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L’inventaire des émissions de GES

25 avril 2015

inventaireGESIl y a bientôt deux ans, j’ai publié un billet qui présentait certains éléments de l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2010 et leur évolution depuis 1990. Je vais ici y aller un peu plus à fond avec la mise à jour de cet inventaire pour la période allant de 1990 à 2012. Les médias en ont bien un peu parlé, mais, en ne faisant que résumer les grandes conclusions de ce document. Par exemple, cet article du Devoir a insisté surtout sur le fait que «les émissions de la province ont reculé de 8 % depuis 1990», en soulignant aussi que ces «bons résultats qui pourraient être malmenés si le gouvernement décide d’aller de l’avant avec l’exploitation d’éventuels gisements d’énergies fossiles en sol québécois» et le seront aussi (c’est plus qu’une possibilité!) en raison notamment «la construction de la cimenterie de Port-Daniel». En plus de présenter les résultats globaux, je résumerai aussi les analyses du document par secteur d’activité.

Résultats

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– les résultats globaux

Ces résultats peuvent sembler être déjà désuets en raison du changement de mode de calcul adopté par le gouvernement du Canada après la sortie de cet inventaire. En effet, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a fait passer le potentiel de réchauffement planétaire du méthane de 21 à 25 (voir la première page de ce sommaire). En conséquence, le calcul des émissions de GES au Québec est passé de 78,0 mégatonnes (Mt) en équivalent de CO2 à 81,6, une augmentation de «près de 5 %», comme le dit cet article de La Presse (en fait de 4,6 %). Par contre, ce que ne dit pas cet article, mais que précise celui-ci du Devoir, c’est que l’estimation des émissions de 1990 a aussi augmenté en raison de cette modification, soit de 84,7 Mt à 89,8 (voir le tableau à la page numérotée 52 du troisième document disponible en cliquant sur le lien «NIR» du Canada sur cette page), une hausse encore plus grosse de 6 %! Bref, cette modification fait passer la baisse des émissions de GES du Québec entre 1990 et 2012 de 8 % à 9 %! Le même tableau montre aussi que les émissions du Québec ont légèrement augmenté en 2013, de 81,6 Mt à 82,6, soit de 1,2 %.

Cette modification change aussi un peu la contribution des différents secteurs à la hausse des émissions de GES par rapport à celle indiquée au tableau présenté dans ce billet. Par exemple, la contribution des transports en 2012 (secteur peu touché par l’augmentation du poids des émissions de méthane) passe de 44,7 %, comme l’inventaire québécois l’indique, à 43,2 %. Cela dit, il demeure loin au premier rang. Malgré ce changement, somme toute mineur, la suite du billet va se baser sur l’inventaire du Québec, car ce document décrit mieux et avec plus de précision la contribution de chacun des secteurs.

– les transports

Alors que ce secteur était le deuxième plus grand émetteur de GES en 1990 après l’industrie avec 32,7 % des émissions, il est rendu de loin au premier rang avec 44,7 % en raison d’une hausse de plus de 25 % au cours de cette période, alors que celles de l’industrie diminuaient de 21,0 %. Il est aussi fort révélateur de noter que le transport routier est responsable de 94 % de la hausse attribuable à ce secteur (6,68 Mt sur 7,12). Il est maintenant responsable de 78 % des émissions de ce secteur (par rapport à 74 % en 1990). Vu son importance, il est bon de regarder de plus près ce qui a entraîné cette hausse.

inventaireGES2

Voici les principales observations du document sur les émissions du transport routier :

  • les émissions des automobiles ont diminué de 13 % entre 1990 et 2012, même si leur nombre a augmenté 19 %; les auteurs expliquent que les nouveaux véhicules sont moins énergivores que les anciens;
  • les émissions des camions légers, qui comprennent les véhicules dit utilitaires sport (VUS), ont doublé en raison de l’augmentation de 180 % du nombre de ces véhicules (conséquence de notre amour des gros chars…);
  • les émissions des véhicules lourds ont presque doublé, notamment en raison de l’augmentation de leur nombre (31 %); malheureusement le document n’explique nullement les raisons qui expliquent que le niveau d’émission par véhicule a augmenté de près de 50 % (plus gros? changement de carburant?).

Le document n’explique pas non plus la hausse de 65 % dans le transport ferroviaire, la baisse de 40 % dans le transport maritime et celle de 23 % dans le transport aérien (moins de services? appareils moins énergivores?). Il faut toutefois savoir que ces émissions ne tiennent compte que du transport local, celles dues au transport international (par avion et maritime) n’étant attribué à aucun pays (ce qui est un problème majeur lors des négociations internationales, aucun frein ni responsabilité nationale n’existant dans ces secteurs).

– l’industrie

La baisse de 21,0 % des émissions de l’industrie entre 1990 et 2012 est due :

  • «à l’amélioration constante de l’efficacité énergétique et à des substitutions de combustibles, dont l’utilisation accrue de la biomasse pour laquelle les émissions de CO2 sont exclues du bilan (car il est présumé que le CO2 relâché pendant la décomposition ou la combustion de la biomasse est recyclé par les forêts, notamment grâce à la photosynthèse)»;
  • à la fermeture de nombreuses usines du secteur manufacturier, dont celle de la raffinerie de Shell à Montréal en 2010 et à celle «en 2007, de la dernière usine de fabrication de magnésium au Québec»;
  • «à des améliorations technologiques apportées dans les alumineries».

Cette baisse a permis à ce secteur de faire passer sa part des émissions de 36,7 % en 1990 à 31,6 % en 2012, le deuxième niveau le plus élevé après les transports. Elle a toutefois été amoindrie en raison de l’augmentation de 22 % de celles provenant des cimenteries et des usines de chaux. Ce n’est sûrement pas l’ouverture de la cimenterie de Port-Daniel qui inversera cette tendance! De même, «les émissions de HFC provenant des usages tels que la réfrigération et la climatisation, l’extinction des incendies, les aérosols, le dégraissage aux solvants, la fabrication de panneaux isolants et l’injection de mousse, se chiffraient à 1,6 Mt éq. CO2, soit une augmentation de plus de 1 000 % depuis 1995». Rappelons que ces HFC ont remplacé les produits qui ont été interdits «selon les dispositions du protocole de Montréal, adopté en 1996. L’importante augmentation des émissions est donc attribuable à l’usage grandissant qui est fait de ces produits de remplacement qui ont un fort potentiel de réchauffement planétaire». On voit que même ce qui nous est présenté comme une victoire environnementale n’a fait que déplacer le problème. Décourageant…

– le secteur résidentiel, commercial et institutionnel

Dans ce secteur, les émissions de GES proviennent surtout du chauffage et de la cuisson d’aliments. Elles ont diminué de plus de 30 % entre 1990 et 2012, surtout en raison du remplacement du chauffage au mazout par celui à l’électricité, et comptaient en 2012 pour 9,7 % des émissions (13,0 % en 1990). Cette baisse s’est surtout manifestée dans le secteur résidentiel avec une baisse de 47 %, «malgré la hausse de la population et de la surface habitable moyenne». Dans le secteur commercial et institutionnel, même si l’utilisation d’énergie fossile est encore très répandue et que «la surface de plancher des édifices commerciaux ait augmenté de façon importante au cours des dernières années», les émissions ont diminué de 6 %, en partie aussi en raison de la hausse des températures hivernales (cela me rappelle la chaleur, pas seulement perceptible sur les thermomètres, du 22 mars 2012…).

– l’agriculture

«Ce secteur comprend les émissions de GES provenant de la digestion des animaux (fermentation entérique), de la gestion du fumier et de la gestion des sols agricoles». Alors qu’au niveau mondial, les émissions de GES de ce secteur, et même seulement du secteur de l’élevage, sont plus importantes que celles du transport, leur part au Québec n’atteint que 8,3 %, moins de 20 % de celles des transports. Ces émissions se partagent assez également entre les émissions dues à l’élevage (4,5 %) et la culture (3,8 %). On doit toutefois préciser qu’une partie importante de la culture sert à nourrir les animaux.

Les émissions imputées à la culture (plus exactement à la gestion des sols agricoles) sont surtout dues à l’utilisation d’engrais, et ont augmenté de près de 14 % depuis 1990. Les émissions directement dus à l’élevage ont légèrement diminué, mais le document n’explique pas pourquoi…

– les déchets

Les émissions du secteur des déchets ont diminué de 41 % entre 1990 et 2012, et ne représentaient plus cette année-là que 5,5 % des émissions de GES. Le principal facteur expliquant cette forte baisse est le captage (et la récupération) et l’incinération des biogaz. Cette voie est bien sûr à poursuivre, en tentant aussi de diminuer le volume de ces déchets par la récupération et le compostage.

– l’électricité

La fermeture de la centrale thermique de Sorel-Tracy en 2011 explique la baisse de 85 % des émissions provenant de la production d’électricité, émissions qui ne comptaient plus que pour 0,3 % du total en 2012.

Et alors…

Il peut sembler fastidieux de faire ainsi le tour de toutes les sources d’émissions de GES au Québec. Cet exercice permet toutefois de mieux isoler les secteurs sur lesquels le Québec devrait agir de façon prioritaire et nous amène à conclure que c’est sur les émissions du secteur des transports qu’il faut mettre le paquet. Non seulement ce secteur émet-il le plus de GES, mais il est celui dont les émissions ont le plus augmenté, et cela, de très loin. Si on tenait compte en plus des émissions occasionnées par nos importations de pétrole dans les territoires d’où il est extrait, on verrait encore plus clairement l’urgence d’agir rapidement et fortement sur ce secteur. Et pourtant, nos gouvernements investissent encore trois fois plus dans le réseau routier que dans le transport collectif (voir la page 22 du Plan québécois des infrastructures 2014-2024), et prévoient diminuer ces investissement de plus de 50 % entre 2015-2016 (cette année) et toutes les années entre 2020-2021 et 2023-2024 (page 29).

Cela ne veut surtout pas dire de ne pas intervenir dans les autres secteurs, notamment dans l’agriculture, qui est l’autre secteur où les émissions ont augmenté entre 1990 et 2012. De même, ce n’est sûrement pas en participant au financement de la construction de la cimenterie de Port-Daniel, en autorisant l’exploration du pétrole de schiste de l’île Anticosti ou en stimulant la production du pétrole bitumineux de l’ouest qu’on pourra vraiment contribuer à la baisse de nos émissions de GES et celles dont nous sommes responsables. Bref, ce n’est pas le temps de se péter les bretelles pour une baisse de 8 % ou 9 % en 12 ans alors qu’il faudrait une baisse d’au moins 12 % en 7 ans pour respecter nos engagements (qui sont eux-mêmes insuffisants), mais c’est plutôt celui de se retrousser les manches!

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