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Les 68 700 emplois se dégonflent…

10 juillet 2015

PLQ-emploi_68000Cela fait depuis février dernier que je mets en doute la hausse que montrent les estimations de l’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada depuis décembre 2014 et depuis l’élection des libéraux en avril 2014. Depuis ce temps, j’attends avec impatience que ces estimations diminuent pour revenir au niveau que toutes les autres sources de données semblent indiquer, soit à un niveau de stagnation de l’emploi. Le grand jour est enfin (presque) arrivé ce matin lors de la parution ses estimations de l’emploi selon l’EPA pour le mois de juin 2014, alors que Statistique Canada a indiqué que ses estimations de l’emploi pour le Québec avaient diminué de 33 300 en un seul mois!

Alors que les libéraux s’étaient vantés d’avoir permis la création de 52 000 emplois entre avril 2014 et février 2015, puis de 68 700 emplois lors de leur première année au pouvoir (comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet) grâce à «l’effet libéral», le ministre de l’Emploi Sam Hamad s’étonne maintenant de la baisse de l’emploi (en fait, des estimations de l’emploi, je ne le répéterai jamais assez souvent!) en juin. L’opposition, qui prétendait que les libéraux n’avaient rien à voir avec cette hausse d’emploi, accuse maintenant le gouvernement Couillard d’être responsable de la baisse annoncée aujourd’hui. Rien de bien neuf dans ces vantardises et accusations démagogiques…

En fait, ils ont tous tort, car, il n’y a jamais eu de hausse notable d’emploi depuis l’arrivée des libéraux au pourvoir, comme il n’y a fort probablement pas eu de baisse de plus de 30 000 emplois entre mai et juin 2015…

L’EERH et l’EPA

Comme je le fais toujours quand on présente des données sur l’emploi provenant de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais encore les comparer avec celles de l’Enquête sur la rémunération et les heures de travail (EERH). En effet, les estimations de l’EPA comportent une marge d’erreur importante, (la marge d’erreur à 95 % des estimations de l’EPA pour un mois donné par rapport à celles du mois correspondant de l’année précédente est de 56 000 et celle d’un mois à l’autre est de 29 000), tandis que celles de l’EERH sont beaucoup plus fiables, sans marge d’erreur, car issues d’un recensement de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye, mais disponibles avec un ou deux mois de retard sur les premières. Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les travailleurs autonomes, les salariés du secteur de l’agriculture, les grévistes, les personnes en lock-out et les personnes en congé sans solde, alors que les estimations de l’EPA le font. Ces différences font en sorte qu’il faut toujours être prudent quand on compare les données de ces deux sources. Pour les rendre comparables, je dois donc faire partir les données à 100 (en divisant chaque donnée de chaque série par l’emploi de juillet 2011) dans les deux cas pour qu’on puisse mieux voir l’évolution relative des deux courbes.

PLQ-emploi_68000_25000

Ce graphique nous permet de constater que la baisse de l’estimation de l’emploi de l’EPA (ligne rouge) du dernier mois ne fait qu’annuler les hausses inexplicables de décembre 2014 à avril 2015 et qu’elle ne fait que rapprocher la tendance de ces estimations avec la tendance des données de l’EERH (ligne bleue) qui, elle, ne montre aucun mouvement notable à la hausse comme à la baisse depuis juillet 2012 (sauf en juin 2013, en raison de la grève de la construction)!

Comme je l’ai expliqué dans de nombreux autres billets (notamment dans celui-ci), tous les autres indicateurs pertinents (PIB, rapport mensuel des opérations financières, etc.) concordent avec le constat des données de l’EERH : l’emploi stagne au Québec depuis bientôt trois ans.

Et alors…

En fait, si on tient compte des baisses de l’estimation de l’emploi de l’EPA des deux derniers mois (baisses de 2100 en mai et de 33 300 en juin), la fameuse hausse de 68 700 emplois entre avril 2014, mois de l’élection du gouvernement Couillard, et avril 2015 a déjà perdu la moitié de son ampleur, tel que je l’ai prévu dans mes précédents billets sur le sujet. Et, comme il s’agit du premier véritable mois de baisse après cinq mois de hausses, il ne serait pas étonnant que les prochains mois montrent davantage de baisses que de hausses. Cela dit, seule une personne insensée se permettrait de faire des prévisions sur des données qui présentent de telles marges d’erreur!

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3 commentaires leave one →
  1. 10 juillet 2015 20 h 35 min

    Il faudrait sans doute lire ENTRE AVRIL 2014 ET JUIN 2015 au début du second paragraphe

    « Alors que les libéraux s’étaient vantés d’avoir permis la création de 52 000 emplois entre avril 2014 et février 2014, puis de 68 700 emplois »

    Merci pour le travail de vulgarisation.

    RC

    J'aime

  2. 10 juillet 2015 21 h 20 min

    Merci pour la correction, mais c’est plutôt «entre avril 2014 et février 2015».

    La hausse de l’estimation a culminé en avril 2015, le fameux 68 700. «ENTRE AVRIL 2014 ET JUIN 2015», la hausse n’est plus que de 33 300, selon l’EPA, d’où mon «la fameuse hausse de 68 700 emplois entre avril 2014, mois de l’élection du gouvernement Couillard, et avril 2015 a déjà perdu la moitié de son ampleur».

    Disons que j’ai écrit ce billet rapidement!

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