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Généalogie de la violence

14 septembre 2015

généalogie de la violenceEn lisant le titre du livre Généalogie de la violence – le terrorisme : piège pour la pensée de Gilles Bibeau, j’ai pensé qu’il aurait bien des points en commun avec celui de Marylène Patou-MathisPréhistoire de la violence et de la guerre, livre que j’ai grandement apprécié et dont j’ai parlé dans ce billet. En fait, il n’en est rien…

Objectif

Les objectifs de ce livre sont plutôt de réfléchir «sur la place de la violence et des guerres dans les sociétés humaines, notamment dans l’ère globalisée qui est la nôtre», et «à discuter du pouvoir des États sur la vie et la mort, et sur les différentes formes et natures du terrorisme, aussi bien la terreur étatique que le terrorisme de certaines organisations islamistes». Dans ce sens, il a bien plus en commun (quoique avec un angle et un propos bien différents) avec le livre de Noam Chomsky et André Vltchek, L’Occident terroriste – D’Hiroshima à la guerre des drones, dont j’ai parlé ici il y a quelques semaines, qu’avec celui de Marylène Patou-Mathis.

La guerre anti-terroriste selon Barack Obama

Compte tenu de la profondeur et de la relative complexité de ce livre, je me concentrerai dans ce billet sur un seul chapitre plutôt que de tenter de tous les résumer, comme je le fais souvent dans mes billets portant sur des livres, et présenterai quelques extraits de la conclusion. Disons seulement des premiers chapitres qu’ils abordent tant les différents visages de la violence dans les sociétés humaines que le passage des soviétiques aux islamistes comme figure de l’ennemi de l’Occident et les caractéristiques de la violence étatique et de la violence dans l’homme.

L’auteur commence ce chapitre en citant Alexis de Tocqueville qui avait remarqué dans les années 1830 que la religion occupait une place prépondérante dans la société des États-Unis. Près de deux siècles plus tard, c’est encore le cas, notamment sous la forme que l’auteur qualifie «de «religion civile» faite de convictions, de symboles et de rituels à laquelle les citoyens adhèrent massivement». Même si ce pays adopte le principe de séparation de l’Église et de l’État, la religion a toujours une place importante dans les discours politiques qui se terminent d’ailleurs plus souvent qu’autrement par «God bless America» (que Dieu bénisse les États-Unis).

Chez Barack Obama, cela se traduit par «une vision protestante pessimiste de la nature humaine», par exemple sur la présence importante du «mal» sur Terre, présence qui justifie la «mission» interventionniste (et rédemptrice, ajoute l’auteur plus loin) que les États-Unis s’octroient. C’est dans ce contexte qu’Obama a, dès son arrivée au pouvoir, décidé de poursuivre la guerre contre le mal, soit le terrorisme («un vaste réseau de violence et de haine», a-t-il ajouté dans son discours d’investiture en 2009), même s’il disait vouloir mener cette guerre avec d’autres moyens que ceux utilisés par son prédécesseur (George W. Bush), favorisant davantage la coopération avec les leaders politiques des pays musulmans. C’est dans cet esprit qu’il a annoncé vouloir le retrait des troupes de son pays de l’Irak, et plus tard de l’Afghanistan, tout en concentrant ses attaques sur le réseau Al-Qaïda.

Il est vrai qu’Obama a consacré beaucoup d’efforts au cours de son premier mandat à tenter de nouer de meilleurs liens avec les dirigeants des pays musulmans, aussi bien en Turquie et en Égypte qu’auprès de la Ligue des États arabes. Mais, a-t-il réussi? Oh, il a bien reçu le prix Nobel de la paix en 2009 justement en raison de cette ouverture, mais, même dans son discours prononcé à Oslo lorsqu’il a reçu ce prix, il ne s’est pas caché qu’il se réservait le droit «d’agir unilatéralement si cela s’avérait nécessaire pour défendre son pays» et n’a jamais même envisagé de renoncer à l’idée de guerre. Il a plutôt choisi de modifier les méthodes de la faire, en enlevant le gros des troupes au sol, mais en augmentant la surveillance aérienne, les activités d’espionnage (même auprès de dirigeants de pays alliés) et de cueillette d’information (même de renseignements sur la vie privée de citoyens ordinaires), le déploiement de petites unités de forces spéciales au sol, les frappes de drones et les assassinats ciblés «tout en gardant un silence opaque [alors qu’il a toujours prétendu dans ses discours juger la transparence essentielle] quant aux dommages collatéraux produits par les attaques télécommandées». Cette stratégie est bien loin de ce qu’il prônait, soit de nouer de meilleurs liens avec les dirigeants des pays musulmans en les traitant avec respect! Il s’est au contraire «fait le complice du complexe militaro-industriel américain, lequel a constamment besoin de nouveaux conflits pour produire davantage, quitte à fabriquer constamment de nouveaux ennemis». En semant la terreur et le ressentiment avec ses drones, ses assassinats et ses nombreuses victimes collatérales, Obama a trahi ses promesses faites en début de mandat aux peuples musulmans, a renforcé la haine anti-américaine et a rendu «la réalisation de la paix presque impossible».

L’auteur poursuit en soulevant l’aspect immoral des assassinats ciblés qui représentent des exécutions sans procès et sans jugement, ce qui va à l’encontre du droit international. Et, en plus, cette stratégie ne fonctionne pas, comme le montre la création récente de nouveaux mouvements terroristes sur tous les continents. Plutôt que de se faire des amis comme il disait le vouloir au début de son premier mandat, Obama a plutôt appuyé des stratégies qui, comme celles mises de l’avant par les États-Unis depuis des décennies, contribuent à la création de toujours plus d’ennemis.

Conclusion de l’auteur

Je ne garderai de ce dernier chapitre que trois citations qui permettent de bien comprendre la position de l’auteur :

«La mise en place d’une «politique de civilisation» ancrée dans une «éthique de la responsabilité» m’apparaît être une condition essentielle pour pouvoir contrecarrer la puissante tendance uniformisatrice qui veut imposer la même idéologie à l’ensemble des sociétés de la planète dans un illusoire projet de standardisation universelle de l’humanité. Le temps est venu de mettre en soupçon la prétention hégémonique de l’Occident et son inébranlable certitude à l’égard de sa mission civilisatrice.

(…)

Mais, de quoi parle-t-on au juste quand on emploie les mots «terrorisme», «djihad», «islamisme», «résistance» ou «démocratie»? Tout au long de cet essai, j’ai répété que le mot «terrorisme» doit être utilisé avec prudence, dans un recul critique à l’égard du sens univoque qu’on tend à lui donner de nos jours. Il est en effet devenu un alibi dont on use volontiers pour disqualifier tout mouvement de résistance et de rébellion, voire même toute opposition et toute critique des modèles dominants.

(…)

Dans un monde obsédé par la communication et hanté par la sécurité, les unes des journaux, les photos et les statistiques distillent l’idée d’un Occident qui serait devenu, sans l’avoir mérité, la cible d’attaques insensées. On exhume le spectre de la montée des extrémismes, on inonde les écrans d’images barbares, on joue avec la peur et on fait passer en boucle les mêmes événements. On finit alors par nous présenter un monde sous la forme d’une vaste arène ou se déroule la lutte entre le crayon des caricaturistes et la kalashnikov des tueurs, et le combat entre les drones et des militants kamikases. De telles représentations confortent, sans le moindre esprit critique les visions aussi hégémoniques que simplistes qui sont mises de l’avant, selon les justifications habituelles, au nom du droit, de la justice et de la démocratie. Il est urgent de multiplier les angles d’approche si l’on veut pouvoir se débarrasser des stéréotypes qui fonctionnent aujourd’hui à plein régime, opérant de dangereux amalgames entre des fanatiques recourant à la religion pour faire de la politique et les croyants de cette religion, et statuant d’emblée que le dialogue est absolument impossible avec les guerriers qu’on appelle les «fous de Dieu».»

En fait, tout ce chapitre aurait mérité d’être cité!

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre contient en effet suffisamment d’éléments positifs, comme les extraits que j’ai présentés dans ce billet, pour compenser les quelques éléments que j’ai moins appréciés. J’ai par exemple eu beaucoup de difficulté à comprendre la structure du livre, chaque chapitre semblant pour moi suivre le précédent sans logique précise. En outre, certaines considérations philosophiques élaborées dans quelques chapitres me laissent un peu froid. Au bout du compte, je suis tout de même bien content d’avoir lu ce livre qui montre de façon bien claire les dérives des sociétés occidentales envers de nombreux pays du monde et l’utilisation abusive de la notion de terrorisme pour imposer des contrôles aux populations qui n’ont rien à voir avec les mouvements terroristes souvent créés en réaction aux bavures et au manque de considération et de respect des pays occidentaux.

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