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Renouveler le syndicalisme

20 juillet 2015

renouveler le syndicalismeRenouveler le syndicalisme, essai sous la direction de Samuel Trépanier, Philippe Crevier, Hubert Forcier, trois conseillers syndicaux à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), est un autre livre écrit par différents auteurs (17 en tout). Je compte dans ce billet présenter sommairement chacun de ses 14 textes.

Les textes 

– Introduction – Participer au débat pour le syndicalisme de demain : Philippe Crevier, Hubert Forcier et Samuel Trépanier présentent les textes que ce livre contient ainsi que le contexte les ayant amené à le concevoir. Ils déplorent le virage entrepris par les syndicats depuis au moins une trentaine d’années et s’interrogent sur les actions qu’il faudrait entreprendre pour revenir à un véritable syndicalisme de transformation sociale. On peut par ailleurs lire les premières pages de cette introduction sur Internet.

– Si le mouvement syndical opérait un virage politique : Alain Deneault explique en quoi ce qu’il appelle les législations de complaisance ont miné le rapport de force des travailleurs et des syndicats. Trop complaisants depuis au moins les années 1990, les syndicats doivent réinvestir le champ de la politique, radicaliser leur discours et leurs pratiques, et prendre leur distance avec l’État et son mode de gouvernance.

– Parler au monde : comment le fossé médiatique s’est creusé entre les syndicats et le monde ordinaire : Gabrielle Brais Harvey et Simon Tremblay-Pepin se basent sur des entretiens avec des membres des services de communication des syndicats pour critiquer assez vertement l’apathie des syndicats face à la concentration de la presse et à la faiblesse de leurs stratégies de communication, souvent le reflet de la bureaucratisation de ces organisations et de la judiciarisation des relations de travail.

– La « solution miracle » : le droit de grève et la loi spéciale au Québec : Martin Petitclerc et Martin Robert racontent l’évolution du droit de grève depuis le XIXème siècle au Québec ainsi que la plus grande fréquence du recours à des lois dites spéciales, qui le sont de moins en moins tout en devenant de plus en plus sévères. Ils s’interrogent aussi sur les moyens que les syndicats pourraient prendre pour défendre ce droit fondamental et, en fait, le retrouver.

– Jeunes et syndicalisme : quelles solutions privilégier pour en découdre avec un divorce annoncé ? : Mélanie Laroche et Mélanie Dufour-Poirier observent la faiblesse de la participation des jeunes aux structures syndicales, analysent les facteurs à l’origine de cette faiblesse et proposent des moyens pour renverser la situation.

– La vérité est un champ de bataille : Miriam Fahmy montre la nécessité d’une forte présence syndicale dans une société, observe la perte de popularité des syndicats dans l’opinion publique, déplore les attaques qu’ils subissent tant par l’État que dans les médias et juge nécessaire une défense de leur rôle et une réorientation de leurs priorités pour mieux démontrer leur importance.

– Le syndicalisme : un outil de transformation sociale : Marie-Eve Rancourt plaide pour un retour au syndicalisme de transformation sociale, notamment par une plus grande participation des syndicats aux luttes sociales, à l’éducation populaire de leurs membres et à la défense de la démocratie. Elle encourage aussi les syndicats à s’unir entre eux et avec les autres organisations sociales dans des causes communes.

– Reprendre l’offensive. Quelques pistes pour relancer le mouvement syndical : Alexandre Leduc et Sébastien Robert voudraient eux aussi que le mouvement syndical étende ses actions dans le domaine socio-économique : régimes de retraite universels, encouragement des coopératives de travail, éducation à la consommation, démocratisation des milieux de travail, protection de l’environnement, investissement dans des médias, aide aux milieux non syndiqués, appui au seul parti politique de gauche au Québec (Québec solidaire, pour lequel les auteurs ont déjà été candidats), etc.

– L’information, outil de démocratie : Isabelle Montpetit explique le danger pour la démocratie de l’affaiblissement du modèle d’affaires des médias, de la diminution du financement des médias publics et de leur plus grande concentration dans les mains d’entreprises défendant leurs intérêts. Elle aimerait, elle aussi, que les syndicats soutiennent un média de gauche et qu’ils améliorent la communication avec leurs membres.

– Inspiration scandinave pour le syndicalisme québécois : Henry Milner commence son texte en présentant l’évolution du modèle scandinave (surtout en Suède) et ses principales caractéristiques, notamment le fort taux de syndicalisation dans tous ces pays et le rôle prépondérant des syndicats dans le programme politique du parti social démocrate (SPD) en Suède. Il mentionne aussi l’importance du mouvement social, des institutions fortement décentralisées, du mode de scrutin proportionnel associé à de forts taux de participation aux élections et du caractère universel des programmes sociaux (caractère qui favorise la coopération). Il poursuit en proposant au Québec d’adopter certaines de ces mesures tout en les adaptant à ses particularités. Il s’agit probablement du texte que j’ai préféré dans ce livre.

– La syndicalisation des travailleurs et travailleuses par la modernisation de l’extension des conventions collectives : Laurence Léa Fontaine milite pour un renouvellement de la législation entourant l’extension des conventions collectives (qu’on appelle actuellement des décrets de conventions collectives). Ces extensions (ou décrets) permettent d’établir des conditions de travail minimales à toutes les personnes travaillant dans un secteur donné, qu’elles soient syndiquées ou pas.

– Les mouvements sociaux et Québec solidaire : Amir Khadir relate les relations passées et présentes entre les organismes communautaires, les syndicats et des partis politiques précis. Si ces organisations défendent leur indépendance, il ne fut pas rare qu’elles donnent leur appui à des partis politiques précis au cours des 40 dernières années, surtout au PQ. L’auteur examine ensuite les relations actuelles et à venir entre Québec solidaire et ces organismes, leurs faiblesses (autant celles de QS que des autres mouvements à gauche de l’échiquier politique) et certaines pistes pour les corriger.

– Dépasser les anti-syndicalismes, construire les organisations du xxie siècle. Mobilisation et démocratie dans le mouvement syndical : Gabriel Nadeau-Dubois voudrait lui aussi que le mouvement syndical étende ses actions à des domaines plus universels, notamment à la bataille contre l’austérité et le néolibéralisme, et à la cause écologique. Pour favoriser la mobilisation des membres du mouvement syndical, il insiste en particulier sur l’importance de raviver la démocratie syndicale.

– Conclusion – Combattre la crise par un syndicalisme renouvelé : Philippe Crevier, Hubert Forcier et Samuel Trépanier concluent en soulignant l’aspect complémentaire des recommandations contenues dans les différents textes de ce livre.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Comme tout livre regroupant autant d’auteurs, celui-ci présente des textes plus intéressants que d’autres et on retrouve quelques répétitions dans les analyses et les propositions de ces textes (notamment sur les médias et l’environnement). Cela dit, il contient suffisamment de textes originaux et de propositions complémentaires pour toujours maintenir l’intérêt du lecteur. Bref, oui, il faut lire ce livre qui contient des textes qui, même si écrits par un grand nombre de syndicalistes, sont très critiques de la tendance actuelle des syndicats à être timides dans leurs actions politiques et à mettre la priorité sur leurs responsabilités corporatistes, bureaucratiques et technocratiques, et qui proposent des moyens concrets pour que les syndicats exercent à nouveau un rôle de premier plan dans la transformation sociale du Québec.

Dans un billet portant sur un autre livre critiquant le virage technocratique des syndicats, j’avais déploré que ce livre aborde peu la situation au sein des syndicats québécois, s’attardant presque exclusivement aux syndicats du reste du Canada. Ce livre vient corriger cette lacune de belle façon.

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9 commentaires leave one →
  1. 20 juillet 2015 9 h 08 min

    Le texte de Henry Milner m’intéresse vivement, je vais certainement analyser ça. Merci!

    Aimé par 2 people

  2. benton65 permalink
    20 juillet 2015 21 h 20 min

    Il y a ce paradoxe des radios poubelles qui reprochent le corporatisme des syndicats tout en voulant imposer des règles aux les syndicats qui les rendraient plus… corporatiste!!!

    Mais les animateurs de radios poubelles ne sont pas à une contradiction près…

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  3. 20 juillet 2015 21 h 49 min

    Ouais, ne vous occupez que de vos membres, pas de ce qui se passe ailleurs, mais si vous le faites, vous ne serez que des corporatistes!

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  4. Richard Langelier permalink
    21 juillet 2015 19 h 00 min

    Bien avant les animateurs de radios poubelles, il y avait les éditorialistes qui aimaient bien ces contradictions. La revendication du premier Front commun des secteurs public et parapublic de 100$ par semaine était critiquée en tant que proposition politique rompant le contrat social [1], nécessitant une révision de la fiscalité. «Il faut produire les richesses avant de les distribuer» est une chanson que j’ai entendue avant «Au clair de la lune», ou presque.

    Par contre, à la CSN, il y a eu une dérive gauchiste [2] au cours des années 70-80 [3], particulièrement lorsque les groupes d’obédience maoïste ont été très présents à la Fédération des Affaires sociales.

    Je ne suis pas certain que la formule Rand permette vraiment le syndicalisme que souhaitent les auteurs de ce livre. Sur le plan légal, sans doute. Le hic, c’est que lorsqu’un membre adhère à un syndicat affilié à une Centrale pratiquant un véritable syndicalisme de transformation sociale parce que 50% + 1 des membres y ont adhéré avant lui, il ne se sent pas nécessairement impliqué. Cette impression me vient sans doute du fait qu’à 20 ans, j’ai eu un emploi dans une usine de meubles [4] où j’ai assisté à une assemblée où les membres ont choisi de quitter la CSN pour adhérer à la CSD. D’ailleurs, dans la région, la majorité des membres du secteur privé affiliés à la CSN sont passés à la CSD.

    À l’intérieur du mouvement syndical, cette opposition secteur privé-secteur public doit exister encore. Ce qui fait la manchette, ce sont les négociations des 400 000 syndiqués des secteurs public et parapublic provinciaux. Les syndiqués du secteur privé ont l’impression de payer pour eux. Ceux du public touchent rarement au fonds de grève puisqu’une loi spéciale les oblige à retourner au travail. Ils ont l’impression de payer pour les grévistes et lock-outés pendant des mois.

    Je lirai sûrement ce livre. Je n’ai aucune raison de douter de la justesse du résumé que tu en fais, Darwin. J’ai l’impression que les auteurs ne connaissent pas les dérives des années 70-80.

    P.-S. Au cours des années 70, une blague (triste) circulait: «Chaque fois que Michel Chartrand ouvre la bouche, la CSN perd 1000 membres». J’ose espérer que chaque fois que Christian Montmarquette écrit sur le blogue du Devoir, Québec solidaire ne perd que …»

    [1] Celle-là, je l’ai entendue littéralement de la bouche du ministre Jean-Paul L’Allier lors d’un débat avec Marcel Pepin (pas d’accent, bien avant Simon Tremblay-Pepin).
    [2] Je persiste à utiliser le terme de façon péjorative, parce que je ne sais pas où cliquer pour trouver la définition d’un mot sur http://www.cnrtl.fr/ .
    [3] Si je relisais «Ne comptons que sur nos propres moyens», je suppose que je trouverais ça candide. http://classiques.uqac.ca/contemporains/gill_louis/Ne_comptons_que_sur_nos_propres_moyens/ne_comptons.html .
    [4] Ne me prenez pas en adoration, je n’étais pas sur une scie. J’ai transporté des décors pendant quelques semaines pour l’exposition du Meuble à la Place Bonaventure.

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  5. 21 juillet 2015 19 h 12 min

    «Marcel Pepin (pas d’accent, bien avant Simon Tremblay-Pepin»

    Normal, c’était son grand-père…

    «je ne sais pas où cliquer pour trouver la définition d’un mot sur http://www.cnrtl.fr/

    Essaie http://www.cnrtl.fr/lexicographie/, ou clique sur «Portail lexical», puis sur «Lexicographie».

    « J’ose espérer que chaque fois que Christian Montmarquette écrit sur le blogue du Devoir, Québec solidaire ne perd que …»»

    Je sacre à chaque fois que je le lis… T’ai-je déjà dit qu’il m’a flushé sur Facebook après que je lui ai reproché de nuire plus que d’aider à QS?

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  6. Richard Langelier permalink
    21 juillet 2015 20 h 52 min

    Sur http://www.cnrtl.fr/definition/gauchisme , il est écrit : «[…] Mai 1968 devait d’ailleurs poser à la gauche italienne le même type de problèmes qu’à son homologue française. Un vif débat eut lieu au sein du parti communiste, en particulier sur la véritable nature du gauchisme (Monde,3 mai 1978, p. 26, col. 6). Je sens que que je vais tourner en rond toute la nuit. Quoi qu’il en soit, je viens de modifier la barre personnelle de mon Marque-pages.

    Il me reste à résoudre le problème d’Eve-Lyne Couturier. Je consulterai ma belle-sœur, traductrice correctrice, française d’origine qui signe ses courriels «Evelyne». Il faut dire qu’elle écrit aussi A + et que dans la catégorie «travailleuse autonome», elle alterne entre «surcharge de travail» et attente de contrats, ce qui est ben maudit pour les spécialistes d’agrégats.

    T’avais écrit ici qu’il t’avait flushé. J’étais resté sur l’impression que c’était sur un de ses sites. Comme les jurons ne sont pas bons à notre âge pour notre pression artérielle, je te conseille la lecture de http://www.journaldemontreal.com/2015/07/20/les-bananes-de-st-jerome-en-peril . Les lecteurs de Chassin n’ont pas apprécié.

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  7. 21 juillet 2015 21 h 23 min

    «Les lecteurs de Chassin n’ont pas apprécié.»

    N’ont pas apprécié quoi? Je pensais que tu parlais de CM, mais on dirait plutôt qu’ils n’ont pas aimé sa comparaison ridicule entre le pétrole et les bananes…

    J'aime

  8. Richard Langelier permalink
    21 juillet 2015 21 h 40 min

    Ça fait du bien de voir qu’ils n’ont pas apprécié sa comparaison ridicule.

    Aimé par 1 personne

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