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Le marché du travail des femmes (8) – l’emploi étudiant

27 mai 2015

mt_femmesCe huitième billet de ma série sur le marché du travail des femmes porte sur l’évolution du taux d’emploi des étudiants et étudiantes à temps plein. Pour ce, j’utiliserai le fichier cansim 282-0095 tiré des données de l’Enquête sur la population active (EPA).

Taux d’emploi étudiant

Les deux graphiques qui suivent montrent l’évolution du taux d’emploi des étudiants et étudiantes à temps plein (moyenne des huit mois d’études, soit de janvier à avril et de septembre à décembre) âgés de 15 à 19 ans et de 20 à 24 ans. Je n’ai pas publié le taux d’emploi étudiant des personnes âgées de 25 à 29 ans, parce que les nombres étant petits, les taux varient énormément d’une année à l’autre et il est difficile de voir des tendances claires.

mt_femmes8_1Chez les 15-19 ans, on peut voir que le taux d’emploi des femmes (ligne rouge) fut inférieur à celui des hommes (ligne bleue) de 1976 à 1991 (sauf en 1985), semblable de 1992 à 2001, puis nettement supérieur par la suite, le surpassant en moyenne de plus de 10 points de pourcentage de 2007 à 2014. Le graphique nous montre aussi une forte hausse du taux d’emploi de 1976 à 1990, chez les hommes (de 20 points de pourcentage, soit de 16 % à 36 %, plus du double) et chez les femmes (de 19 points de pourcentage, soit de 13 % à 32 %), puis une baisse presque aussi importante jusqu’en 1997 (de 16 points chez les hommes à 20 % et de 9 points chez les femmes à 23 %) et enfin une hausse très importante chez les femmes pour porter leur taux d’emploi à 43 % en 2014 en hausse de 20 points depuis 1997 et une hausse plus modeste chez les hommes (de quand même 12 points pour atteindre 32 % en 2014). Au bout du compte, le taux d’emploi des hommes a augmenté de 120 % entre 1978 et 2014 et celui des femmes de 260 % entre 1977 et 2014!

Omt_femmes8_2n a aussi observé une hausse importante du taux d’emploi étudiant chez les 20-24 ans, mais de façon plus régulière. Dans ce groupe d’âge, les taux d’emploi des femmes et des hommes furent dans l’ensemble semblables de 1976 à 1996, les deux s’échangeant la première place fréquemment (avec les femmes en tête au cours de 13 de ces 21 années et les hommes au cours des 8 autres), avant que le taux des femmes ne surpasse celui des hommes pour de bon de 1997 à 2014, avec une avance de 11 points en 2014 (61 % par rapport à 50 %). Pour l’ensemble de la période, le taux d’emploi des étudiantes a pratiquement triplé entre 1978 et 2014, passant de 21 % à 61 %, tandis que celui des étudiants augmentant de 140 % entre 1977 et 2014, passant de 21 % à 50 %.

Comment expliquer ces hausses spectaculaires, surtout chez les femmes? Malheureusement, l’EPA ne fournit aucune donnée, ni par profession, ni par industrie, qui pourrait nous aider à comprendre ce phénomène. Est-ce que les étudiant.e.s travaillent davantage qu’avant par obligation, par choix pour s’acheter plus de biens de consommation ou simplement parce qu’ils le peuvent, le nombre de personnes peu scolarisées susceptibles à accepter des emplois au salaire minimum à temps partiel (ai-je mentionné que, en moyenne, la proportion du travail à temps partiel fut entre 1976 et 2014 de 93,1 % chez les étudiants et de 95,8 % chez les étudiantes, sans grande variation annuelle?) ayant grandement diminué (par exemple, le nombre de jeunes âgés de 15 à 24 a diminué de 25 % entre 1976 et 2014 pendant que la population âgée de 25 ans et plus augmentait de 70 %)? Comme ces emplois sont concentrés dans le commerce de détail et dans la restauration, secteurs où on retrouve davantage de jeunes et surtout de jeunes femmes, est-ce que cela expliquerait que le taux d’emploi des étudiantes ait beaucoup plus augmenté que celui des étudiants? Est-ce plutôt (ou aussi) parce qu’elles ont davantage d’obligations et seraient moins appuyées par leur famille? Devant l’absence de données pertinentes, il est difficile de se prononcer, et surtout impossible de quantifier l’impact spécifique de chacun de ces facteurs.

Chose certaine, ces jeunes doivent travailler plus longtemps qu’il y a 40 ans pour payer leurs études, même en ne considérant que les droits de scolarité. Est-il aussi possible que les étudiant.e.s soient plus nombreux qu’avant à devoir quitter le foyer familial pour étudier? Avec la forte hausse du taux de fréquentation scolaire, il est de fait plausible que ce facteur explique au moins une partie de cette hausse, notamment parce que l’augmentation du niveau de scolarité de la population provenant des régions non urbaines est plus élevée que dans l’ensemble du Québec (même si ce niveau est encore moins élevé).

Dans les autres provinces

Comme les droits de scolarité sont plus élevés dans la plupart des autres provinces canadiennes qu’au Québec, on devrait s’attendre à ce que le taux d’emploi étudiant y soit plus élevé. Or, ce n’est pas le cas, comme le montre le graphique suivant.

mt_femmes8_3

Ce graphique illustre clairement que le taux d’emploi des étudiant.e.s à temps plein âgé.e.s de 15 à 24 ans était en 2014 plus élevé au Québec (barre bleue pâle) que dans toutes les autres provinces tant chez les hommes que chez les femmes. Il est aussi remarquable de constater que le taux d’emploi des étudiantes était nettement plus élevé que celui des hommes dans toutes les provinces, la différence variant de six points de pourcentage en Alberta à 14 à Terre-Neuve-et-Labrador. Alors, qu’est-ce qui peut expliquer que les étudiant.e.s à temps plein du Québec travaillent plus que ceux et celles des autres provinces? Sûrement pas parce qu’ils et elles aiment plus la sangria que les étudiant.e.s des autres provinces! Au moins, ils et elles s’endettent deux fois moins que dans les autres provinces, même si leur dette est loin d’être négligeable…

Et alors…

Il y a peu de phénomènes aussi spectaculaires que de voir un taux d’emploi plus que doubler en une quarantaine d’années comme celui des étudiants à temps plein. Alors, comment qualifier le triplement du taux d’emploi des étudiantes? Autant il est excitant d’observer de tels phénomènes, autant il est frustrant de ne pas pouvoir disposer des données pour pouvoir comprendre de façon satisfaisante les raisons de ces hausses…

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6 commentaires leave one →
  1. 27 mai 2015 11 h 37 min

    Je me demande si la réponse ne serait pas dans une recherche qualitative qui a déjà été réalisée et qui ne demande qu’à être lue. Pour l’instant, je n’en vois pas, mais je vais garder l’oeil ouvert: le sujet m’intéresse!

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  2. 27 mai 2015 12 h 23 min

    Je sais que la FEUQ a publié il y a trois ou quatre ans un document sur le revenu des étudiant.e.s basé sur une recherche (http://feuq.qc.ca/wp-content/uploads/2013/01/Le-travail-r%C3%A9mun%C3%A9r%C3%A9-et-les-%C3%A9tudes-universitaires.pdf , mais cela a 202 pages…). Elle aborde brièvement les motifs du travail, mais cela n’est pas concluant. Et cela n’explique pas la différence entre les provinces.

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  3. Clément Bernier permalink
    27 mai 2015 16 h 18 min

    Au vu du tableau sur le taux d’emploi selon les provinces, on peut remettre en question le jugement lapidaire de Lucide Bouchard sur le manque de vaillance des québécois.es.

    Aimé par 1 personne

  4. 27 mai 2015 16 h 31 min

    En effet.

    En fait, il n’y a que chez les 55 ans et + que le taux d’emploi est significativement inférieur à celui de l’Ontario. Pas sûr que ce soit une si mauvaise chose (dépendant bien sûr des désirs et des situations particulières). J’ai fait cette comparaison avec l’Ontario il y a près de quatre. Une mise à jour donnerait des résultats similaires.

    https://jeanneemard.wordpress.com/2011/10/25/les-taux-demploi-au-quebec-et-en-ontario/

    ou, ce tableau tiré du même billet :

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