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Les antiféminismes

9 novembre 2015

antiféminismesEn me procurant le livre Les antiféminismes. Analyse d’un discours réactionnaire, sous la direction de Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri, j’ai craint qu’il ne reprenne les mêmes thèmes que ceux abordés dans un autre livre récent entre autres dirigé par le même Francis Dupuis-Déri (en fait un livre datant de 2008, mais avec des ajouts de 2015), soit Le mouvement masculiniste au Québec – L’antiféminisme démasqué (que j’ai présenté dans ce billet).

Le contenu

Comme je le fais souvent dans ce genre de livre, je vais présenter les sujet abordés dans chacun des textes de ce livre.

Introduction : Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri expliquent le contexte qui justifie la réalisation de ce livre et présentent ensuite brièvement les textes qui le composent.

De la réaction antiféministe aux rhétoriques protomasculinistes: le traitement de Louise Michel dans la presse française à la fin du XIXe siècle : Sidonie Verhaeghe montre que Louise Michel, même si elle ne se considérait pas féministe, fut victime des nombreuses formes d’antiféminisme. L’auteure qualifie la rhétorique utilisée contre elle de «protomasculiniste», d’une part, parce que le mouvement masculiniste, comme le mouvement féministe, en était à ses débuts et d’autre part parce que cette rhétorique était formée d’attaques faites par des individus, pas par des groupes organisés. Cela dit, ces attaques était souvent personnelles. On lui reprochait ses propos hystériques (un classique dans les attaques contre les femmes), le fait qu’elle ne soit pas mariée et n’ait pas d’enfants, son apparence peu féminine et même le duvet au dessus de sa lèvre supérieure qui ressemblait à une moustache (ce n’est pas aujourd’hui, et surtout pas au Québec, qu’on se moquerait d’une politicienne pour une telle futilité!).

«Des hyènes galeuses et agressives à la bouche écumante»: une analyse rhétorique de l’antiféminisme pamphlétaire : Julie Abbou propose «une analyse des discours qui se réclament explicitement de l’antiféminisme». Après une démonstration bien étayée, elle conclut que «en définissant un féminisme totalitaire, violent, mensonger, dégénéré, l’antiféminisme présente une face commune, celle de la défense de l’ordre civilisationnel et de l’ordre moral. C’est là qu’il se montre sous son jour pamphlétaire, sous la bannière de résistance au désordre du monde, scandale à révéler par la réaffirmation d’une binarité essentielle».

Les féministes n’ont pas d’humour : Jérôme Cotte veut démontrer «comment un antiféminisme totalement insidieux est au cœur de notre rapport à l’humour». Il réussit de fait à nous faire réfléchir sur les effets pas toujours comiques de l’humour, qui sert trop souvent d’excuse pour manifester un antiféminisme patent, même si pas assumé.

L’antiféminisme, expression sociopolitique du sexisme et de la misogynie : «C’est la faute au féminisme!» : Francine Descarries montre que «l’antiféminisme mise sur des peurs et des anxiétés souvent partagées par des hommes et des femmes qui ne parviennent pas à se délester d’une interprétation naturaliste du féminin et du masculin, à penser l’égalité autrement que dans la complémentarité, et qui n’arrivent pas à se projeter dans une société où les rapports de sexe n’existeraient plus en tant que marqueur social des rapports de pouvoir». Elle présente ensuite cinq archétypes de la femme dont se servent les antiféminismes pour supposément prouver leur point. J’ai bien apprécié ce texte sinon cette phrase : «le refus des hommes de partager des territoires qu’ils occupaient auparavant en exclusivité». N’aurait-elle pas dû nuancer en précisant qu’il s’agit du refus de «certains hommes» ou de «trop d’hommes»?

La matrice hétérosexuelle de l’antiféminisme : Diane Lamoureux se propose de montrer comment le discours antiféministe «a un fondement homophobe et hétéronormatif». Elle élabore sur le sujet à partir de textes et interventions de l’organisme Real Women of Canada, et explique par la suite que l’antiféminisme de cet organisme, comme bien d’autres, repose sur sa vision que la famille est la base de la société et que seule celle qui est formée d’un couple hétérosexuel est vraiment «naturelle».

L’hérésie des «féministes du genre»: genèse et enjeux de l’antiféminisme «antigenre» du Vatican : Sara Garbagnoli avance que la montée de l’antiféminisme doit inciter les chercheuses et militantes féministes à poursuivre leurs travaux sur ce mouvement pour mieux le combattre. Dans ce contexte, elle propose d’analyser «la logique, la structure et les enjeux de la bataille menée par le Vatican contre la dénaturalisation de l’ordre sexuel produite par les analyses et les luttes menées par les mouvements féministes et/ou LGBTQI».

Postféminisme et antiféminisme : Francis Dupuis-Déri étudie les différents sens qu’on peut accorder au concept de postféminisme (soit l’étape suivant le féminisme pour poursuivre l’égalité autrement ou l’abandon du féminisme car il ne serait plus nécessaire) et constate que ceux-ci constituent différentes formes d’antiféminisme.

Images de la violence : Pour terminer ce livre, France Théoret nous offre un véritable pamphlet pour montrer à quel point le féminisme est encore nécessaire et à quel point il faut combattre le masculinisme et l’antiféminisme.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Même si mes craintes de départ étaient en partie justifiées (oui, certains thèmes abordés dans ce livre sont semblables à ceux qu’on a pu lire dans Le mouvement masculiniste au Québec – L’antiféminisme démasqué), ce livre contient suffisamment d’angles originaux pour mériter d’être lu. Et, il n’est pas bien long (180 pages)!

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