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Les mauvaises idées

6 avril 2015

mauvaises_idéesQuand Marc-André Lapalice a publié un statut sur le livre de Jeff Madrick intitulé Seven Bad Ideas : how mainstream economists have damaged America and the world (Sept mauvaises idées : comment les économistes orthodoxes ont nui aux États-Unis et au monde), cela me tentait plus ou moins de le lire. Tout d’abord, il n’est pas encore traduit, puis les thèmes abordés me faisaient trop penser au livre Économie zombie : Pourquoi les mauvaises idées ont la vie dure de John Quiggin, livre auquel j’ai consacré cinq billets. Mais bon, je l’ai réservé à la bibliothèque et, peut-être justement parce qu’il est en anglais, je l’ai eu rapidement.

Les sept mauvaises idées

L’auteur analyse dans son livre sept idées associées à l’économie orthodoxe (ou néoclassique) qui, même si elles n’ont jamais été démontrées, sont toujours appuyées et appliquées dans les pays occidentaux. Il s’agit de :

  • La main invisible : l’auteur donne à la main invisible sa définition large, c’est-à-dire pas uniquement associée à «l’idée que des actions guidées uniquement par l’intérêt personnel de chacun peuvent contribuer à la richesse et au bien-être de tous», mais aussi au mécanisme qui permet l’équilibre entre l’offre et la demande (mécanisme que l’auteur considère une conséquence de la définition plus restreinte de la main invisible). Une belle idée, mais qui ne repose que sur du vent!
  • La loi de Say et l’austérité : il s’agit de la base théorique de l’économie de l’offre qui prétend que l’offre crée sa propre demande. Cette idée a été démontrée fausse à de nombreuses reprises (voir entre autres ce billet), mais est encore aujourd’hui utilisée pour justifier les mesures d’austérité en Europe et même les prévisions de croissance des investissements des entreprises (comme dans le rapport Godbout) grâce à la baisse de leurs impôts, croissance qui ne s’observe pas dans la réalité.
  • Le rôle limité des gouvernements : Pour contrer l’idée des économistes néoclassiques (dont Milton Friedman) qui affirment que les gouvernements devraient se limiter à protéger la propriété privée et à corriger les imperfections des marchés (qui sont sensées être très rares…) et que seuls les marchés et le secteur privé peuvent créer de la richesse et des emplois (ce dogme est notamment partagé par le premier ministre du Québec qui a affirmé en campagne électorale que «Les jobs, la prospérité, c’est créé par l’entreprise privée. La réalité de la vie, c’est ça. L’État ne crée pas d’emplois directement»), Madrick montre les nombreuses contributions essentielles de l’État, notamment dans les infrastructures, en éducation, en santé, en recherche et développement, en protection sociale, etc. Il ajoute qu’aucun lien n’a jamais pu être établi de façon claire entre l’amélioration du niveau de vie et la présence étatique dans l’économie (et quand on en a établi, c’était plutôt pour conclure que ce sont les pays et les époques avec la plus grande présence étatique qui ont connu les améliorations les plus importantes).
  • La priorité à une inflation faible : sans nier qu’une inflation élevée puisse être nuisible (en rendant incertaines les conditions économiques à venir), l’auteur montre que la cible d’une inflation à 2 % visée par presque toutes les banques centrales ne repose sur aucune donnée empirique et est beaucoup trop faible. Il s’en prend aussi à la priorité accordée à cette cible par rapport aux autres mandats des banques centrales (maintenir le taux de chômage faible, assurer la stabilité de l’économie, etc.).
  • Les bulles spéculatives n’existent pas : ce chapitre s’en prend au concept de marché efficient qui prétend que les marchés financiers accordent toujours la valeur exacte aux actions négociées en bourse. C’est en se basant sur cette théorie (ridicule, quand on regarde les faits) que les représentants du secteur financier pressent les gouvernements de déréglementer leurs activités, car, affirment-ils, le marché s’autorégule de lui-même. Or, la dernière crise a apporté une preuve supplémentaire que oui, les bulles spéculatives existent et que ce marché ne peut pas s’autoréguler…
  • Les bénéfices de la mondialisation : sans nier certains bénéfices de la mondialisation, l’auteur s’en prend de façon véhémente à l’idéologie qui prétend qu’il faut déréglementer le commerce mondial et les mouvements des capitaux pour bénéficier pleinement des avantages du commerce international sur la croissance économique. Madrick montre que les solutions uniques, comme celles basées sur le consensus de Washington, ont détruit le tissu social et économique de bien des pays. Il favorise au contraire des solutions adaptées aux caractéristiques de chaque pays, y compris, lorsque nécessaire, des mesures protectionnistes pour défendre une industrie naissante ou essentielle à un pays (mesures qui ont d’ailleurs aidé l’économie des États-Unis au XIXème siècle, notamment face au concurrent britannique).
  • L’économie est une science : Sans difficulté, l’auteur démontre à quel point la prétention des économistes orthodoxes que l’économie est une science est erronée. Elle l’est autant en raison des hypothèses fausses des promoteurs de cette idée qu’en raison du caractère changeant de l’être humain.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Même si les thèmes abordés dans ce livre l’ont pour la plupart déjà été avant, ce livre est loin d’être sans intérêt. Malgré la faiblesse de mon anglais, je n’ai eu aucune difficulté à le lire, tellement le style est simple et le langage utilisé est abordable. Les démonstrations sont claires, les arguments solides et les conclusions logiques. Bref, oui, ce livre mérite les quelques heures que j’y ai consacrées.

Je termine ce billet en proposant une vidéo de sept minutes qui permet de savoir si ce livre peut nous intéresser.

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