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11 brefs essais contre l’austérité

25 mai 2015

11_austérité11 brefs essais contre l’austérité, un livre écrit sous la direction de Ianik Marcil, contient en fait 12 textes en comptant l’introduction… Devant la difficulté de résumer convenablement ce genre de livre, je vais répéter la méthode que j’ai adoptée pour mon billet précédent qui portait sur un autre livre d’essais sur l’austérité, soit de ne pas m’attarder sur un ou quelques textes, mais plutôt de présenter brièvement chacun d’entre eux.

La privatisation tranquille : dans cette introduction, Ianik Marcil campe le sujet du livre en montrant que l’austérité actuelle est un choix et non pas une fatalité, et qu’elle vise en fait à modifier en profondeur les institutions et les services publics du Québec en les menant tranquillement mais sûrement vers une privatisation toujours plus grande.

Dire, ou pas, l’austérité : dans ce texte bien agréable à lire, Benoît Melançon fait le tour des termes utilisés par les austériens et autres politiciens au pouvoir depuis une trentaine d’années, termes qui ont en commun de dénaturer le sens premier de ces mots. Il en cite tellement qu’il serait réducteur de tenter d’en donner des exemples… Bon, puisque vous insistez, en voici quelques-uns : rigueur, réingénierie, rationalisation, efficience, assainissement, bon père de famille, gros bon sens, fardeau fiscal, contribuable (et non citoyen) et néolibéralisme.

Pour en finir avec la dette publique : Eve-Lyne Couturier présente de façon claire la question de la dette publique : le sens de cette dette, son ampleur et ses conséquences. Sans minimiser son importance, elle la remet en contexte et dénonce l’utilisation démagogique que trop en font pour faire passer leur programme politique comme si nous n’avions pas le choix : nous l’avons toujours! J’ai particulièrement aimé la finale de ce texte où l’auteure aborde le dilemme entre la lutte contre l’austérité et les dangers de la croissance pour l’environnement.

L’éducation, ce malentendu : Je me contenterai d’une citation pour faire voir l’angle adopté par Joëlle Tremblay dans son texte sur l’éducation : «Cette façon de structurer l’éducation est apparentée à la modélisation d’une industrie. Plusieurs la nomment, non sans raison, la «marchandisation» du système d’éducation. Ce concept suppose qu’au lieu d’être le lieu de la transmission du savoir, d’un savoir-faire et d’un savoir-être en société, l’éducation est devenue l’une des composantes d’un système mercantile dont le seul but véritable est d’être rentable. (…) Le produit n’est pas uniquement le diplôme, c’est l’étudiant lui-même».

Tuer le désir de beauté : Ianik Marcil montre dans ce texte que la culture n’est surtout pas une marchandise comme les autres et que ses spécificités justifient que l’État soutienne la création artistique. En diminuant leur contribution à la création artistique, nos gouvernements «privent l’ensemble de notre société d’une espérance de beauté, d’inventivité et de construction de sens collectif». Un très beau texte!

Mortelle austérité : Dans ce texte, Alain Vadeboncœur présente le livre Quand l’austérité tue de David Stuckler et Sanjay Basu de façon beaucoup plus complète que je l’ai fait il y a quelques mois. Il ajoute à cette présentation des exemples tirés de situations observées au Québec des sujets abordés par les auteurs de ce livre, analyse les conséquences qu’auront les mesures d’austérité appliquées par nos gouvernements et conclut que la protection de nos programmes sociaux «demeure la meilleure arme pour maintenir la santé des citoyens».

500 ans d’austérité : Widia Larivière et Melissa Mollen Dupuis montrent que les peuples autochtones du Québec vivent en fait les conséquences de l’austérité depuis l’arrivée des Européens sur leurs terres, et que la vague actuelle d’austérité et de développement minier ne fait que les accentuer. Elles élaborent aussi sur la double discrimination vécue par les femmes autochtones. Ce texte apporte une dimension essentielle de l’analyse de l’austérité et de ses conséquences, dimension trop peu souvent abordée.

Une fragilisation des écosystèmes, des liens sociaux et de la solidarité régionale : Laure Waridel démontre que l’environnement est une victime collatérale de l’austérité, sa protection étant trop souvent présentée comme un luxe et un frein au développement économique qu’on ne peut pas se payer compte tenu de l’état supposément lamentable des finances publiques, encore plus en cette période de compressions des dépenses publiques. «Or, c’est là, bien évidemment, raisonner à l’envers», notamment parce que le fait de ne pas intervenir immédiatement dans ce domaine «génère des coûts économiques, sociaux et écologiques très importants à long terme».

Le sexisme latent de l’austérité : Alexa Conradi dénonce l’absence d’analyse «de l’impact de son programme d’austérité sur les femmes» de la part du gouvernement, même si tout démontre (comme elle l’explique clairement dans son texte) que cet impact sera bien plus dommageable pour elles que pour les hommes. Seules la mobilisation et les actions de résistance sauront, comme par le passé, renverser cette tendance.

Des mères nécessiteuses aux garderies commerciales : requiem d’un modèle progressiste : Annie Desrochers raconte l’évolution des politiques familiales au Québec (et ailleurs) et dénonce le fait qu’elles font trop souvent les frais des compressions de dépenses des gouvernements en période de crise, reportant sur les parents la responsabilité financière du soin des enfants. Elle dénonce entre autres le fait que les mesures adoptées par le présent gouvernement menacent le réseau des Centres de la petite enfance en favorisant nettement les garderies privées.

Paroles, paroles : Hans Marotte aborde dans son texte la contradiction entre les grandes déclarations de nos gouvernements sur l’importance de la lutte à la pauvreté et la pauvreté (si je puis dire…) des mesures concrètes adoptées et surtout des résultats observés (une hausse de la pauvreté plutôt que son recul). Il élabore sur les nombreux reculs des mesures sociales, notamment du côté de l’assurance-emploi, du financement du logement social, de la fiscalité et de l’aide sociale.

À quoi mal l’austérité ? : Pour conclure ce livre, Christian Nadeau examine les conséquences de l’austérité analysées dans les textes précédents sous l’angle de la justice sociale et montre la nécessité de s’opposer aux politiques d’austérité pour pouvoir vivre vraiment en société et ne pas devenir tout un chacun les adversaires de tous les autres. Ce texte m’a rappelé le livre La dissociété de Jacques Généreux (dont j’ai parlé dans ce billet).

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Lire, bien sûr! Ce qui m’a le plus impressionné dans ce livre, c’est le spectre d’analyse très varié (dette, conséquences sur les femmes, la santé, l’éducation, les peuples autochtones, la pauvreté, la privatisation, les politiques familiales, l’environnement, la culture et la justice sociale) et la quasi absence de répétitions entre les textes, si ce n’est dans la dénonciation tout à fait justifiée des politiques d’austérité. Je salue donc la direction de ce livre qui a su bien partager les mandats!

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2 commentaires leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    26 mai 2015 19 h 36 min

    Discours reposant pour les neurones. Le hic, c’est que seuls ceux qui sont déjà convaincus liront le livre. Bizarrement, c’est mon neveu de 17 ans qui vient de me faire découvrir, par sa page Facebook, comment relaxer lors des périodes de découragement

    Lorsque Paul Piché est apparu dans le portrait, tout avait été réglé pour moi au sujet de la québécitude avec Plume et Pierre Harel chanté par Gerry Boulet. Je parle de l’illustration par http://www.cnrtl.fr/definition/po%C3%A9sie .

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  2. 26 mai 2015 19 h 41 min

    «Le hic, c’est que seuls ceux qui sont déjà convaincus liront le livre. »

    Vrai. Ce doit aussi être le cas de la très grande majorité des personnes qui fréquentent ce blogue. J’espère seulement que le fait de lire mes billets et ce livre permet aux lecteurs de peaufinier leurs arguments…

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