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L’austérité au temps de l’abondance

18 mai 2015

austérité_libertéL’austérité au temps de l’abondance est un drôle de petit livre (120 pages). Il ne s’agit pas d’un assemblage de textes originaux basés sur un thème, mais plutôt d’une «sélection d’articles parus dans deux numéros de la revue Liberté consacrés à l’austérité et aux classes sociales». Ce livre étant court, je ne résumerai pas ses textes, ni même un seul comme je le fais souvent, mais vais plutôt présenter brièvement chacun d’entre eux.

L’austérité au temps de l’abondance : Ce texte de Julia Posca donne le titre au livre. Il porte sur l’austérité sélective, soit l’austérité pour le peuple et le «gaspillage de masse» pour les amis des gouvernants et les entreprises. Comme ce texte est disponible sur Internet, je n’en dirai pas plus!

Bienvenue en Austérie : Éric Pineault revisite dans ce texte les concepts des «austériens» : la dette supposément écrasante, l’immobilisme (sauf celui des néolibéraux), les impôts trop élevés et tout autre facteur pouvant sembler justifier le démantèlement de nos services publics et de nos institutions. Il propose plutôt une autre façon de lire la situation qui remet les choses à l’endroit.

La révolte des riches : Gabriel Nadeau-Dubois, reprend une citation du multimilliardaire Warren Buffett, dans laquelle celui-ci reconnaissait qu’il y a effectivement une lutte des classes, mais que c’est la sienne, celle des riches, qui a gagné, et élabore sur cette question en montrant que le néolibéralisme est justement l’outil des riches pour gagner cette lutte. À nous de riposter!

Chairs milliardaires : Alain Deneault aborde un angle tout à fait différent. Il analyse les effets psychiques de la richesse et de la pauvreté. Ainsi, la richesse ne sert pas qu’à avoir accès à des biens et services, et à bénéficier d’un pouvoir plus grand (tant du côté des relations interpersonnelles que de celui de la politique), mais diminue la charge mentale qu’on subit quotidiennement, notamment le refoulement que toute personne pauvre ressent dans ses relations avec les personnes riches. Je ne suis pas très clair, mais ce texte l’est bien davantage!

La guerre dans la guerre : Ce texte de Clément de Gaulejac s’attaque au détournement de sens de termes que les néolibéraux utilisent pour faire passer leur idéologie : rigueur au lieu d’austérité, créativité au lieu d’augmentation de tâche, gestion par projet au lieu de développement de la concurrence entre travailleurs, milieu stimulant au lieu de milieu stressant, il n’y a pas d’alternative au lieu de j’ai toujours raison, etc. Ce n’est pas tout à fait comme cela que l’auteur procède, mais dans ce sens!

Obéir à papa : Dominique Scarfone établit un lien entre l’austérité et le désir de conformité (et de normalité) qui en devient maladif. L’utilisation de la comparaison entre l’État et une famille (avec notamment un «bon père de famille» à sa tête) n’est qu’un des moyens utilisés par la droite pour faire taire la contestation et inciter à la «normalité». Je vais encore une fois en rester là, d’autant plus que ce texte est disponible sur le site de la revue Liberté.

L’ascèse : Suzanne Jacob, un peu comme Clément de Gaulejac (mais très différemment) ridiculise les expressions toutes faites, comme l’illusion qu’on peut «faire plus avec moins en faisant preuve d’ingéniosité», mais élabore surtout sur le cynisme, aussi bien dans son sens populaire que dans son sens philosophique.

La dépossession tranquille : Ce deuxième texte de Éric Pineault est de loin le plus long du livre. Son titre, s’il nous fait penser avec raison au livre Dépossession de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) dont j’ai parlé dans un billet antérieur, est aussi un clin d’œil à la révolution tranquille. L’auteur élabore donc sur la tranquille dépossession que nous vivons depuis une cinquantaine d’années, érosion lente (avec certaines accélérations, comme maintenant) mais constante, des acquis qui ont permis la formation de la classe moyenne québécoise que tous les partis, de droite comme de gauche, prétendent pourtant représenter et défendre. Sa démonstration est claire et sans appel…

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Chacun de ces textes mérite notre attention, aborde un angle bien spécifique sur les conséquences de l’austérité ou sur l’analyse des classes sociales. Si j’ai une réserve, c’est que cette grande différence entre les textes donne un peu l’impression de passer d’un livre à l’autre à la fin de chaque texte. Cela dit, il ne s’agit pas d’une grande réserve, car aucun de ces textes n’est faible et chacun d’entre eux apporte un éclairage différent et complémentaire. Bref, je ne regrette nullement les peu nombreuses heures que je lui ai consacrées.

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4 commentaires leave one →
  1. 18 mai 2015 8 h 54 min

    J’ai effectivement beaucoup apprécié ce recueil, qui m’a d’ailleurs fait découvrir la revue Liberté. Je trouve également que ces courts textes présentent des points de vue moins largement répandus et que les thèmes sont bien vulgarisés. Ce livre est maintenant tout barbouillé chez nous, ça veut dire que je l’ai trouvé important! 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. 16 janvier 2016 13 h 32 min

    J’ai réservé le livre de ce brave Alain Deneault, sélectteur et auteur, et je suis en pôle position pour l’obtenir, seul. Ça me rappelle le vélauto, 1995-2000 d’heureuse mémoire, où je fus champion tout le temps, seul là aussi.

    À 20 minutes aller seulement, à pied, environ 200 pieds de dénivellation, en côte Salaberry, c’est dire. Pour remonter, il y a une alternative plus douce, avec marches et paliers, en paysage et monuments mais hasardeux en hiver. Prêt pas prêt comme ne disait pas à l’époque le Capitaine Bonhomme, j’y vais. Le livre sera-t-il là ?

    10/4 Darwin

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  3. 16 janvier 2016 19 h 44 min

    À l’accueil, deux dames, jeunes en l’occurrence, étaient fort occupées à leur clavier. Pas de traces ici de coupures libérales.

    À laquelle m’adresser ? Je suis gaucher, j’ai dérangé celle de gauche. Elle m’a indiqué que le livre désiré était encore sur la tablette plutôt qu’en l’espace réservations. Le reste en bibliothèque est sans histoire.

    Côté cardio, le retour contre la dénivellation fût plus facile qu’appréhendé. Chemin faisant, je me suis arrêté à Fromages de Grondines pour faire le plein. Sans trop d’égard aux prix, partage intergénérationnel et inter-régional, me dis-je !

    Trop tôt pour le souper, j’ai entrepris la lecture de Austérité au temps de l’abondance de Julia Posca, page 7 à 14, qui tient lieu d’à-propos ou de premier chapitre.

    Contrairement au premier chapitre de Les libéraux n’aiment pas les femmes d’Aurélie Lanctôt,

    https://jeanneemard.wordpress.com/2015/11/23/les-liberaux-naiment-pas-les-femmes/

    que je respecte comme dirait le sénateur Jacques Demers, ex ?, ce premier article n’est pas féministe. J’ai dévoré. Souper plus télé faits, j’ai dégusté en dessert.

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  1. 11 brefs essais contre l’austérité |

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