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Brut – La ruée vers l’or noir

7 septembre 2015

brutBrut – La ruée vers l’or noir contient cinq textes (dont une nouvelle) portant sur Fort McMurray, la ville au centre de la zone d’exploitation des gisements de sables bitumineux de l’Alberta, et ses environs, sur ses habitants et leur culture. Je vais ici présenter brièvement chacun de ces textes.

Du pétrole en territoire lubicon

Ce premier texte, après le «Mot de l’éditeur» qui présente le contexte entourant la production de ce livre, est écrit par Melina Laboucan-Massimo, une militante amérindienne. Elle introduit son texte avec ce proverbe cri, tout à fait pertinent dans le contexte : «Ce n’est que lorsqu’on aura abattu le dernier arbre, empoisonné la dernière rivière, et pêché le dernier poisson, qu’on se rendra compte que l’argent ne se mange pas».

Née dans le territoire des Cris du lac Lubicon, territoire qui couvre 10 000 kilomètres carrés dans le nord de l’Alberta, elle a pu vivre les conséquences de l’enlèvement de jeunes de sa communauté pour les envoyer dans des pensionnats (caché, son père a pu éviter ce sort), puis l’arrivée des extractivistes du gaz et du pétrole. Elle décrit ensuite les problèmes de santé, sociaux, environnementaux qui s’en sont suivis, dus entre autres à l’empoisonnement de l’air et des rivières. Loin de se décourager (ce qu’on pourrait comprendre facilement), elle milite pour que la situation change.

Les corbeaux (Trois hivers à Fort McMoney)

David Dufresne, qui a entre autres réalisé le documentaire interactif Fort McMoney, raconte le contexte et le résultat de rencontres qu’il a faites lors de ses visites à Fort McMurray dans le cadre de la préparation et du tournage de son documentaire : avec un douanier, un trappeur, la maire, un lobbyiste, le tenancier du Showgirls (club de danseuses nues), un ramasseur de canettes, une banquière, un médecin, un pêcheur (!), un chef autochtone, une ministre et une guide de site pétrolier.

Bon conteur, l’auteur parvient à nous faire sentir de l’intérieur le climat, la culture (ou l’absence de culture), les contradictions et les enjeux qui s’entrecroisent chez les personnes qu’il rencontre. Sans jugement (ou presque…), ce portrait nous montre des aspects de la vie dans cette ville hors-norme dont on entend rarement parler.

Alberta : l’horreur « merveilleuse »

Native de l’Alberta, mais l’ayant quittée il y a des décennies, la romancière et essayiste Nancy Huston a pris connaissance de l’exploitation des sables bitumineux dans sa province natale il y a cinq ans seulement (!). Elle raconte dans ce texte une visite de la région de l’Athabasca qu’elle a faite il y a quatre ans en compagnie de deux amis. Ce qui l’a le plus frappée, c’est le contraste entre la richesse des uns qui ne veulent rien voir et polluent sans aucune gêne, et la misère des autres qui habitent les territoires dévastés et qui voient leur vie démolie en raison de l’exploitation de ce sable destructeur. Elle termine son texte en s’inquiétant de l’avenir de l’espèce humaine sur une terre qui risque de devenir de moins en moins habitable.

La politique de la terre brûlée – Dialogue

Le dialogue en question se déroule entre Nancy Huston, auteure du texte précédent, et l’auteure, journaliste et militante environnementale Naomi Klein (qui a notamment publié cette année Tout peut changer, livre que j’ai commenté dans un billet récent). Les deux auteures échangent sur un grand nombre de sujets entourant la vie à Fort McMurray :

  • la faible présence des arts et une vie culturelle quasi absente;
  • l’emprise de l’argent et l’omniprésence de l’industrie pétrolière, même au sein des communautés autochtones;
  • l’individualisme exacerbé par le mode de vie uniquement centré sur les activités professionnelles;
  • l’attrait de la machinerie immense (comme les camions à benne de trois étages qu’on doit livrer en pièces détachées et assembler sur place) et des gros chars;
  • l’aspect temporaire de la vie des personnes qui y travaillent et comptent partir dès qu’elles auront fait suffisamment d’argent pour réaliser un objectif;
  • la résignation, voire l’indifférence, face au désastre environnemental qui détruit la région;
  • le machisme omniprésent.

L’ange des sables bitumineux

Le livre se termine étrangement par une courte (sept pages) nouvelle du romancier canadien Rudy Wiebe. Cette nouvelle donne un exemple caricatural et original de l’attitude des gens qui travaillent dans l’industrie pétrolière.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Alors que la plupart des livres que j’ai lus sur l’exploitation des sables bitumineux albertains portent sur les enjeux mondiaux avec force statistiques, ce livre se concentre plutôt sur la vie des gens qui demeurent ou passent par Fort McMurray et sa région avoisinante. Ce livre offre donc un complément important pour mieux comprendre des attitudes qui nous semblent à première vue irresponsables (et le semblent toujours après cette lecture!). Ce complément vaut bien le peu de temps que nécessite la lecture de ce petit livre de 112 pages (en fait à peine 101 avec du texte!).

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