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Le mouvement masculiniste au Québec

3 août 2015

masculinismeLe mouvement masculinisme québécois me fascine depuis longtemps, même si je l’évite comme la peste! Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri ont eu la bonne idée de rééditer leur livre Le mouvement masculiniste au Québec – L’antiféminisme démasqué paru pour la première fois en 2008 en mettant à jour l’introduction et la conclusion, et en y ajoutant deux textes. Comme je le fais souvent dans ce genre de livre, je vais me contenter de présenter brièvement les textes qu’on y trouve.

Les textes

– Introduction : discours et actions masculinistes : Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri font plus que seulement présenter les thèmes des textes qui forment ce livre. Cette introduction aborde aussi les principaux faits et concepts qui seront élaborés plus loin, notamment l’histoire du masculinisme au Québec, ses principaux représentants, les liens entre le masculinisme et l’antiféminisme, et l’intérêt des médias pour ce mouvement.

– Le «masculinisme»: une histoire politique du mot : Francis Dupuis-Déri utilise l’approche qu’il avait adoptée dans son livre Démocratie. Histoire politique d’un mot, dont j’ai parlé dans ce billet. Il raconte dans ce texte l’évolution de l’utilisation des mots et surtout des concepts qui leur sont associés pour représenter le mouvement masculiniste au Québec, en France et dans les pays anglo-saxons : masculinisme, humanisme, hominisme, masculiste, etc. Il s’agit du premier des deux textes ajoutés dans cette édition.

– «Liberté, fraternité, masculinité»: les discours masculinistes contemporains du Québec et la perception des femmes dans la France révolutionnaire : Ève-Marie Lampron montre dans ce texte que le masculinisme et l’antiféminisme ne sont pas des phénomènes récents, mais étaient bien en place lors de la Révolution française. Un texte éclairant!

– Un terreau antiféministe : Diane Lamoureux s’attarde dans ce texte davantage à l’antiféminisme qu’au masculinisme qui n’en est qu’une des manifestations. De l’emprise du clergé au mouvement des Yvettes, en passant par les événements de Polytechnique, l’auteure montre que les attaques contre le féminisme peuvent prendre des formes variées.

– Marc Lépine: héros ou martyr? Le masculinisme et la tuerie de l’École polytechnique : Mélissa Blais élabore dans ce texte sur les événements entourant la tuerie de l’École polytechnique. Elle montre entre autres la récupération de cette tuerie par les masculinistes et la négation de la nature foncièrement antiféministe des meurtres de Marc Lépine. Pire, Marc Lépine est, pour certains masculinistes, devenu un héros de leur cause (ce qui ne les empêche pas de nier le caractère antiféministe ou même politique de cette tuerie…).

– Le discours masculiniste sur les violences faites aux femmes: une entreprise de banalisation de la domination masculine : Louise Brossard s’attaque avec des données probantes aux affirmations des masculinistes à l’effet que la violence entre les sexes seraient bien partagée entre les hommes et les femmes, que les violences faites aux femmes seraient moins importantes que les féministes ne le disent et qu’il n’y a pas de lien entre ces violences et le désir de contrôle et de domination de trop d’hommes.

– Cyberviolence: le discours masculiniste sur les femmes : Mathieu Jobin montre l’utilisation que font les masculinistes des médias sociaux et des autres sites Internet, tant pour nier la violence faite aux femmes que pour les dénigrer et les intimider, et appuyer leurs revendications politiques.

– Les féministes, les réseaux sociaux et le masculinisme: guide de survie dans un no woman’s land : Dans le deuxième texte ajouté dans cette édition, Sarah Labarre explore plus à fond les attaques (dénigrement, intimidation, menaces, etc.) des masculinistes sur les réseaux sociaux, aussi bien dans ceux qu’ils contrôlent que dans ceux produits par des féministes. Elle explique les tactiques qu’ils utilisent et propose des moyens pour les contrer.

– L’homophobie sournoise dans l’idéal masculin des masculinistes : Janik Bastien Charlebois montre que le modèle de masculinité idéalisé par les masculinistes est incompatible avec l’homosexualité et les portent donc à l’homophobie, même si ceux-ci évitent en grande majorité de préciser leur position en la matière. Mais, cela n’empêche pas cette homophobie de se manifester de façon concrète!

– Le chant des vautours: de la récupération du suicide des hommes par les antiféministes : Francis Dupuis-Déri démolit habilement et avec des données fiables (autant peuvent-elles l’être dans un tel domaine) l’association que font les masculinistes entre les taux de suicide plus élevés chez les hommes que chez les femmes et la montée du féministe. En fait, d’aussi loin que remontent les données à ce sujet, les taux de suicide chez les hommes ont toujours été plus élevés que chez les femmes et ce, dans presque tous les pays industrialisés, sans aucun lien avec le niveau d’égalité des sexes dans ces sociétés.

– L’influence du masculinisme auprès de l’État: le débat autour de la réforme du Conseil du statut de la femme : Karine Foucault présente les péripéties entourant les débats qui ont eu lieu en 2005 sur la possibilité de transformer le Conseil du statut de la femme en un Conseil de l’égalité. L’existence même d’un tel débat a «démontré l’influence réelle des mouvements misogynes et antiféministes, principalement dans un contexte de résurgence du conservatisme politique».

– L’activisme juridique, le divorce et la garde des enfants: backlash sur les gains essentiels du mouvement féministe : Josianne Lavoie décortique les lois et les décisions des juges en matière de garde d’enfants et détruit ainsi l’argumentaire des masculinistes sur un supposé parti-pris des lois et des juges en faveur des femmes.

– Lorsque des actions masculinistes ciblent des féministes : Émilie Saint-Pierre rend compte de ses recherches sur les tactiques adoptées par les groupes masculinistes, notamment sur les tactiques d’intimidation, de harcèlement et de menaces.

– Le mouvement des femmes du Québec face à la montée de l’antiféminisme: affirmation et renouveau : Marie-Ève Surprenant propose des stratégies pour faire face à l’antiféminisme, que ce soit en déconstruisant les discours antiféministes, en réinventant les pratiques féministes et la façon de présenter le message féministe, ou en poursuivant les luttes et en les transmettant aux jeunes générations.

– Conclusion — Le masculinisme comme mécanisme de contrôle des femmes : Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri font le lien entre les constats présentés dans les textes précédents, mentionnent les sujets qui demanderaient plus de recherches et concluent que, même si le mouvement masculiniste est proportionnellement peu répandu, on aurait tort de minimiser son influence et son capital de sympathie, que ce soit dans les médias, dans les milieux de la santé et de l’éducation, ou en politique. Il faut au contraire redoubler d’ardeur pour le contrer.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Lire bien sûr! Ce sujet est trop important pour ne pas lui accorder l’importance qu’il mérite. Si les répétitions sont nombreuses, ce qui inévitable avec un tel sujet et un si grand nombre d’auteurEs, les textes sont suffisamment variés et complémentaires pour qu’il vaille la peine de tous les lire avec attention. Comme il est mentionné dans la conclusion, on aurait tort de minimiser l’importance de ce mouvement en raison du nombre relativement restreint d’acteurs majeurs qui s’en revendiquent. Ils sont de fait peu nombreux, d’où la fréquence de la mention des noms de ces personnes dans les textes du livre, mais ils ont beaucoup trop d’écoute, d’influence et de pouvoir de nuisance pour qu’on les ignore et surtout pour qu’on laisse aller leur mouvement sans lui résister.

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6 commentaires leave one →
  1. 3 août 2015 6 h 12 min

    Livre qui me fascine également. D’après la description que tu en fais, les textes sont les mêmes qu’en 2008, donc les « acteurs majeurs » dont tu parles ont sombré dans l’oubli pour la plupart. Il serait intéressant d’identifier qui sont les masculinistes médiatiques de 2015 (Martineau? Bock-Côté?).

    J’ai osé écrire un statut sur le « backlash » masculiniste, après l’affaire Jean-François Mercier, et les intervenants se sont lancés des briques pendant plus d’une semaine. Ça m’a appris qu’il vaut mieux écrire une monographie tranquille sur le sujet, comme l’ont fait les auteurs-es, que d’en discuter autour d’une table en famille (il y a dans ma famille une majorité de féministes, mais aussi deux leaders de groupes d’hommes…).

    Enfin, si ces groupes d’hommes masculinistes ne sont que la pointe de l’iceberg, ils ne se réclament même pas eux-mêmes du masculinisme. Pensons p.ex. à Guy Corneau qui a fondé le Réseau Homme Québec, ce n’est pas le stéréotype du monstre masculiniste que l’on voudrait. On doit nuancer le portrait. Les masculinistes sont en fait partout autour de nous, et sont une part de nous: au travail, dans la famille, et enfouis dans notre psyché.

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  2. 3 août 2015 7 h 03 min

    « les intervenants se sont lancés des briques pendant plus d’une semaine»

    Ça va être plus tranquille ici! 😉

    Aimé par 3 people

  3. 12 août 2015 13 h 44 min

    Le 12 août, j’achète un livre québécois

    http://quebec.huffingtonpost.ca/2015/08/12/12aout-jachete-livre-quebecois-suggestions-de-lecteurs_n_7974330.html

    À sa demande, je me suis fait offrir par la grand-mère de nos petits-enfants un livre en ce 12 août et j’ai opté sans mon logiciel artisanal d’aide au CHOIX pour Le mouvement masculiniste au Québec.

    À +.

    Aimé par 1 personne

  4. 17 août 2015 8 h 00 min

    Mon correcteur n’a pas lu Le mouvement masculiniste au Québec; il aurait retenu qu’il ne faut pas corriger masculiniste et fémininiste.

    Je retiens du premier chapitre en page 65 cet extrait tiré de François Brooks :

    Il existe pour moi une distinction entre « masculinisme » et « masculisme » […] Le « masculinisme » est le mot dégradant inventé par Michèle Le Doeuff, philosophe féministe française, et propagé par les radicales d’ici [Québec) pour désigner ce qu’elles répudient. Son pendant sémantique devrait être >fémininisme> […] Le « masculisme est au contraire un mouvement symétrique au « féminisme ». Il se penche sur la condition masculine […] Je ne me définis donc pas comme un (vilain) masculiniste qui s’oppose au féminisme, mais, tout comme il leur est légitime de réfléchir à leur condition féminine sous l’appellation de « féministe », qu’il me soit loisible de réfléchir sur ma propre condition avec d’autres hommes sur la philosophie « masculiste». François Brooks, Distinguons masculisme et masculinisme,

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  5. 19 août 2015 6 h 18 min

    Du chapitre de Ève-Marie Lampron, «Liberté, fraternité, masculinité»: les discours masculinistes contemporains du Québec et la perception des femmes dans la France révolutionnaire, je retiens la fin de sa conclusion :

    L’ « innovation » de l’approche masculiniste actuelle réside toutefois dans l’utilisation de la rhétorique de l’oppression développée par les féministes depuis deux siècles, et qui est détournée en faveur des hommes, contre les femmes. C’est donc la déconstruction de ce trait de discours spécifique qui représente un défi majeur pour nous féministes, théoriciennes et militantes de ce début du XXIe siècle.

    Deux remarques :

    1 – elle a observé et admet que les hommes se sont féminisés puisqu’ils utilisent maintenant contrairement à lors de la révolution française la rhétorique de l’oppression;

    2 – Suite à cette innovation, comme François Brooks ne devrait-on pas parler dans ce cas d’une approche masculiste plutôt que masculiniste.

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  1. Les antiféminismes |

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