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Le marché du travail des femmes (10) – les femmes avec des enfants

10 juin 2015

mt_femmesCe dixième billet de ma série sur le marché du travail des femmes porte sur l’évolution du taux d’emploi des femmes avec ou sans enfants. Pour ce, j’utiliserai le fichier cansim 282-0211 tiré des données de l’Enquête sur la population active (EPA).

Selon la présence d’enfants et leur âge

Le graphique qui suit illustre l’évolution de taux d’emploi des femmes du Québec faisant partie d’une familles entre 1976 et 2014, selon la présence d’enfants et l’âge du plus jeune enfant (moins de 3 ans, de 3 à 5 ans, de 6 à 15 ans). Statistique Canada définit ainsi une famille : «groupe de deux personnes ou plus vivant dans le même logement et apparentées par le sang, par alliance (y compris l’union libre) ou par adoption».

mt_femmes10_1

Toutes les catégories présentées sur ce graphique ont connu une forte hausse de leur taux d’emploi. Par contre, celle qui avait le taux d’emploi le plus élevée en 1976, soit les femmes faisant partie d’une famille qui n’avaient pas d’enfants de moins de 16 ans (ligne verte) était en 2014 celle qui avait le plus bas et de loin! Entre 1976 et 2014, le taux d’emploi des femmes a augmenté de :

  • 49 points de pourcentage (de 24,9 % à 73,5 %, soit le triple) chez celles dont le plus jeune enfant a moins de 3 ans (ligne bleue);
  • 48 points de pourcentage (de 29,1 % à 77,0 %, une hausse de 160 %) chez celles dont le plus jeune enfant a de 3 à 5 ans (ligne rouge);
  • 46 points de pourcentage (de 37,1 % à 82,7 %, une hausse de 120 %) chez celles dont le plus jeune enfant a de 6 à 15 ans (ligne jaune);
  • 17 points de pourcentage (de 38,3 % à 55,1 %, une hausse de tout de même 40 %) chez celles qui n’ont pas d’enfant ayant moins de 16 ans (ligne verte).

On notera aussi que (donnée non montrée tirée des fichiers cansim 282-0002 et 282-0211) le taux d’emploi des femmes hors famille (soit des femmes qui vivent seules ou avec des personnes non apparentées, catégorie qui a représenté entre 29 % et 33 % des femmes tout au long de la période, sans tendance nette) a à peine augmenté au cours de cette période, passant de 42,3 % en 1976 à 43,6 % en 2014.

Monoparentalité et comparaison avec le reste du Canada

Le graphique suivant montre l’évolution du taux d’emploi des femmes monoparentales et des femmes membres d’un autre type de famille entre 1976 et 2014, au Québec et dans le reste du Canada.

mt_femmes10_2

On peut voir grâce à ce graphique que le taux d’emploi des femmes monoparentales du reste du Canada (ligne rouge) était nettement plus élevé que celui des femmes monoparentales du Québec (ligne bleue) en 1976 (41,1 % par rapport à 27,5 %), mais qu’il lui était tout aussi nettement inférieur en 2014 (55,0 % par rapport à 68,8 %), malgré une hausse de 13,9 points de pourcentage (ou de 34 %), hausse évidemment beaucoup moins élevée que celle des femmes monoparentales du Québec (41,3 points, ou de 150 %).

Le taux d’emploi des femmes du Québec faisant partie d’une famille mais pas d’une famille monoparentales (ligne jaune) a connu une évolution similaire par rapport à celui des femmes monoparentales du reste du Canada (ligne verte), passant d’un retard de 6,5 points de pourcentage en 1976 (26,5 % par rapport à 33,0 %) à une avance de 6,8 points en 2014 (75,7 %, une hausse de 49 points de pourcentage ou de 180 %, par rapport à 68,8 %, une hausse de tout de même 36 points, ou de près de 110 %). Ces deux revirements ne doivent pas être arrivés par hasard…

Rôle des services de garde à contribution réduite

Il est presque impossible d’aborder l’évolution du taux d’emploi des femmes avec ou sans enfants sans parler du rôle des services de garde à mt_femmes10_3contribution réduite, ce que j’ai d’ailleurs déjà fait dans de précédents billets. Le tableau ci-contre montre la différence de la hausse du taux d’emploi de différentes catégories de femmes entre les Québécoises et les femmes du reste du Canada entre 1997, année d’implantation de ces services au Québec (aucun équivalent n’existant dans le reste du Canada, même aujourd’hui), et 2014. On peut constater à la dernière colonne du tableau que la hausse du taux d’emploi des femmes des six catégories présentées fut plus élevées au Québec que dans le reste du Canada, mais que la différence fut bien plus élevée dans les catégories potentiellement les plus influencées par des services de garde moins chers, soit chez les femmes monoparentales avec au moins un enfant âgé de moins de 6 ans (écart de plus de 15 points de pourcentage), celles avec au moins un enfant âgé de moins de 3 ans (9 points), de 3 à 5 ans (7,1) et de 6 à 15 ans (6,9), et que la différence fut la moins élevée chez les femmes ne pouvant bénéficier de ces services, soit chez celles sans enfant de moins de 16 ans (2,5 points) et chez les femmes hors famille (2,2 points).

Une corrélation, aussi forte soit-elle, n’est pas une preuve qu’un des deux éléments corrélés, ici, l’implantation des services de garde à contribution réduite, soit la cause de l’évolution du deuxième (ici la plus forte hausse du taux d’emploi chez les femmes du Québec avec des enfants ayant l’âge de fréquenter ces services. Sauf que, avant de rejeter cette cause, il faut au moins fournir d’autres explications. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait dans un billet datant de moins d’un an, billet dans lequel j’ai montré que deux autres facteurs ont eu des effets opposés sur la différence de la hausse du taux d’emploi des femmes au Québec et dans le reste du Canada : l’immigration (effet négatif pour le taux d’emploi des femmes au Québec, car l’écart entre le taux d’emploi des immigrantes et celui des natives est bien plus élevé au Québec que dans le reste du Canada) et la hausse du niveau de scolarité des femmes (effet positif, car plus élevée au Québec). Ces deux facteurs s’annulant (quoique l’ampleur de leur effet n’est pas nécessairement le même), il ne reste que l’implantation des services de garde à contribution réduite pour expliquer les écarts illustrés dans le tableau. S’il y en a d’autres, j’aimerais bien en être informé! On verra d’ailleurs au cours des prochaines années si la hausse des tarifs de ces services décrétée par l’actuel gouvernement aura un effet sur le taux d’emplois des femmes du Québec et sur la différence de ce taux avec celui des femmes du reste du Canada.

Et alors…

Cette analyse fait ressortir une autre caractéristique du marché du travail des femmes du Québec qui peut paraître étonnante, soit la très forte croissance du taux d’emploi des femmes ayant des enfants d’âge préscolaire ou scolaire. Le fait que cette croissance fut bien plus forte au Québec que dans le reste du Canada rajoute une couche à notre étonnement, étonnement qui disparaît toutefois quand on en comprend les causes. Et, quand on les comprend, on ne peut qu’espérer que cela dure!

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