaissez-vous un site ou je pourrais trouver la marge d’erreur de l’EPA pour le Québec lorsque l’on fait des comparaisons de janvier 2014 à janvier 2015 ( 12 mois en fait)

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  8. 19 avril 2015 19 h 40 min

    J’en ai parlé à https://jeanneemard.wordpress.com/2015/01/31/changements-a-lepa/ . Pour un an, la marge d’erreur à 95 % est de 56 000. On peut voir à http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/150128/t150128a003-fra.htm que l’erreur-type entre les données de décembre 2013 et décembre 2014 est de 28 000 pour l’emploi au Québec (comme la marge d’erreur à 95 % est le double de l’erreur-type…). Pour confirmer cette observation, j’ai écrit à une responsable de l’EPA à Statistique Canada et elle m’a confirmé mon interprétation. C’est quasiment le double de la marge d’un mois à l’autre, ce qui n’est pas étonnant, car, d’un mois à l’autre, 5/6 de l’échatillon est le même, alors qu’il est totalement différent quand on compare les données distantes d’un an (en fait de six mois et plus).

    Cette marge peut changer un peu d’un mois à l’autre (m’a-t-elle dit…), mais très peu. Il est en effet dommage que Statistique Canada ne publie pas les erreurs-types de toutes les données qu’elle publie…

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  9. Jules Dufort permalink
    19 avril 2015 19 h 58 min

    Merci pour l’information

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