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L’avenir de la croissance

1 juin 2015

galbraithUne des premières choses que je regarde avant de commencer à lire un livre traduit, c’est le titre original. Cela éclaire souvent l’objet d’un livre. Ce fut encore une fois utile dans le cas du livre La Grande Crise – Comment en sortir autrement de James K. Galbraith. En effet, le titre de la version française rend très mal le titre original, soit The End of Normal: The Great Crisis and the Future of Growth, qui se traduit plutôt par quelque chose du genre «La fin de la normalité : La grande crise et l’avenir de la croissance». Et, de fait, ce livre porte beaucoup plus sur le concept de croissance que sur les effets de la grande récession.

Après un prologue qui présente et critique les différentes explications apportées aux motifs de la grande récession, Galbraith plonge dans le thème de la croissance, présente ses différentes visions théoriques et raconte comment elle a évolué au cours des quelque cent dernières années. Il critique fort bien ces théories, notamment la théorie dominante orthodoxe, mais aussi les approches et recommandations d’économistes plus associés au centre gauche comme Paul Krugman et Joseph Stiglitz, soulignant entre autres la place trop timide que prend dans l’analyse de ces deux économistes la question de la fraude dans le secteur financier, pour lui généralisée et cause fondamentale de la grande récession (sans négliger les autres facteurs).

Il poursuit en expliquant les différentes raisons qui ont réduit la croissance ces dernières années. Tous les chapitres de ce livre sont intéressants, mais je m’attarderai dans le reste du billet à son chapitre sur les solutions qu’il préconise pour les prochaines années.

Les solutions de Galbraith

Galbraith différencie son approche de celles des autres théoriciens de la croissance par l’importance qu’il accorde aux ressources naturelles (pas infinies), à la spéculation et à la fraude financière. Il s’attaque encore une fois à Krugman et à Stiglitz en leur reprochant de simplifier leurs recettes, ne voyant dans la situation actuelle qu’un seul problème, soit «l’insuffisance de la demande effective globale». Par contre, en s’attaquant ainsi aux préceptes des austériens, Krugman et à Stiglitz font selon Galbraith œuvre utile, mais ne tiennent pas compte de quatre obstacles majeurs au retour d’une croissance soutenue et du plein emploi aux États-Unis :

  • l’énergie : le marché de l’énergie est un déterminant majeur du prix de toutes les ressources, y compris alimentaires. Les plus fortes croissances se sont observées lorsque son prix était bas et stable. Cette époque est terminée, son prix sera à l’avenir plus élevé et instable, décourageant les investissements;
  • la perte du contrôle financier et militaire des États-Unis et de leurs alliés : inexorablement, les économies de la Chine, de l’Inde et de la Russie concurrenceront de plus en plus les pays occidentaux pour les ressources de plus en plus rares et coûteuses;
  • la technologie remplace de plus en plus le travail humain : et les nouveaux emplois qu’elle crée sont moins nombreux et moins payants; Galbraith reprend ici plusieurs des arguments de Robert J. Gordon (qu’il cite d’ailleurs) que j’ai présentés dans un billet datant de plus de deux ans;
  • le secteur financier ne peut plus contribuer à la croissance : et c’est aussi bien comme cela! Il demeure que même les fonctions traditionnelles du secteur financier (prêts aux consommateurs et aux entreprises) sont toujours enrayées, ce qui ralentit la croissance.

On peut toujours se réjouir d’une croissance zéro, mais c’est négliger les problèmes qui l’accompagnent. Dans un tel contexte, Galbraith craint notamment les comportements prédateurs où quelques-uns tenteront d’accaparer les seules possibilités de profits au détriment de tous les autres, menant finalement à l’effondrement de l’économie. Il prône en conséquence une croissance lente mais régulière. Cet objectif n’est pas facile à atteindre, car il exige des changements majeurs, de nouvelles institutions et une forte réglementation. Pour ce, il faudrait :

  • diminuer la consommation de ressources matérielles et les dépenses militaires;
  • restreindre le secteur financier à ses fonctions d’intermédiaire financier (réception des dépôts et prêts aux consommateurs et aux entreprises, y compris les cartes de crédit) et uniquement à de petites banques : «[mis à part leur rôle d’intermédiaire financier] les banques servent essentiellement à concentrer le contrôle et le pouvoir, et financent cette dynamique en extorquant un tribut, sous forme d’intérêts, à leurs emprunteurs. Les sociétés financières emploient aussi un gros pourcentage des meilleurs talents du logiciel et des mathématiques dans une course aux armements pour la supériorité informatique sur leur marché. Du point de vue de la société, c’est de la prédation : cela ne rapporte aucun bénéfice net à aucun de ses membres extérieurs au secteur bancaire»;
  • s’assurer de «dispositifs de protection sociale plus nombreux, plus forts et plus stables» pour faire diminuer les risques économiques (dans ce sens, ces dispositifs encouragent l’initiative privée, contrairement à ce que les économistes orthodoxes prétendent);
  • améliorer la sécurité sociale : s’il rejette les projets de revenu garanti, il propose de grandes améliorations à la sécurité de la vieillesse pour que les travailleurs qui accomplissent des emplois pénibles puissent quitter ces emplois et qu’on puisse ainsi offrir plus de débouchés aux jeunes sans emploi (dans un contexte de croissance lente, je le rappelle);
  • hausser le salaire minimum (il donne comme exemple une hausse de 7,50 $ à 12,00 $ de l’heure tout en appuyant les campagnes pour le faire atteindre 15,00 $), aussi bien pour améliorer les conditions des familles à faible revenu que pour cesser de subventionner les entreprises les plus prédatrices au moyen des programmes de crédits pour bas salaires ou de bons alimentaires;
  • «encourager la réduction de la part du revenu qui va au capital et l’augmentation de celle qui va au travail» : la hausse du salaire minimum et l’amélioration des programmes sociaux iraient dans ce sens, mais il faut aussi se servir de la fiscalité pour atteindre cet objectif; il recommande de diminuer les taxes sur les salaires et sur la consommation (le contraire de ce que veulent faire Luc Godbout et le gouvernement actuel!) et d’augmenter les impôts qui touchent les rentes, par exemple les héritages, à un taux très élevé pour les très grandes fortunes (là, il rejoint Thomas Piketty);
  • valoriser des secteurs comme l’éducation, la santé, les soins aux personnes âgées, l’art et le sport; non seulement sera favoriserait une véritable prospérité pour tous, mais cela diminuerait la pression sur l’environnement (domaine pour lequel il a peu de recommandations).

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? J’aurais tendance à en recommander la lecture. Tout d’abord, il aborde un sujet qui demeure pour moi nébuleux, soit les facteurs à la base de la croissance et d’une croissance désirable. Ensuite, j’ai trouvé ce livre beaucoup plus agréable à lire que le précédent livre de cet auteur que j’ai lu, soit L’état prédateur. Finalement, Galbraith ne fait pas que dénoncer les théories économiques orthodoxes, mais s’avance avec des propositions concrètes. En fait, je ne déplore qu’une chose, soit le manque de propositions concrètes en matière d’environnement, même s’il en parle un peu.

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