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8 leçons d’histoire économique

31 août 2015

8_leçonsJe suis en général content de ma sélection de livres. Mais, personne n’est parfait! La présentation de 8 leçons d’histoire économique: croissance, crise financière, réforme fiscale, dépenses publiques de Jean-Marc Daniel était pourtant alléchante. On promettait en effet un «voyage pédagogique» à travers l’histoire économique agrémenté de «portraits insolites». S’il y a beaucoup de vrai dans cette présentation, on a omis de mentionner le parti-pris évident de l’auteur pour l’économie orthodoxe et son mépris pour tout ce qui s’en éloigne.

Le contenu

Dès l’introduction, l’auteur parle de principes universels en économie établis dès le XIXème siècle. Je m’attendais à ce qu’il relativise ces principes (tirés de l’économie classique), mais non, il les appuie sans réserves. Un de ces principes m’a bien fait rigoler surtout dans le contexte actuel où «notre consommation de ressources naturelles excède la capacité annuelle de la planète à les renouveler» :

«la population n’est jamais trop nombreuse, car les mécanismes de marché par l’augmentation des prix des denrées devenues rares conduisent les hommes à réagir soit en augmentant la production, soit en ayant recours à une production de substitution, soit en engageant un autocontrôle de la démographie.»

Comme la situation actuelle le montre, les mécanismes de marché, quand ils fonctionnent, n’agissent que lorsqu’il est trop tard. En plus, comme nous consommons déjà trop, il est de plus en plus inconséquent et irresponsable de faire augmenter la production ou de la substituer. Quant à l’autocontrôle de la démographie (sans mesure réglementaire ou autre), c’est un concept complètement surréaliste (quoique si on meurt de faim, c’est vrai qu’on fait moins d’enfant et que la population diminue…)!

Les premiers chapitres se lisent quand même bien, l’auteur étant un bon conteur. Il raconte en effet des histoires intéressantes comme celle de la dette et des banqueroutes. Disons que son point de vue sur la dette est à peu près à l’opposé de celui que David Graeber a présenté dans son livre Dette : 5000 ans d’histoire (dont j’ai parlé dans ce billet), la considérant comme un facteur de croissance (ce qui n’est pas nécessairement faux, tant qu’on n’en abuse pas).

Il en est de même quand il raconte l’histoire du fisc. Ses anecdotes sur la haine des impôts depuis qu’ils existent sont amusantes. Il explique entre autres que le terme «imposteur» était à l’origine utilisé pour désigner les percepteurs d’impôt. Pour éviter ce mot honni, on a ensuite remplacé l’«impôt» par des «contributions» et nous sommes devenus des contribuables (et non des «payeurs de taxe», anglicisme trop souvent utilisé). Il présente aussi toutes sortes d’impôts, dont celui sur les fenêtres et les portes! Il poursuit en parlant d’Arthur Laffer et de sa courbe (qui illustre l’adage que l’impôt tue l’impôt), tout en reconnaissant au moins que la théorie de Laffer n’a jamais fonctionné (forte hausse du déficit et de la dette aux États-Unis sous Reagan, quand Laffer était son conseiller économique et que le taux d’imposition a diminué considérablement sans entraîner la hausse de croissance et de revenus à laquelle ils s’attendaient). Mais cela n’empêche pas Daniel de conclure que la croissance doit reposer sur une «fiscalité légère». Bref, quand il raconte l’histoire économique, l’auteur sait nous intéresser. C’est quand il l’interprète que ça se gâte…

Plus on avance dans le livre, moins l’auteur nous intéresse et plus il nous irrite. Par exemple, dans son chapitre sur la croissance, il énonce trois conditions pour une forte croissance : du progrès technique (ça va), la protection juridique des investisseurs (ça peut aller, tant que cela n’aille pas jusqu’à permettre aux entreprises de poursuivre les gouvernements si ceux-ci adoptent des lois qui nuisent à leurs profits, comme on le permet trop souvent dans les ententes internationales modernes) et une main-d’œuvre bon marché! Qui va pouvoir acheter la production si les salaires sont bas? Ça, il n’en parle pas…

Plus loin, il assimile en boutade le monétarisme au bon sens (même si l’absence d’inflation à la suite de la forte augmentation de la masse monétaire aux États-Unis, au Japon et en Europe contredit cette école économique), justifie la méfiance des financiers envers les gouvernements de gauche, ridiculise Keynes à l’aide de sophismes de l’épouvantail et raconte des histoires de moins en moins intéressantes…

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Pas de suspense ici! Non! Il peut parfois être intéressant de lire des livres d’économie orthodoxe, ne serait-ce que pour mieux connaître les raisonnements et arguments des auteurs de ces livres. Mais, encore faut-il que ces auteurs expliquent leurs raisonnements plutôt que de simplement les énoncer! J’exagère un peu, mais à peine… Bon, le talent de conteur de Daniel ainsi que certaines de ses anecdotes suscitent notre intérêt, mais cela ne compense nullement pour ses raccourcis idéologiques. Je ne peux qu’appuyer la conclusion de la recension de ce livre par Alternatives économiques : il s’agit d’un «livre qui masque une partialité sous des vertus pédagogiques».

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10 commentaires leave one →
  1. 31 août 2015 8 h 08 min

    Salut,

    Dans ma jeunesse, c’est à dire avant ce que les historiens ont appelé la Révolution tranquille, on nous enseignait dans nos cours de géograpgie nationale que les grands facteurs qui favorisaient l’économie du Québec étaient les maitières premières à bas prix, l’énergie hydroélectrique à bas prix et la main-d’oeuvre à bas prix.

    Dans ma petite tête d’écolier, j’étais fier de ma province. Je pensais que c’étai bon pour nous. Ce n’est que quand j’ai commencé à travailler que j’ai compris ce que cela signifiait, le « cheap labour ».

    C’est aussi avec la nationalisation de l’électricité, avec les luttes ouvrières pour des salaiires décents, des conditions de travail sécuritaires et une retraite digne de ce nom et enfin, avec la prise de conscience collective de l’oppression nationale que nous subissions que j’ai compris ce que cela signifiait réellement.

    Nous avions cru alors en avoir finis avec le colonialisme mais, avec le néolibéralisme, c’est le retour de cette exploitation scandaleuse des peuples et du bien commun par les puissants de ce monde qui revient en force.

    Aimé par 3 people

  2. 31 août 2015 10 h 18 min

    « quoique si on meurt de faim, c’est vrai qu’on fait moins d’enfant et que la population diminue… »

    Faux. On observe une corrélation inverse entre richesse et nombre d’enfants.
    C’est facile à expliquer.
    Les peuples les plus pauvres pratiquent l’agriculture de subsistance en milieu rural. Pour cela il faut des bras (surtout quand on n’a pas de fonds de retraite) et pour avoir les bras on fait des enfants.
    De plus, ce sont les peuples les plus pauvres qui pratiquent la religion avec le plus de ferveur. Leur religion leur ordonne de faire beaucoup d’enfants et de ne pas utiliser de contraception.

    Ainsi, on observe que quand des populations s’industrialisent, s’urbanisent et s’enrichissent, elles font moins d’enfants car elles délaissent l’agriculture de subsistance pour pratiquer des occupations à productivité plus élevée. Ce faisant, elles s’enrichissent, ce qui les rend moins vulnérables à l’emprise des religions.

    Donc pour te paraphraser : « si on meurt de faim, on fait plus d’enfants ce qui perpétue la pauvreté ».

    C’est un bon exemple pour démontrer qu’en économie (et dans bien d’autres domaines), notre intuition est souvent trompeuse…

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  3. 31 août 2015 10 h 41 min

    «Faux. On observe une corrélation inverse entre richesse et nombre d’enfants.
    C’est facile à expliquer.»

    C’était une boutade. Et je maintiens que quand on meurt (littéralement), on ne fait plus d’enfants.

    Sur le reste, je suis d’accord sur cette correlation. Par contre, l’auteur parle d’autocontrôle, ce que je lui reprochais en premier lieu avec cette boutade. Votre commentaire fournit justement des arguments pour montrer que cet autocontrôle initié par les forces du marché est illusoire.

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  4. benton65 permalink
    31 août 2015 23 h 47 min

    @Minarchiste

    Donc les USA doivent être pas mal pauvre, la religion y est très présente!!!

    Aimé par 1 personne

  5. Raymond Lutz permalink
    1 septembre 2015 14 h 35 min

    «Faux. On observe une corrélation inverse entre richesse et nombre d’enfants.
    C’est facile à expliquer.» —–C’était une boutade.

    Oh pas si vite, messieurs Darwin et Minarchiste (ah ces pseudos). Cf ce billet de T. Murphy: « This is a complex topic. To do a thorough job I would have to disentangle immigration from domestic birthrates. But certainly the graphs above cast doubt on the intuitive story that nations rich in energy or money trend toward lower growth rates. Why the U-shape tendency? »

    En effet, allez voir les graphiques et pour plusieurs métriques on observe une correlation d’abord négative et ENSUITE positive concernant le taux de croissance de la population de divers pays… donc rien n’est simple et ne soyons pas tenté par les explications faciles:

    http://physics.ucsd.edu/do-the-math/2013/09/the-real-population-problem/

    Sur une autre note: quand j’ai vu la couverture des éditions Odiles Jacob, j’ai immédiatement pensé à « Penser tout haut l’économie avec Keynes » de P. Jorion, tout juste imprimé!

    http://www.lecho.be/r/t/1/id/9669935, une prochaine note de lecture?

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  6. Raymond Lutz permalink
    1 septembre 2015 15 h 08 min

    Bon, désolé de faire suite à mon propre commentaire… mais je suis enthousiasmé!

    Yum! Data! Dans le post de T. Murphy « The Real Population problem » ci-haut mentionné, un lecteur a reconstruit un des graphes sur Gapminder… Miam: http://www.bit.ly/1a3Ii2X

    Le graphique montre également un large L à base incliné.

    PS: Les trajectoires des USA du Canada montrent des oscillations marquées pour la consommation énergétique per capita pour les trois récentes décennies, curieux (et non, ça ne semble pas corrélé avec la croissance du PIB)

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  7. 1 septembre 2015 16 h 07 min

    Pour les naissances, de fait, rien n’est évident. C’est bien sûr multifactoriel.

    J’éviterai les boutades à l’avenir! 😉

    «et non, ça ne semble pas corrélé avec la croissance du PIB»

    Et à la richesse? Car c’est de cela dont on parlait, pas de la consommation d’énergie (je voit au moins l’Arabie saoudite et Oman avec plus d’enfants que la moyenne…).

    «Penser tout haut l’économie avec Keynes»

    Je vais vérifier dans quelque temps, car ce livre n’est pas dans les bibliothèques que je fréquente.

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  8. Richard Langelier permalink
    1 septembre 2015 19 h 18 min

    En première lecture, j’avais trouvé la boutade de mauvais goût. Je pensais à tous les clichés décrits dans la chanson de Plume:
    «Si leur vie est si malaisée
    Qu’i fassent don’ pas d’bébés!»
    Je savais parfaitement que tu n’épousais (et n’embrassais [1]) pas ces préjugés.

    J’ai regardé l’émission: «Tout le monde en parlait» sur l’arrivée de la pilule contraceptive au Québec. Je n’ai pas su comment «on empêchait la famille» auparavant. Dans la série «Simone et Chartrand», Simone se fait répondre par un médecin : «Les préservatifs pour hommes sont réservés aux membres de l’armée». Toujours le coït interrompu? https://fr.wikipedia.org/wiki/Kyusaku_Ogino

    Selon https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Malthus , Malthus a modifié sa pensée radicalement sur ce thème.

    [1] Je ne peux résister moi-même à la tentation de la boutade, ayant été éduqué dans le catholicisme rigoriste canadien-français.

    Aimé par 1 personne

  9. 1 septembre 2015 21 h 19 min

    «En première lecture, j’avais trouvé la boutade de mauvais goût»

    Je répète : j’éviterai les boutades à l’avenir! 😉

    Mais, en serai-je capable?

    J'aime

  10. Richard Langelier permalink
    1 septembre 2015 21 h 45 min

    To avoid or not to avoid, thats is the question!

    Aimé par 1 personne

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