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Le marché du travail des femmes (11) – la permanence et l’emploi temporaire

17 juin 2015

mt_femmesCe onzième billet de ma série sur le marché du travail des femmes porte sur la permanence et les différentes formes d’emplois temporaires. Pour ce, j’utiliserai le fichier cansim 282-0080 tiré des données de l’Enquête sur la population active (EPA).

Définitions

Avant d’aborder les données comme telles, il est toujours bon, voire essentiel, de savoir ce qu’elles veulent dire. Pour l’EPA, un emploi permanent «est un emploi qui devrait durer aussi longtemps que l’employé le désire, à la condition que la conjoncture économique le permette; c’est-à-dire que la date de cessation de l’emploi n’est pas déterminée à l’avance». L’opposé, soit l’emploi temporaire «est un emploi dont la date de cessation est prédéterminée ou qui se terminera dès qu’un projet déterminé aura pris fin». L’emploi temporaire «comprend les emplois saisonniers, les emplois temporaires (c’est-à-dire pour une durée déterminée ou dans le cadre d’un contrat de travail, y compris le travail effectué par le biais d’une agence de placement), les emplois occasionnels et les autres emplois temporaires».

Évolution de l’emploi permanent et temporaire

mt_femmes11_1Le graphique ci-contre montre l’évolution depuis 1997 (l’EPA ne pose des questions sur l’emploi permanent que depuis 1997) de la proportion des emplois que l’EPA considère permanents. On peut voir que l’emploi permanent n’a diminué que très légèrement (de seulement 1,1 point de pourcentage, soit de 87,8 % en 1997 à 86,7 % en 2014) chez les hommes (ligne bleue) et encore moins (de 0,6 point de pourcentage, soit de 85,9 % en 1997 à 85,3 % en 2014) chez les femmes (ligne rouge) au cours des 18 années pour lesquelles on possède des données sur le sujet. S’il est plus fréquent chez les hommes, la différence avec les femmes est faible (entre une égalité en 2011 et des différences n’excédant pas 2,9 points de pourcentage, soit plus élevé d’un maximum de 3,3 %). Si les proportions d’emplois permanents (et temporaires) ne sont pas si différentes chez les hommes et les femmes, le type d’emplois temporaires qu’ils et elles occupent se distingue davantage, comme le graphique qui suit le montre bien.

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Les lignes sont nombreuses et entremêlées, mais elles nous laissent quand même voir certaines tendances. Ainsi, on peut voir que l’emploi saisonnier est presque deux fois plus fréquent chez les hommes (ligne bleue foncée, avec en moyenne 3,9 % de l’emploi masculin) que chez les femmes (ligne rouge, avec en moyenne 2,1 % de l’emploi féminin). À l’inverse, l’emploi occasionnel est plus fréquent chez les femmes (ligne bleue pâle, avec en moyenne 4,1 % de l’emploi féminin) que chez les hommes (ligne rouge vin, avec en moyenne 2,7 % de l’emploi masculin). Mais l’emploi temporaire le plus fréquent est l’emploi dit à terme ou à contrat, nettement plus fréquent chez les femmes (ligne verte, avec en moyenne 9,3 % de l’emploi féminin) que chez les hommes (ligne jaune, avec en moyenne 6,8 % de l’emploi masculin). On notera aussi que ce type d’emploi est le seul qui a augmenté de façon notable au cours de cette période, soit de 2,6 points de pourcentage chez les femmes et de 1,0 point chez les hommes.

On pourrait être étonné que la proportion d’emplois permanents soit aussi élevée (et celle de l’emploi temporaire si peu élevée), mais cela n’est pas un événement rare entre les perceptions et la réalité quand on parle du marché du travail. Par ailleurs, les moyennes de l’emploi permanent camouflent, comme les moyennes le font souvent, les spécificités des caractéristiques des personnes qui occupent ce type d’emploi.

L’emploi temporaire par tranche d’âge

mt_femmes11_3Si l’emploi temporaire a représenté en moyenne 13,3 % de l’emploi des hommes et 14,9 % de l’emploi des femmes en 2014, le portrait devient drôlement différent quand on le regarde par tranche d’âge, comme le montre le graphique ci-contre.

Ce graphique nous permet de constater que l’emploi temporaire est concentré en premier lieu chez les personnes en emploi âgées de 15 à 24 ans, à un niveau assez semblable chez les femmes (32,3 %) et chez les hommes (30,8 %), avec des proportions trois fois plus élevées que chez les personnes occupées âgées de 25 ans et plus (11,2 % chez les femmes et 10,2 % chez les hommes, données non illustrées). Cette forte proportion n’est pas étonnante, puisque près de la moitié de ces emplois (49 %) étaient occupés par des étudiantEs à temps plein (selon le tableau cansim 282-0095).

On note aussi que l’emploi temporaire est aussi plus élevé que la moyenne chez les personnes en emploi âgées de 65 ans et plus. Cela semble le reflet de la tendance chez beaucoup de personnes de cet âge de retourner sur le marché du travail après avoir pris leur retraite de leur emploi régulier. D’ailleurs, la proportion d’emploi temporaire était 75 % plus élevée chez les hommes (24,2 % par rapport à 13,7 %) et 3 fois plus élevée chez les femmes (22,1 % par rapport à 7,7 %) entre 2011 et 2014 qu’entre 1997 et 2000, ce qui concorde avec l’hypothèse d’une tendance relativement récente. On notera que j’ai comparé des moyennes de quatre ans, car le niveau de l’emploi (surtout temporaire) est très faible (surtout en début de période) et, en conséquence, les marges d’erreurs sont très importantes.

On observera aussi que les femmes occupent plus souvent des emplois temporaires que les hommes chez les 15-24, les 25-44 ans et les 65 ans et plus, mais moins chez les 45-54 ans et les 55-64 ans. La différence la plus forte s’observe chez les 25 à 44 ans, âge où les femmes ont le plus souvent des enfants (difficile de ne pas faire le lien…). Il est aussi possible que cet écart soit aussi en partie expliqué par le fait que les femmes étudient en moyenne plus longtemps que les hommes et arrivent sur le marché du travail «régulier» (autre qu’étudiant) plus âgées que les hommes.

L’emploi temporaire par industrie

J’aurais pu arrêter là, mais, comme le tableau cansim utilisé le permet, je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant de regarder la situation de l’emploi temporaire par industrie.

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Comme un graphique n’aurait montré qu’un paquet de lignes impossibles à distinguer, j’ai plutôt construit un tableau en isolant les pourcentages d’emplois temporaires par industrie et par sexe en 1997 (deux premières colonnes) et en 2014 (deux colonnes du centre), et finalement l’écart entre 1997 et 2014 (deux dernières colonnes).

Je ne pourrai bien sûr pas commenter le contenu complet de ce tableau. Je vais donc seulement isoler les éléments qui m’ont sauté aux yeux. Chez les femmes, les taux d’emplois temporaires les plus élevés en 2014 s’observaient :

  • dans l’enseignement (on pourrait être étonné, mais certainement pas les personnes qui doivent occuper de tels emplois pendant une dizaine d’années avant d’obtenir un emploi permanent, si elles ont tenu le coup…), avec 30,6 % des emplois;
  • dans la foresterie, les mines et les pêches (ce qui étonne moins), avec 30,0 % des emplois;
  • dans l’information, la culture et les loisirs, avec 28,9 % des emplois;
  • dans l’agriculture, avec 25,8 % des emplois.

Les industries où les taux étaient les plus élevés chez les hommes étaient généralement les mêmes que chez les femmes. On notera tout de même que ces taux étaient nettement plus élevés chez les hommes que chez les femmes dans la construction (23,2 % par rapport à 8,9 %), sûrement parce que ceux-ci occupent davantage les emplois dans les métiers, professions beaucoup plus saisonnières que celles occupées par les femmes dans cette industrie. À l’inverse, les taux d’emplois temporaires étaient beaucoup plus élevés chez les femmes (16,7 %) que chez les hommes (8,7 %) dans les autres services, sûrement parce que les femmes sont majoritaires dans les services personnels (coiffeuses, masseuses, esthéticiennes, etc.) et que les hommes le sont dans la réparation (notamment dans les ateliers de réparation d’automobiles).

Finalement, les deux dernières colonnes montrent les variations des taux d’emplois temporaires entre 1997 et 2014. On remarque tout particulièrement la forte baisse de la proportion de ces emplois dans l’agriculture, la construction et, dans une moindre mesure, dans l’administration publique (est-ce que, en raison des compressions dans ce secteur, les emplois temporaires auraient été les premiers à être abolis?). À l’inverse, la proportion d’emplois temporaires a augmenté énormément dans les services d’enseignement, illustrant la précarisation des emplois dans ce secteur (notamment par l’embauche plus importante de suppléantEs et de chargéEs de cours), et dans l’information, la culture et les loisirs (j’aurais besoin ici de plus d’information pour commenter; je pense quand même à la sous-traitance qui a pris de l’ampleur dans la production télévisuelle au cours des dernières années, mais il doit y avoir autre chose…).

Et alors…

Cette analyse n’a peut-être pas fait ressortir de différences aussi notables entre les hommes et les femmes que celle des autres sujets abordés dans cette série, mais a certainement permis de mieux comprendre le phénomène de l’emploi temporaire et surtout de mieux estimer son ampleur. Personnellement, ce sont les données par industrie qui m’ont appris le plus de choses. Et vous?

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