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L’assaut contre les retraites

15 juin 2015

assaut_retraitesJ’avais des attentes élevées en abordant L’assaut contre les retraites – Discours catastrophistes, réformes réactionnaires et droit à une retraite décente, un essai regroupant huit textes (et une introduction) sous la direction de Normand Baillargeon. Quiconque fréquente un tant soit peu ce blogue sait que j’ai consacré de nombreux billets à cette question. J’espérais donc en apprendre davantage, voire y trouver de nouveaux arguments.

Comme je le fais fréquemment dans ce genre de livre à plusieurs auteurs, je ne m’attarderai pas sur un texte en particulier, mais présenterai plutôt brièvement chacun d’entre eux.

Introduction : Normand Baillargeon présente et met en contexte chacun des textes de ce livre dans son introduction. Il le fait bien plus en détail que je ne le fais dans ce billet…

Protéger le bien commun : Ianik Marcil associe dans son court texte les régimes de retraite publics à un bien commun et dénonce le mouvement actuel qui vise à déplacer le risque des placements qui financent les régimes de retraite des employeurs et de la société vers les travailleurs, privatisant ainsi ce bien commun pour le transformer en un bien privé. Il met ainsi la table pour les textes qui suivent.

Les régimes de retraite au Québec : ce qu’il faut savoir : Dans ce texte, Michel Lizée explique clairement et en détail ce qu’il appelle les six étages du système de retraite au Québec et au Canada, et le rôle de chacun de ces étages :

  • les deux étages des régimes universels non liés au travail, la sécurité de la vieillesse (SV) et le supplément de revenu garanti (SRG);
  • les régimes publics liés au travail, comme le régime des rentes du Québec (RRQ);
  • les régimes de pension agréés des employeurs;
  • les régimes individuels, comme le régime enregistré d’épargne retraite (REÉR);
  • les autres actifs et revenus personnels.

Il analyse ensuite la situation de ces six étages et explore les améliorations possibles qu’on pourrait et devrait leur apporter. Comme j’ai déjà assisté à une conférence au cours de laquelle M. Lizée présentait sensiblement le même contenu, j’ai pu apprécier à nouveau sa conceptualisation de la structure des outils pour financer la retraite. Il s’agit d’un résumé essentiel à la bonne compréhension des enjeux liés aux retraites.

Une retraite inaccessible ? : Frédéric Hanin et Corinne Béguerie examinent, comme le titre nous l’indique, les problèmes d’accessibilité du système de retraite québécois. Pour illustrer les enjeux d’accessibilité, les auteur.e.s élaborent sur les problèmes d’accessibilité spécifiques aux travailleurs et travailleuses autonomes (TTA). Je n’ai personnellement pas été convaincu par cette présentation, même si leurs exemples sont nombreux et informatifs. Ceux-ci ne peuvent toutefois dresser un portrait complet de la situation des TTA, rien n’étant plus différent d’un TTA qu’un autre TTA (médecins et avocats, coiffeuses et agriculteurs, etc.)… Cela dit, ce texte aborde un aspect souvent négligé de notre système de retraite et a tout à fait sa place dans ce livre.

Défendre les régimes publics : Le texte de Ruth Rose est de loin le plus long de ce livre et le plus informatif avec celui de Michel Lizée. Elle explique clairement les différents régimes des pays industrialisés et leur évolution, leur fonctionnement, leurs forces et leurs faiblesses, en accordant plus de place aux régimes en force sur nos terres. Elle montre également que, pour contrer la tendance actuelle à l’individualisation des risques, solution à la fois inique et inefficace en termes de rendements par rapport aux programmes à risques partagés par la société, la meilleure solution est justement de miser davantage sur les programmes publics, par exemple en augmentant la couverture de la RRQ et de la SV et de la SRG. Ce texte est un peu exigeant, mais est excellent. J’aurais toutefois aimé qu’elle élabore davantage sur les effets de la financiarisation des régimes de retraite, mais on ne peut pas tout avoir!

Le RRFS-GCF : régime novateur, adapté à son milieu : Marie Leahey présente dans son texte le Régime de retraite de retraite par financement salarial des groupes communautaires et de femmes (RRFS-GCF). Il s’agit vraiment d’une expérience exemplaire qui permet aux personnes œuvrant dans ces groupes, déjà désavantagées du côté salarial par rapport à des personnes exerçant des professions similaires dans d’autres milieux, de pouvoir au moins bénéficier d’un régime de retraite. Un autre texte qui s’insère bien dans le thème de ce livre.

Le Fonds patrimonial, une solution ! : La Coalition pour les régimes de retraite à prestations déterminées présente dans ce texte une proposition pour le moins originale et audacieuse pour modifier la gestion des régimes de pension agréés. Constatant que la valeur des actifs des régimes de retraite à prestations déterminées correspond grosso modo à la dette du Québec, la Coalition se demande pourquoi ces régimes ne pourraient pas servir à financer cette dette. Calculant que le taux d’intérêt moyen payé par Québec dans son service de la dette équivaut en moyenne à 5 %, la Coalition considère qu’un revenu aussi stable et plus élevé que la moyenne des rendements des régimes actuels seraient très bénéfique pour les adhérents. Même si la démonstration de la Coalition ne m’a pas convaincu (je trouve certains calculs présentés pour le moins douteux, mais surtout, je déplore l’absence d’analyse des moyens à prendre pour arriver à cet objectif et des conséquences précises d’un tel changement), il s’agit sûrement d’une voie à explorer.

Plaidoyer pour une écologie des temps sociaux : Après s’être désolé de la pauvreté bien trop présente chez les personnes à la retraite, Jean Carette explore quelques pistes de solution à cette situation. Au bout du compte, la seule solution à long terme qui lui sourit est la réduction des inégalités de revenus qui permettraient de réduire automatiquement les inégalités de revenus à la retraite. Cela dit, sa contribution se distingue surtout par sa réflexion sur ce qu’il appelle la périodisation de vie, soit le découpage trop net de nos vies en périodes fixes : éducation, travail et retraite passive.

Quelle retraite ? Pour qui ? À quel prix ? : Jean-Jacques Pelletier clôt ce livre avec une forme de conclusion qui tente et réussit à lier le contenu des textes précédents.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Ce livre est à lire par toute personne qui s’intéresse à la question de la retraite. Qu’on connaisse bien ou peu le sujet, on y trouvera son compte. Les articles très informatifs de Michel Lizée et Ruth Rose permettent de mieux comprendre l’univers de la retraite, tandis que les autres explorent certains de ses aspects plus spécifiques permettant un tour d’horizon varié (je n’ose quand même pas écrire «complet», la complétude étant très très vaste!) de la question.

Mes attentes ont-elles été satisfaites? Grandes comme elles l’étaient, cela aurait été étonnant. Mais elles l’ont sûrement été suffisamment pour que j’en recommande la lecture!

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