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Dépossession

27 avril 2015

dépossessionJe ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant à lire Dépossession, Les ressources, livre publié par l’Institut de recherche en information socio-économique (IRIS). Ce livre raconte l’histoire économique et sociale de l’évolution de la possession et du contrôle des ressources au Québec.

Les dépossessions

Comme le titre l’indique, les cinq textes de ce livre (en ne comptant pas l’introduction et la conclusion) expliquent les différentes formes de dépossession qui ont marqué l’histoire de l’exploitation de nos ressources naturelles. Je vais ici simplement présenter les principaux aspects de la dépossession que les auteurs du livre analysent dans chacun des textes.

– Agriculture

Dans ce cas, la dépossession s’est manifestée de différentes façons, notamment :

  • par la forte baisse du nombre de fermes malgré une hausse de la production (de près de 155 000 en 1941 à moins de 30 000 aujourd’hui);
  • par le contrôle de la production par les chaînes de distribution et de mise en marché;
  • par le rôle sans cesse plus important des «intégrateurs» qui transforment les exploitant.e.s agricoles en simples sous-traitant.e.s qui sont payé.e.s en fonction de leur «rendement»;
  • par la mondialisation des marchés qui déterminent une partie de la production et par les ententes internationales qui menacent certains secteurs.

– Forêt

Le concept de dépossession dans la forêt a fortement évolué avec le temps. Selon les époques, il s’est concrétisé de différentes façons :

  • par l’accaparement des forêts (notamment de pin blanc) par les colonisateurs qui ont pris le contrôle de nos forêts et ont dépossédé les premières nations de leurs territoires;
  • par l’exploitation des travailleurs et travailleuses (l’histoire des conditions de travail en forêt que raconte l’auteur de ce texte est des plus intéressantes, quoique décourageante…);
  • par le don de nos forêts à des entreprises, plus souvent qu’autrement étrangères;
  • par les contributions de l’État qui dépassent de beaucoup les montants de redevances que les entreprises lui paient (comme le dit bien l’auteur, «la population du Québec finance elle-même la dépossession dont elle est victime»).

– Mines

Il s’agit du secteur présenté dans ce livre où le concept de dépossession est le plus flagrant, quoique pour être dépossédé de quelque chose, il faut l’avoir possédé, ce qui n’est pas vraiment le cas pour les ressources minières! Non seulement la population n’a à peu près jamais eu la possession de ses ressources minières, mais elle n’a pas non plus pu décider de son utilisation, ni bénéficier des bénéfices de son exploitation. Les différentes manifestations de la dépossession ressemblent un peu à celles que je viens de décrire pour la forêt (en pire!), si ce n’est que les dégâts environnementaux sont d’un autre ordre de grandeur et que ces ressources ne sont pas du tout renouvelables… Et ce n’est surtout pas le «nouveau» Plan Nord du gouvernement actuel qui va changer quoi que ce soit à cette situation.

– Énergie

L’histoire de la dépossession de l’énergie, en très grande partie de la production d’électricité, est la moins linéaire et la plus complexe de celles présentées dans ce livre. Voici un résumé indécemment simpliste de ses retournements :

  • pour les besoins de l’industrie, les premiers barrages sont construits par des entreprises, souvent exportatrices, en acquérant des droits sur des rivières (finalement, cette étape ressemble à l’évolution de la dépossession dans les domaines de la forêt et des mines…);
  • rapidement (enfin, en termes historiques), on assiste à des fusions et acquisitions débouchant sur des monopoles régionaux (avec tous les cas de corruptions qu’on peut imaginer dans un tel contexte) dont la clientèle résidentielle fait les frais;
  • la première nationalisation en 1944 permet une certaine réappropriation qui sera étendue et presque généralisée en 1962, même si certaines entreprises, comme l’Alcan, ont pu conserver leurs installations (et s’en servir plus tard comme outil pour augmenter leur rapport de force dans des conflits de travail);
  • cette réappropriation n’est que partielle, car, rapidement, les décisions d’Hydro-Québec s’opacifient et ne tiennent nullement compte des désirs de la population (même le gouvernement ne possède pas toujours l’information nécessaire pour se prononcer sur les décisions de sa société d’État);
  • la création de la Régie de l’énergie permet une certaine reprise de contrôle, mais finalement mineure;
  • la dépossession s’élargit : les nouveaux développements énergétiques sont tous abandonnés au secteur privé (éoliennes, petites centrales, exploitation de gaz de schiste et de pétrole, etc.).

– Eau

La dépossession de l’eau est davantage une crainte qu’une réalité. Mais, cette crainte n’est pas du tout irrationnelle, plutôt fondée sur des événements, ententes internationales et intentions bien définis. Ce texte est probablement celui qui m’en a le plus appris. J’avais bien sûr déjà entendu parler de certains projets d’exportation de notre eau, que ce soit par son embouteillage, par l’utilisation de bateaux-citernes ou par la déviation de rivières, mais n’avais pas nécessairement bien pesé tous les fondements de ces projets. Pourtant, avec les pénuries d’eau qui existent déjà et avec celles qui se profilent en raison du réchauffement climatique, il est clair que cette menace ne fera que croître.

«En réduisant sans cesse les espaces de gratuité, jusqu’à rendre payantes des substances aussi fondamentales que l’eau, on compromet ce qui nous permet de subsister comme être vivant.»

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Lire! J’ai tout particulièrement apprécié les descriptions claires et complètes sur l’évolution historique de la dépossession dans chacun des domaines abordés. On passe ainsi d’un texte à l’autre sans aucune brisure. J’imagine que les directives du responsable du livre furent claires!

Mais, il y a un bémol, que je répète trop souvent : les notes sont à la fin du livre. Même si le livre n’est pas trop volumineux, ces notes sont souvent essentielles à la bonne compréhension du texte principal et le passage trop fréquent du texte à ses notes est vraiment lassant et déconcentrant. Cela m’a un peu dépossédé du plaisir de la lecture!

P.S. Cette entrevue avec Simon Tremblay-Pepin, qui a dirigé la production de ce livre, à RDI économie complète bien la lecture de ce livre.

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3 commentaires leave one →
  1. 27 avril 2015 8 h 47 min

    Pourquoi les éditeurs s’entêtent à placer les notes à la fin du livre? Je sais fort bien que ça fait des pages moins jolies (c’est relatif: mes notes étaient des extraits de mes entrevues en japonais, ça fait vraiment très joli!), mais c’est tellement plus utile! La conséquence est parfois qu’on ne fait pas l’effort d’aller lire les notes de fin et on manque beaucoup de matière.

    J'aime

  2. 27 avril 2015 9 h 16 min

    Je viens d’échanger là-dessus avec Simon Tremblay-Pepin. Lui non plus n’aime pas les notes à la fin, mais l’éditeur prétend que les gens détestent encore plus les notes qui s’étendent sur plus d’une page. Je suis loin d’en être convaincu.

    Le meilleur compromis, selon moi, est de mettre les notes de sources à la fin et les notes explicatives en bas de page, comme cela se fait dans des études et dans quelques livres. Si une source nous intéresse vraiment, là on va se donner la peine d’aller à la fin.

    Aimé par 2 people

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