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Les cégépiens et la réussite scolaire

17 août 2015

cégep«Selon Statistique Canada, entre 1991 et 2007 au Canada, le nombre d’emplois nécessitant des études postsecondaires a augmenté de 71,2 % et le nombre d’emplois requérant un diplôme d’études universitaires s’est accru de 109,6 %.»

Cette citation est tirée du premier paragraphe de la préface du livre Les cégépiens et la réussite scolaire. Un point de vue sociologique de Jacques Roy, professeur associé à l’Université du Québec à Rimouski. Pour appuyer cette citation, l’auteur cite la page 122 des Indicateurs de l’éducation de 2008 du ministère de l’Éducation du Loisir et du Sport (le nom de ce ministère à l’époque). Or, voici ce qu’on peut lire à ce sujet à la page 122 de ce document :

«En 2007, on recensait 712 000 emplois de plus qu’en 1990. Cependant, bien qu’il y ait, globalement, 22,7 % plus d’emplois, on constate que cette croissance ne profite pas à tous les travailleurs et travailleuses : il y a moins d’emplois occupés par ceux et celles qui n’ont pas de diplôme d’études secondaires ou qui n’ont réussi que des études secondaires, et plus d’emplois occupés par ceux et celles qui ont réussi leurs études postsecondaires ou universitaires. Ainsi, il y a 457 000 emplois de plus occupés par des personnes ayant une formation universitaire en 2007 qu’en 1990, ce qui représente une augmentation de 109,6 %.»

Or, cette augmentation du nombre d’emplois (712 000) ne s’est pas réalisée au Canada comme le prétend l’auteur, mais au Québec (selon le tableau cansim 282-0002, qui, après révision, indique une hausse de 699 000 emplois au Québec et de 3 683 000 au Canada entre 1991 et 2007). Mais pire, l’auteur confond les exigences des employeurs du simple constat que la main-d’œuvre est maintenant bien plus scolarisée. Pourtant, de nombreuses études (dont celle-ci) montrent que la surqualification (soit des gens qui ont des diplômes de niveaux plus élevés que l’emploi ne l’exige) est en hausse (cette étude aussi a ses défauts, comme je l’ai montré dans ce billet, mais sur d’autres aspects). Disons que ça part mal une lecture! Mais, bon, donnons la chance au coureur, même si on ne s’attend pas à ce genre d’erreur dans un livre basé sur une thèse de doctorat

Objectif

«Expliquer et comprendre l’influence d’un certain nombre de facteurs exogènes à l’éducation sur la réussite scolaire en milieu collégial»

J’aurais préféré que ce soit «comprendre et expliquer», mais, bon, ne pinaillons pas. Ces facteurs exogènes sont composés des valeurs, du genre (et de la socialisation différente selon le genre), du réseau social (surtout la famille et les amis) et du travail rémunéré.

Les valeurs

Après avoir expliqué les concepts utilisés dans ce livre et avoir brossé le portrait statistique des personnes qui fréquentent le cégep (tant globalement que dans l’échantillon de plus de 4000 personnes qu’il utilise dans cette étude) dans les deux premiers chapitres, l’auteur présente et analyse dans le troisième les résultats de son étude sur les valeurs de ces personnes. Il y analyse l’importance que ces jeunes accordent à la réussite scolaire (défaisant un mythe sur les valeurs des jeunes à cet égard), à la famille, aux amis, à la réussite personnelle, à l’argent, au travail, à la culture, à l’intégration, etc. Cette analyse, comme les suivantes, se base aussi bien sur des réponses à un questionnaire que sur des entrevues individuelles.

Portrait selon le genre

Dans ce chapitre, l’auteur analyse les différences entre les hommes et les femmes surtout sur le plan des valeurs. Si certaines différences ressortent clairement, les valeurs communes dominent.

Le réseau social

Il est ici question des relations avec la famille, les amis, les professionnels et enseignants des cégeps, etc. Ces dernières relations (avec le personnel des cégeps) semblent moins marquantes, tant pour les garçons que pour les filles, avec toutefois quelques différences, alors que celles avec la famille (et dans une moindre mesure avec les amis) sont dominantes (avec certaines différences, encore une fois, entre les garçons et les filles).

Le travail pendant les études

Ce chapitre aborde la question du travail pendant les études sous différents angles. La partie qui m’a le plus intéressé porte sur les raisons de travailler pendant les études (obligation, désir d’autonomie, attrait pour la consommation et les «gâteries», etc.). Les parties sur les liens avec les collègues de travail et les bénéfices autres que monétaires (autonomie, confiance, etc.) sont aussi instructives.

Réussite scolaire

L’auteur se base ici sur les enseignements des précédents chapitres pour estimer leur rôle dans la réussite scolaire. De façon que je trouve assez tautologique, le facteur qui pèse le plus dans la réussite scolaire est de ne pas éprouver de difficultés scolaires. Suivent les heures qu’on consacre à ses études, l’importance accordée à la réussite et le fait de travailler moins de 25 heures. «Être de sexe féminin» n’a qu’un faible impact, les meilleurs résultats des filles venant plutôt du fait qu’elles sont proportionnellement plus nombreuses à être touchées par les facteurs précédents (ne pas éprouver de difficultés scolaires, consacrer davantage d’heures aux études, etc.). Ce sont donc leurs comportements qui expliquent le plus leur taux de réussite scolaire plus élevé. L’auteur n’aborde toutefois pas un aspect qui me chicote : comme les filles sont presque deux fois plus nombreuses que les garçons au cégep, les résultats qui les touchent s’appliquent à une proportion deux fois plus élevée de l’ensemble des filles (qu’elles fréquentent ou pas le cégep) que les résultats qui s’appliquent aux garçons. Il me semble que ce facteur aurait dû être considéré.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Le livre contient beaucoup d’éléments intéressants pour mieux comprendre la réussite scolaire au cégep. Par contre, la lecture est un peu aride (je répète qu’il s’agit d’un livre basé sur une thèse de doctorat) et le texte parfois répétitif. Je ne peux pas dire que j’ai été déçu de ce livre, mais je n’ai pas été emballé non plus. Cela dit, les personnes qui ont un intérêt manifeste sur la question y trouveront leur compte, d’autant plus que j’ai abordé bien sommairement les résultats de cette étude. Quant aux autres, la lecture de ce billet est peut-être suffisante!

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