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L’Internationale sera le genre humain!

21 septembre 2015

InternationalePour souligner le 150e anniversaire de la création de l’Association internationale des travailleurs (AIT), Pierre Beaudet et Thierry Drapeau ont réuni 19 auteurs pour présenter l’histoire et l’influence de l’AIT dans un livre intitulé L’Internationale sera le genre humain! – De l’Association internationale des travailleurs à aujourd’hui. Comme je le fais souvent dans ce genre de livre, je vais tenter de présenter très brièvement chacun des 18 textes que regroupe ce livre.

Introduction : Pierre Beaudet et Thierry Drapeau racontent dans ce texte l’historique de l’AIT (appelée aussi la Première Internationale), de sa création en 1864 à sa dissolution en 1876. Ils retracent les origines de sa création et surtout les nombreux conflits entre les différents courants réunis dans l’AIT, notamment les proudhoniens (ou mutualistes), les syndicalistes (ou trade-unionistes), les blanquistes (insurrectionnistes), les partisans de Bakounine (anarchistes) et les marxistes, conflits qui mèneront à sa dissolution.

Avant l’AIT : Thierry Drapeau s’intéresse dans ce texte aux «luttes transfrontalières des marins et des esclaves au XIIIème siècle» en insistant sur le rôle de Garibaldi dans ces luttes se déroulant sur l’océan Atlantique et en Amérique du Sud. Il aborde aussi la structure démocratique adoptée parmi les équipages de pirates et les mouvements luttant pour l’abolition de l’esclavage, surtout en Amérique centrale et dans les Caraïbes.

Capitalisme et colonialisme : Kevin B. Anderson montre que Marx appuyait les mouvements d’émancipation nationale en donnant comme exemples l’Irlande (alors une colonie britannique) et le mouvement abolitionniste aux États-Unis.

Marx, Bakounine, Proudhon et Blanqui : Philippe Hurteau explique dans ce texte les quatre courants d’idées qui se sont le plus affrontés au sein de l’AIT. Ce texte complète bien l’introduction en élaborant sur les concepts des groupes qui sont entrés en conflit au sein de l’AIT.

L’anticolonialisme irlandais : Amy E. Martin approfondit de son côté l’importance pour le mouvement ouvrier de la lutte anticoloniale en Irlande abordée précédemment par Kevin B. Anderson.

Les luttes démocratiques en Italie : Carlo De Maria et Patrizia Dogliani, chercheur et professeure en histoire à l’Université de Bologne, font de même pour l’Italie. Ils abordent non seulement les passages fréquents de Bakounine en Italie, mais aussi les spécificités des approches des socialistes italiens.

Aux États-Unis : Mark Lause et Timothy Messer-Kruse nous présentent les liens entre l’AIT et les mouvements ouvriers et progressistes des États-Unis. Ces mouvements, souvent organisés sur des bases d’origine nationale (allemands, français, italiens, etc.), n’ont pas vraiment réussi à s’unir.

En France : Xavier Lafrance, avec son nom prédestiné, analyse la situation des mouvements français et leurs liens (et absences de liens) avec l’AIT. On y voit donc de l’intérieur les conflits entre les mutualistes, syndicalistes révolutionnaires et autres.

La révolte des colonies : Pierre Beaudet aborde plus à fond la question des colonies, notamment en Inde, en Irlande et en Pologne, mais aussi en Afrique et en Asie. Il montre que Marx et bien d’autres socialistes (de la Première comme de la Deuxième Internationale), croyant au début aux bienfaits de l’apport des colonisateurs, réalisent que le colonialisme n’est au fond qu’une autre forme d’exploitation, souvent encore plus désastreuse que celle des travailleurs par les capitalistes (je simplifie de façon abusive…).

Rosa Luxemburg, Lénine et d’autres : Avec ce chapitre, le livre quitte l’AIT pour aborder ses suites. Dans celui-ci, Paul D’Amato raconte les liens et désaccords entre le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) et ses membres les plus progressistes, comme Rosa Luxemburg, puis les positions de Lénine sur la sociale démocratie (et d’autres sujets…).

La grève générale de Winnipeg : Alvin Finkel présente la montée des mouvements et partis politiques socialistes au Canada, montée qui a culminé avec la grève de générale de Winnipeg de 1919.

La Commune de Shanghai : Hongsheng Jiang aborde une période bien ultérieure à l’AIT, mais qui en subit encore l’influence, mais plus spécifiquement celle de la Commune de Paris. L’auteur explique notamment les relations de pouvoir entre les personnes qui voulaient profiter du pouvoir en Chine lors de la grande révolution culturelle prolétarienne et celles qui tenaient plus à cœur les principes du socialisme (ai-je dit que je simplifie?).

L’AIT et le mouvement altermondialiste contemporain : Gustave Massiah établit une analogie entre l’AIT et le Forum social mondial, tout en spécifiant leurs particularités.

L’altermondialisme : Christophe Aguiton poursuit dans la même veine, montrant entre autres que la principale différence entre la situation actuelle des travailleurs et celle de la fin du XIXème siècle est la présence dominante des multinationales qui rendent les solutions proposées à l’époque de l’AIT (mutualisme, nationalisations, etc.) moins efficaces.

L’AIT et les Indignados et les «occupiers» : Pascale Dufour et Héloïse Nez se penchent sur les liens entre l’AIT et les mouvements des Indignados en Espagne et Occupy aux États-Unis. Elles étudient ces mouvements en lien avec le concept de la lutte des classes, s’interrogent sur la place et sur le rôle que les syndicats y ont tenu et les situent sur le plan de l’internationalisation des contestations. Il s’agit sûrement d’un des textes que j’ai préférés.

Amérique latine : Pierre Mouterde retrace les mouvements et les politiques progressistes en Amérique du Sud, du soulèvement zapatiste au Mexique, en passant par les forums sociaux mondial (notamment ceux de Porto Alegre) et par les politiques du Brésil, du Venezuela, de la Bolivie et de l’Équateur, puis par certains organismes de coopération (comme l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, l’ALBA). Et il conclut brillamment sur les aspects tant positifs que négatifs de ces expériences.

Les organisations syndicales internationales : Thomas Collombat analyse l’évolution des organisations syndicales internationales, qui furent très nombreuses et idéologiquement très différentes (réformistes, socialistes et chrétiennes, avec en plus une organisation basée sur les secteurs d’activité). J’ai appris beaucoup avec ce texte!

Conclusion : Pierre Beaudet et Thierry Drapeau ferment bien la boucle, pas en récapitulant les textes présentés, mais en brossant le portrait des éléments les plus marquants de l’époque et en concluant sur les principaux enseignements qu’on peut retirer de cette époque et de ces événements.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? J’ai en fait été agréablement surpris par ce livre. Je craignais les répétitions ou un abus de considérations théoriques. Au contraire, en divisant le livre en quatre parties qui abordent des sujets complémentaires et en les présentant avec chacune une introduction spécifique, les directeurs de ce livre nous permettent de bien suivre leur démarche. Les textes sont clairs, sans jargon rébarbatif, informatifs et intéressants. Bref, un livre à lire!

Complément :

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4 commentaires leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    21 septembre 2015 22 h 02 min

    «L’eau vive» de Guy Béart me traînait dans la tête depuis une semaine. J’en suis débarrassé par «L’internationale». Suis-je comme Louis Blanc qui répondait à Proudhon proposant d’introduire la concurrence entre entreprises autogérées: «Que voilà une pauvre idée! C’est vouloir remplacer les eunuques par les hermaphrodites!»

    Lorsque Marx a appris qu’un groupe voulait présenter des propositions marxistes lors d’un congrès de la 1re Internationale, il a écrit: «Ils sont malades dans la tête (traduction libre). Je me bats contre les idoles et les dogmes. Ce que j’écris un jour, je le biffe le lendemain. Chose certaine, je ne suis pas marxiste!»

    Lorsque je vois le nom de Pierre Mouterde dans un écrit collectif, je pense à cet article http://www.ledevoir.com/politique/quebec/126835/quebec-solidaire-doit-se-mefier-des-chiffres et j’ai tendance à laisser le livre sur les rayons. Le dilettante que je suis préfère la relecture du «Marx» de Michel Henry et surtout du 1er paragraphe du Capital: «Le mode de production capitaliste se présente d’abord comme une immense accumulation de marchandises». Marx n’avait pourtant jamais mis les pieds dans un Club Price ni même chez Jean Coutu qui a mis en faillite les pharmaciens indépendants des quartiers où il s’est installé, en vendant des cigarettes, des chips et de boissons gazeuses.

    Les débats à l’intérieur de la 1re Internationale pour répondre au capitalisme sauvage et la volonté de Marx de donner une «explication scientifique de l’exploitation» me semblent candides, 150 ans plus tard. Lorsque je suis scandalisé par le brevetage du vivant, le travail des enfants, la marchandisation du monde, etc., je plonge un peu, au risque d’être jugé sévèrement dans un siècle. J’éviterais ce risque si je me contentais d’admirer Subban http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/450579/un-don-discutable .

    Merci Darwin de m’avoir débarrassé de «L’eau vive».

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  2. 21 septembre 2015 22 h 32 min

    Moi aussi, je vais copier-coller!

    Merci pour ce lien de 2007, je n’étais pas membre de QS à l’époque… Disons qu’Antoine Robitaille a toujours cherché des poux à QS, alors je me méfie un peu de son texte…

    Par contre, tu as tort de présumer que ce livre va dans ce sens ou qu’il glorifie ce que tu dénonces. Je n’y ai rien vu de candide…

    Quant à l’article sur les dons de Subban, je l’ai bien aimé, moi… Il souligne la contradiction de voir une personne décider des orientations prioritaires en santé, ce que je dénonce moi-même des actions des fondations Chagnon et autres. Et, il omet d’ajouter que ce don est financé à 50 % par l’État (à 75 % dans le cas de la formation de la fondation Chagnon. Et, moi aussi, je trouve son geste admirable malgré ces bémols!

    «Merci Darwin de m’avoir débarrassé de «L’eau vive».»

    C’est moi qui ai L’internationale en tête depuis que j’ai écrit ce billet. Je n’écoute plus suffisamment de métal! 😉

    Tiens, une toute douce…

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  3. Richard Langelier permalink
    22 septembre 2015 1 h 18 min

    C’est vrai qu’Antoine Robitaille a toujours cherché des poux à Québec solidaire. J’en étais membre actif à ce moment-là. Alors qu’il avait été établi clairement dans la Déclaration de principes de QS que nous visions à proposer des solutions de rechange crédibles au néolibéralisme, chiffrées au besoin, le 1er responsable de la commission Économie a refusé de le faire. Bref ce fut une job cruelle de pouvoir sortir du congrès avec une plate-forme réaliste. Peu après, Mouterde dénonce l’obsession de Québec solidaire pour les chiffres sur Presse-toi-à-gauche. Ayoye!

    Je l’ai entendu aussi lors de table-rondes en 2004 affirmer: «L’utopie communiste et l’utopie social-démocrate ont échoué. Il faut penser à une autre utopie. J’en vois les rudiments au Chiapas et à l’Union des Forces progressistes». Je ne sais pas où il a vu la social-démocratie comme une utopie. Aujourd’hui, tout comme toi, je considère que le keynésianisme écologique ne sera pas suffisant pour sauver la planète, mais que c’est une étape intéressante.

    Dans «L’avenir est à gauche» collectif qu’il a dirigé http://ecosociete.org/livres/l-avenir-est-a-gauche , en 2008, sa contribution repose sur une statistique tirée d’un article du journal Le Droit en 2001, citant un membre du Centre canadien de politiques alternatives qui convertit les seuils de faibles revenus de Stat-Can en seuils de pauvreté. Si j’avais été son prof, évidemment je lui aurais demandé de mettre sa statistique à jour, tirée directement de…

    Tu me dis que les aspects tant positifs que négatifs des mouvements et politiques progressistes en Amérique latine sont bien présentés. Je lirai après avoir terminé «Le capitalisme a-t-il un avenir?» de Wallerstein, Collins, Derlugian et Calhoum et «Thomas Piketty, Marx du 21e siècle?» d’Émile Jalley.

    Erratum: Pour reprendre une expression qui te tombe légèrement sur les nerfs, le lecteur aurait dû lire: «Richard Langelier pense parfois que les constats et solutions des acteurs qui ont vécu la révolution industrielle européenne sont candides. La réalité le rattrape au tournant… délocalisations, déréglementations, mises à pied au nom de la rationalisation, abolition du décret de l’industrie du vêtement par Diane Lemieux au nom de la modernisation».

    Aimé par 1 personne

  4. 1 octobre 2015 13 h 00 min

    Le genre humain, masculin et féminin, ou dans l’ordre inverse (l’émancipation féminine est une occasion d’émancipation masculine et de planification démographique qui semble s’imposer à cause du pétrole entre autre et de la démographie), est international et non l’inverse. L’affirmer, c’est poser la question.

    l’Internationale sera le genre humain, est une étoile inaccessible qui date de près de 150 ans. Elle s’est éteinte en 1989, sauf erreur ou exception.

    À fêter en 2017 ? À enterrer ?

    C’était ambitieux ! Mon avis, à réécrire pour le siècle qui vient si ce n’est pas déjà fait.

    Je vais revenir écouter et lire la « toute douce… »

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