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68 700 emplois!

29 mai 2015

PLQ-emploi_68000Je ne commente habituellement pas les données sur l’emploi sur une base mensuelle, mais les estimations de l’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada ne semblent pas non plus habituelles. Après s’être vanté d’avoir créé 52 000 emplois en 10 mois depuis son arrivée au pouvoir, le PLQ se considère maintenant en avance sur sa promesse de créer 250 000 emplois en cinq ans parce que les estimations de l’emploi selon l’EPA indiquent qu’il y avait 68 700 emplois de plus en avril 2015 qu’en avril 2014 (et 11 700 de plus qu’en mars 2015), ce qui est exact (pas qu’il y a vraiment 68 700 emplois de plus, mais que l’estimation de l’EPA a augmenté de ce nombre…).

Comme la marge d’erreur à 95 % des estimations de l’EPA pour un mois donné par rapport à celles du mois correspondant de l’année précédente est de 56 000, tout ce que nous révèle cette hausse de 68 700 emplois c’est que la probabilité est de 95 % que l’emploi ait en fait augmenté entre 12 700 et 124 700! Et, la probabilité est de 5 % que l’augmentation ait en fait été inférieure à 12 700 ou supérieure à 124 700. Il est bien sûr impossible d’être certain de l’augmentation (ou de la diminution) réelle de l’emploi, mais on peut toujours se servir de données d’autres sources pour pouvoir avoir une idée de la situation réelle.

L’EERH

Comme je le fais toujours quand on présente des données sur l’emploi provenant de l’Enquête sur la population active (EPA), ce qu’a fait le PLQ dans sa publicité, je vais encore les comparer avec celles de l’Enquête sur la rémunération et les heures de travail (EERH). En effet, les estimations de l’EPA comportent une marge d’erreur importante, comme on vient de le voir, tandis que celles de l’EERH sont beaucoup plus fiables, sans marge d’erreur, car issues d’un recensement de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye, mais disponibles avec un ou deux mois de retard sur les premières. Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les travailleurs autonomes, les salariés du secteur de l’agriculture, les grévistes, les personnes en lock-out et les personnes en congé sans solde, alors que les estimations de l’EPA le fait. Ces différences font en sorte qu’il faut toujours être prudent quand on compare les données de ces deux sources.

On a vu le mois dernier que les données de l’EERH avaient ramené la hausse de l’estimation de l’EPA de 52 000 emplois créés entre l’élection du PLQ en avril 2014 et février 2015 à environ 13 000 emplois (en utilisant pour avril 2014 la moyenne des données de mars et mai 2014 pour éviter la baisse anormale d’avril, possiblement due à des conflits de travail). Comme les données de mars 2015 de l’EERH sont parues ce matin, on peut maintenant comparer la hausse de 57 000 emplois des estimations de l’EPA entre avril 2014 et mars 2015 avec les données de l’EERH, ce que le graphique qui suit nous permet de visualiser.

PLQ-emploi_68000_1

En plus de nous fournir des données sur l’emploi pour le mois de mars 2015, la mise à jour de ce matin a aussi révisé les données pour février 2015. Au lieu d’augmenter de 11 400 entre décembre 2014 et février 2015 (hausse que je trouvais étonnante dans mon dernier billet), l’emploi a plutôt augmenté de 7800 au cours de cette période. Pire, la hausse de 5000 emplois de février est totalement annulée en mars en raison d’une baisse de même ampleur. Au bout du compte :

  • au lieu d’augmenter de 38 000 entre décembre 2014 et mars 2015 selon les estimations de l’EPA, l’emploi n’a plutôt augmenté que de 2800 selon les données bien plus fiables de l’EERH;
  • l’augmentation de 61 000 emplois entre mai 2014 et mars 2015 selon l’EPA se transforme en une faible hausse de 3750 selon l’EERH.

Bref, si on regarde la tendance des données de l’EERH (ligne bleue du graphique), on ne voit guère de tendance nette depuis juillet 2012 (hausse de seulement 2700 emplois, soit de 0,08 %, entre juillet 2012 et mars 2015…). J’appelle ça une stagnation! Et, au lieu d’être en avance sur sa promesse de créer 250 000 emplois en cinq ans, le PLQ connaît en fait un retard important, ce qui n’a rien d’étonnant, cette promesse étant totalement irréaliste

Autres données

Pour encore mieux apprécier la situation, il est bon de regarder des sources aussi variées que possible. Tout d’abord, les données les plus récentes du PIB du Québec indiquent une baisse de 0,1 % en février, mois au cours duquel les estimations de l’EPA montraient une hausse de 16 800 emplois! La faible croissance du PIB de 1,1 % entre février 2014 et février 2015 cadre aussi très mal avec la hausse de 44 400 de l’estimation de l’emploi de l’EPA entre des deux mêmes mois, mais va dans le même sens que la hausse de 5000 emplois au cours de cette période selon les données de l’EERH.

Les données sur le PIB canadien parue elles aussi ce matin montrent une baisse de 0,1 % au premier trimestre de 2015 et de 0,2 % pour mars 2015. Cela ne nous informe pas sur les données correspondantes pour le Québec (elles paraissent avec un mois de délai avec celles pour le Canada), mais certaines données pour le Québec du PIB de mars 2015 sont tout de même disponibles. Par exemple, le tableau cansim 382-0006 (mis à jour aussi ce matin) nous montre une hausse de 2,7 % de la rémunération des salariés entre mars 2014 et mars 2015, alors que le tableau 281-0063 (lui aussi mis à jour ce matin) indique de son côté une hausse de 3,0 % de la rémunération hebdomadaire moyenne incluant surtemps. Comme la hausse de la rémunération moyenne (3,0 %) est plus élevée que celle de la rémunération totale (2,7 %), cela signifie que le nombre de personnes rémunérées aurait peu changé… à la baisse! Là encore, cette source correspond bien davantage avec les données de l’EERH qu’avec les estimations de l’EPA.

Allant aussi dans le même sens, les données du mois de février du rapport mensuel des opérations financières ajoute une autre couche à la thèse de la stagnation de l’emploi. On peut en effet voir à la page 4 que les recettes du gouvernement en impôts sur le revenu des particuliers n’ont augmenté que de 1,5 % en dollars courants entre février 2014 et février 2015. Pire, les recettes totales de ces impôts de avril 2014 à février 2015 ne furent que 0,2% plus élevés que celles reçus entre avril 2013 et février 2014 (toujours en dollars courants). Et l’emploi aurait augmenté fortement entre ces deux périodes? Douteux, très douteux…

Et alors…

En tenant compte des données les plus récentes de l’EERH, du PIB, de la rémunération des salariés et des recettes du gouvernement en impôts sur le revenu des particuliers, la hausse de l’estimation de l’emploi selon l’EPA (de 50 000 en quatre mois, entre décembre 2014 et avril 2015) nous fait de plus en plus penser à la baisse des données du dernier trimestre de 2011 (de 68 000 en cinq mois, entre août 2011 et janvier 2012), baisse qui s’est totalement résorbée au cours des premiers mois de 2012 pour, comme on peut le voir sur le graphique, rejoindre la tendance des données de l’EERH, montrant ainsi que cette baisse était en fait un écart des estimations, pas du nombre d’emplois. Est-ce aussi le cas cette fois-ci? Ça ressemble de plus en plus à ça…

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5 commentaires leave one →
  1. Mathieu Lemée permalink
    29 mai 2015 12 h 00 min

    Même la promesse de 100 000 jobs de Bourassa en 1907 était impossible à atteindre!

    Je suis toutefois étonné que tant de gens vont encore mordre à l’autosatisfaction du PLQ encore aujourd’hui.

    J'aime

  2. 29 mai 2015 12 h 00 min

    C’est presque malhonnête d’utiliser les données de l’EPA… Je trouve qu’on ne devrait pas se faire du capital politique sur des données aussi importantes. Mais ça sert leurs intérêts…. C’est pour ça que je trouve ça très bas d’utiliser les mauvaises données.

    Aimé par 1 personne

  3. 29 mai 2015 12 h 24 min

    «C’est presque malhonnête d’utiliser les données de l’EPA»

    Cela demande des nuances. Le problème n’est pas de les utiliser, mais dans la façon de les utiliser. Utiliser sans nuance les écarts mensuels ou ceux d’un mois sur celui de l’année précédente est de fait malhonnête. Ces données sont très bonnes pour quantifier le niveau de l’emploi, mais pas pour comparer des données mensuelles. Par exemple, la marge d’erreur de 56 000 dont je parle dans le billet ne représente qu’une différence de 1,4 % avec le volume de l’emploi (4,1 millions).

    Mais, ces données demeurent précieuses. Par exemple, je n’aurais pas pu rédiger une série sur le marché du travail des femmes (série qui est loin d’être terminée!) sans ces données! 😉

    Aimé par 1 personne

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