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Les boomers

2 novembre 2015

boomersC’est après avoir lu un court article du Devoir que j’ai eu le goût de me procurer le livre Les boomers sont-ils coupables ? Doit-on vraiment souhaiter qu’ils crèvent ? de Gaétan Bélanger. Le titre, surtout le sous-titre, peut sembler exagérément accrocheur, mais il fait écho à un essai paru en 2005 intitulé justement Les boomers finiront bien par crever.

Les premiers chapitres

Même si on ne s’entend pas sur la définition de la génération du baby-boom, l’auteur retient celle qui comprend les personnes nées de 1946 à 1965, qui auront donc de 49 à 68 ans à la fin de 2015. Les changements sociaux, la plus grande présence des femmes sur le marché du travail et l’utilisation de moyens plus efficaces de contraception (dont la fameuse pilule) ont mis fin à ce boom des naissances. Il décrit ensuite les générations suivantes (les X, Y et Z) et les généralisations dont chacune d’entre elles font l’objet (tout comme les boomers). Puis, il aborde l’évolution des conditions de travail et des programmes sociaux entre l’époque de l’arrivée des baby-boomers et aujourd’hui, montrant que les boomers n’ont pas vraiment été choyés de ce côté, contrairement à ce qu’on entend fréquemment.

Les chapitres suivants

L’auteur consacre plusieurs chapitres à recenser les attaques dont les boomers font l’objet et à les analyser pour mieux montrer qu’elles reposent rarement sur des faits réels et que, quand il y a un fond de vérité derrière elles, elles sont généralisées à toute cette génération sans nuance. Il montre que, si les générations plus jeunes contestent avec raison la généralisation de leurs supposées caractéristiques (les X sont la génération perdue, les Y furent des enfants-rois, les Z préfèrent les relations virtuelles aux contacts directs, etc.), bon nombre d’entre eux ne se privent pas de généraliser au sujet des caractéristiques des boomers.

Il montre ensuite les contradictions et les faussetés colportées dans différents textes et discours. Il mentionne entres autres :

  • la chanson Dégénération de Mes Aïeux;
  • de nombreux écrits de Richard Martineau et de Éric Duhaime (!);
  • le livre Les boomers finiront bien par crever de Alain Samson;
  • de nombreux articles de journalistes comme Thomas Friedman (du New York Times), Stéphanie Grammond (de La Presse) et Michel Girard (du Journal de Montréal et de Québec);
  • des textes de blogueurs et de commentateurs (!), notamment de trolls notoires (!).

Cet exercice est parfois intéressant, mais devient répétitif à la longue. Si ces analyses permettent de citer des données fiables contredisant les textes présentés, je me demande l’intérêt de présenter autant d’horreurs provenant d’auteurs peu crédibles (comme Richard Martineau et Éric Duhaime, notamment) et de personnes qui les commentent (ne jamais lire les commentaires, ni les billets de Richard Martineau et de Éric Duhaime!). En plus, ses analyses débordent parfois de l’univers des baby-boomers, parlant entre autres de textes d’opinions sur le traitement des personnes âgées dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD). Comme mentionné plus tôt, les baby-boomers vont atteindre en 2015 entre 49 et 68 ans; il serait étonnant qu’ils soient majoritaires dans les CHSLD! Les baby-boomers sont déjà assez nombreux (2,3 millions en 2014, selon le tableau cansim 051-0001, soit 28 % de la population québécoise), il n’est pas nécessaire d’en ajouter!

Des données et une conclusion

Dans la dernière partie du livre, l’auteur mentionne qu’il observe un certain virage dans le discours sur les baby-boomers depuis peu. Il cite à cet égard un dossier très intéressant du magazine l’Actualité intitulé Mal pris les jeunes? À partir de 27 indicateurs comparant la situation des jeunes âgés de 25 à 34 ans entre 1986 et 2011, ce dossier montre que leur situation s’est en fait améliorée sous 15 de ces indicateurs (et s’est détériorée sous 12 d’entre eux). On peut bien sûr questionner la pertinence de certains de ces indicateurs (par exemple, la baisse de la part du budget consacrée à l’éducation entre 1986 et 2011, alors que cette baisse correspond à peu près à la baisse de la part de la population âgée de 5 à 24 ans et ne tient pas compte de la hausse de la part de ce budget consacrée à la santé, aux médicaments, aux congés parentaux, aux services de garde, etc.) ou l’absence d’autres indicateurs («comme le taux de criminalité, l’état de santé et les causes de mortalité», mentionne-t-on dans l’article), mais il demeure que ce résultat a surpris beaucoup de personnes associées à ce dossier.

L’auteur mentionne aussi d’autres documents et dossiers appuyés par des données fiables portant sur la situation des baby-boomers, dont une étude sur les baby-boomers et l’argent, un dossier sur l’avenir des régimes de retraite diffusé à RDI et le livre L’assaut contre les retraites (que j’ai présenté dans ce billet). Ces documents, ainsi que d’autres données, montrent que si certains baby-boomers s’en sont de fait bien tirés, il s’agit entre autres des diplômés universitaires (proportionnellement bien moins nombreux que de nos jours, le taux d’obtention du baccalauréat étant passé de 14,9 % en 1976 à 33,2 % en 2011, comme on peut le voir la page numérotée 115 de ce document) et des plus riches. Il se demande aussi si, face a ces données, les attaques contre les baby-boomers ne sont pas en fait une distraction pour faire oublier la hausse des inégalités. On appâterait la population avec un supposé conflit des générations pour camoufler le bien réel conflit de classes. L’idéologie libertarienne ou néolibérale des Éric Duhaime de ce monde et leurs attaques de distraction continuelles (par exemple contre les syndicats et les interventions gouvernementales qui réduisent les inégalités) plaident dans ce sens. J’ai trouvé cette partie du livre beaucoup plus intéressante que les précédentes!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? J’ai pensé à de nombreuses reprises écrire un billet sur ce sujet. J’aurais bien sûr présenté plein des données pour contredire les légendes urbaines qui circulent sur les bay-boomers. Je pensais par exemple parler d’une étude de l’Institut de la statistique du Québec datant de 2008 (Ce que les baby-boomers ont reçu de l’État : comparaisons intergénérationnelles, voir les pages 5 et 6 de ce document), qui montre entre autres que «Entre 1961 et 2003, la dépense sociale par personne a été multipliée par 4,8» et que cette hausse se manifeste dans tous les groupes d’âge, mais «surtout en services d’éducation et en santé et services sociaux» pour les plus jeunes (10 à 24 ans).

Mais, revenons au livre… Comme mentionné dans le billet, j’ai trouvé que les premières parties de ce livre étaient parfois répétitives et qu’elles accordaient trop d’importance aux commentaires et attaques de personnes pas du tout crédibles. Cela dit, les propos de l’auteur pour rétorquer à ces attaques étaient souvent intéressants et presque toujours pertinents. La dernière partie du livre, tant par les données présentées que par l’analyse des objectifs de distraction des personnes qui colportent des faussetés et qui se lancent dans des attaques infondées, fut pour moi bien plus intéressante. Au bout du compte, je n’ai absolument pas regretté les quelques heures que j’ai consacrées à la lecture de ce petit livre (144 pages officiellement).

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10 commentaires leave one →
  1. benton65 permalink
    2 novembre 2015 12 h 56 min

    Voilà 30 ans, l’on situait les boomers entre 1940 et 1956, voilà 15 ans entre 1943 et 1961 et maintenant entre 1946 et 1965… ce qui fait de moi officiellement un boomer, étant né en 65.
    C’est tout même bizarre que pendant 50 ans, je ne me suis jamais senti un boomer, les bommers étant mes parents!
    Faut croire que 2 générations viennent de fusionner!

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  2. 2 novembre 2015 13 h 33 min

    Bien des «jeunes» boomers se sentent plutôt membres des X. C’est en raison du flou de cette définition que j’ai écrit «Même si on ne s’entend pas sur la définition de la génération du baby-boom» au début de ce billet. Cela dit, en termes démographiques, il est clair que le boom des naissances a eu lieu entre 1946 et 1966 (ou 45-65…). En termes sociologiques, les avis diffèrent.

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  3. 2 novembre 2015 19 h 06 min

    Dans La cohabitation des générations, Josée Garceau s’en tient à Howe et Strauss pour leur départage. Là, les baby-boomers sont nés entre 1945 et 1964; la génération X entre 1965 et 1981; la génération Y entre 1982 et 2000.

    Dans son livre à elle, Josée Garceau vous place Benton65 dans les boomers. Elle distingue dans ce groupe, les bienheureux nés de 1945 à 1960 qui ont connu les effets positifs de l’après-guerre, de ceux nés de 1961 à 1964, qui, une fois sur le marché du travail, ont subis les effets néfastes des deux récessions des années 1980 et 1990.

    Pas surprenant alors que vous ne vous soyez pas senti pendant 50 ans de la génération de vos parents. À leur sujet, s’ils sont nés avant 1945 ce que j’imagine, Josée Garceau écrit que ce ne sont pas des boomers mais des silencieux ou des traditionnels, comme moi.

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  4. benton65 permalink
    3 novembre 2015 11 h 13 min

    Mon père est né en 1941, ma mère en… 1946, ce qui fait un peu incestueux de me placer dans la même génération que ma mère! (Et oui, ma mère avait 19 ans à ma naissance… mais cela c’est fait dans les règles et la légitimité de l’église catholique, ma mère s’étant mariée a mon père à 17 ans!)

    Nonobstant cela, socialement, ceux nés au début des années 40 ont tout même profité de l’élan social des boomers d’après guerre. Je présume aussi qu’au début des années 40 qu’il ait eu un mini baby-boom puisque beaucoup de gens se sont mariés pour échapper à la conscription. C’est d’ailleurs le cas des parents de ma mère qui se sont mariés en 1941… en même temps que 18 autres couples… et on parle d’une petite ville!

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  5. 3 novembre 2015 13 h 24 min

    Mon père est né en 1892, ma mère en 1902. Dans leur livre, Howe et Strauss classent mon père dans la génération perdue, 1883-1900, et ma mère dans celle des G. I., 1901-1924.

    J’aurais facilement pensé qu’elle était de la génération J.C. et là, je ne pense pas à Tremblay ou Lauzon.

    Sans préjudice, qu’est-ce que penserait du sujet de ce livre l’esprit du monde, ou si vous préférez l’autre Karl ?

    – La Révolution tranquille n’aurait jamais eu lieu sans les boomers.

    S’il faut chercher des coupables, pensez logiquement à leurs parents et aidants, la génération précédente des silencieux ou traditionnels, les curés et compagnie sans oublier leurs soeurs en religion, plutôt qu’à ces nombreux.ses détenteur.es d’une insoutenable légèreté de régénération tout azimut, la sexualité, sans pilule et sida. D’accord, il y avait la syphilis. Dégénération, régénération, bonne question.

    Sans cette insouciance du temps du futur planétaire, je n’en serais pas là à écrire d’autres choses que celle qu’a bien chanté Gilles Vigneault dans Les gens de mon pays. Bête de même, il n’a pas retenu province. Pour que ça rime ?

    – Quelle idée que d’autant proliférer ! Vous savez ce qui arrive aux lapin aux 11 ans je me suis laissé dire ?

    Et alors, je réclame un non à la guerre de 1939-1945, une chicane de mâle sur là où était le pétrole. L’affirmer, c’est poser la question.

    Pendant que vous êtes là, au Québec, le détour par le capitalisme est un passage obligé dirait Karl Sirois avant le socialisme et l’état final souhaité par les Marx, j’y reviendrai.

    Le Capital et l’Internationale était un solide et ambitieux projet de couple, ami, camarades avant le terme, enfants et compagnie, une inaccessible étoile finalement, du genre que chante Jacques Brel.

    La révolution ne pourra, a-t-il dit, deux ans après l’assassinat d’Alexandre II en 1881, réussir en Russie que si elle devient immédiatement mondiale. Il était ambitieux ma parole mais conscient. L’Histoire lui a donné raison en 1989.

    Vous avez devinez que je suis à lire Karl Marx ou l’esprit du monde de Jacques Attali, 2005. J’avais remisé. J’ai retrouvé en cherchant La refondation du monde de Jean-Claude Guillebaud, septembre 1999. Que voulez-vous disait Jean Chrétien, j’ai un neurone attentif à Option nationale mais pas réfractaire à la force de travail du PQ et au care de QS, de la CAQ et du PLQ.

    Je m’arrête ici pour ne pas faire un Marx de moi.

    – FauTKarl, sors de ce corps !

    Le poète a toujours raison, comme ce qui fait le profit de Loto-Québec.

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  6. 3 novembre 2015 13 h 40 min

    «Je présume aussi qu’au début des années 40 qu’il ait eu un mini baby-boom»

    La natalité a de fait augmenté un peu à l’époque, mais ce n’est qu’en 1946 que le taux de natalité a dépassé les 30 naissance par 1000 femmes. On notera que le sommet de cet indicateur a eu lie en 1909!

    http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/naissance-fecondite/401.htm

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  7. 3 novembre 2015 18 h 43 min

    Merci pour le lien à cette version vidéo de Dégénération de Mes aïeux que je ne connaissais pas.

    J’accepte mieux la fin, le passage des paroles à la musique, maintenant que j’ai aussi lu et compris.

    Aussi, j’entendais Jeannette au lieu de jeunesse. Je trouvais ça un peu sexiste. Là, ça va mieux.

    J’ai vérifié, Dégénération de Mylène Farmer a aussi été refait, mais pas récemment. C’est autre chose :

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  8. 3 novembre 2015 19 h 33 min

    Quelqu’un avait aussi mis cette vidéo de Mylène Farmer dans un débat sur la chanson de Mes Aïeux qui a eu lieu ailleurs (l’auteur et moi ne sommes pas les seuls à dénoncer le texte de cette toune).

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  9. 5 novembre 2015 10 h 04 min

    Il y a aussi Lori Anne Briggs, sociologue et féministe, qui a écrit ceci de Dégénération de Mes Aîeux en 2007 :

    http://sisyphe.org/spip.php?article2565

    Elle se questionne sur l’engouement pour cette chanson. Elle marque des points.

    J’ai constaté cet engouement un dimanche après-midi à Cacouna. Des 15-25 avait retenu la chanson parmi d’autres en marchant pour les bélougas.

    Elle était au programme d’une fête de la St-Jean derrière le Manège sur les Plaines. La foule de tous âges n’a pas huée.

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  10. 5 novembre 2015 11 h 14 min

    J’ai déjà lu cet article il y a quelques années. Très bien, en effet.

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