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La nouvelle offre de Martin Coiteux

11 novembre 2015

coiteuxLes images qui accompagnent ce billet ont toutes circulé depuis que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a déposé sa nouvelle offre aux employés de l’État vendredi dernier. Sont-elles justes? C’est ce que nous tenteront de voir dans ce billet.

Montants en jeu

La première question que je me suis posée en prenant connaissance de cette offre fut de savoir quelles étaient les sommes en jeu. En effet, le chiffre de 1,7 milliard $ de bonification sur cinq ans à l’offre antérieure a largement circulé, mais est rarement mis en contexte. J’ai bien entendu à la télé que la masse salariale de l’État était de 40 milliards $ par année, mais je n’ai rien lu à ce sujet dans les articles parlant de cette nouvelle offre.

Un de mes contacts provenant des syndicats m’a conseillé de regarder la page 46 des renseignements supplémentaires du budget de dépenses 2014-2015 du gouvernement. En fait, on peut voir à cette page que les Dépenses de rémunération prévues en 2014-2015 s’élevaient à 38,8 milliards $, pas très loin du fameux 40 milliards $. Mais, les offres gouvernementales touchent-elles toutes les personnes mentionnées dans ce tableau? Pas sûr…

Par exemple, on y inclut les Professionnels de la santé, soit en premier lieu les médecins, pour lesquels la dépense de rémunération a atteint cette année-là 7,4 milliards $, soit tout de même près de 20 % de la masse salariale totale (et en hausse de plus de 50 % en six ans). Or, les médecins ont signé une entente l’an passé pour étaler sur huit ans des hausses salariales consenties auparavant. Celle-ci pourrait-elle modifiée en fonction des offres actuelles aux employés syndiqués? Ce n’est pas clair… De même, cette offre ne touche pas les employés des universités et pas directement les cadres non syndiqués, mais pourraient influencer les offres qu’ils recevront.

Devant ces incertitudes, j’ai choisi d’effectuer mes calculs en fonction d’une masse monétaire de 40 milliards $, d’autant plus que, on le verra, cela me permet de retrouver les montants mentionnés par M. Coiteux. Et, de toute façon, ce sont les taux qui m’intéressent, pas nécessairement les montants.

L’offre

J’ai résumé l’analyse de cette offre dans le tableau qui suit.

coiteux1

 

La première ligne montre les dépenses annuelles associées à la première offre gouvernementale ainsi que le déboursé total au cours des cinq années de cette offre à la dernière colonne. La deuxième fait la même chose avec la partie de la nouvelle hausse qui devance d’un an la première augmentation salariale de 1 %, la troisième inclut la hausse globale des échelons salariaux au cours de la cinquième année (j’y reviendrai), la quatrième indique les sommes qu’obtiendraient les employés si leur salaire était indexé selon l’indice des prix à la consommation (IPC), soit en fonction de l’inflation, sans enrichissement, ni appauvrissement, (j’ai utilisé un taux de 2 % par année), et la cinquième présente les montants liés à la demande syndicale, soit des augmentations de 4,5 % par année (en fait, cette demande porte sur trois ans, pas sur cinq, mais je l’ai prolongée pour pouvoir faire des comparaisons). Finalement, les quatre dernières lignes représentent les écarts entre les offres gouvernementales et l’indexation et la demande syndicale.

– 0-1-1-1-0

Les deux premières lignes du tableau nous permettent de voir que, comme le dit M. Coiteux, le devancement d’un an de la hausse de 1 % entraîne de fait une augmentation de 1,2 milliard $ de la masse salariale totale sur cinq ans, la dernière colonne nous montrant que la dépense totale passe de 202,4 à 203,6 milliards $. Ce n’est donc pas identique (comme semble l’indiquer la première image qui accompagne ce billet), mais ce n’est pas vraiment très différent (comme on le fait dire à M. Coiteux dans la deuxième image), ni très significatif (comme il l’a dit), car le chiffre qu’il mentionne (1,2 milliard $) ne représente en fait qu’une hausse de 0,6 % sur cinq ans, donc de guère plus que 0,1 % par année. Mais, pire, le montant de la dernière année (colonne «5è année») demeure le même dans les deux offres, constatation importante car c’est sur cette somme que seraient calculées les prochaines hausses. Dans ce sens, si l’image du quatre trente sous pour une piastre est inexacte sur la durée de la convention, elle est tout à fait juste pour la cinquième année.

– hausse des échelons salariaux

La troisième ligne montre l’impact combiné de la hausse de 1,2 milliard $ de la masse salariale totale sur cinq ans que je viens de présenter et du changement des échelons salariaux contenu dans cette offre. Cette proposition est plus difficile à analyser, car elle entrerait en vigueur au cours de la dernière année. Si elle ne rapporterait que 550 millions $, soit moins de la moitié que la première partie de l’offre, elle augmenterait toutefois de façon significative les salaires à partir desquels la prochaine hausse serait calculée. Mais, même mon tableau ne peut rendre correctement les effets de cette hausse, car elle serait appliquée en cours d’année. En fait, elle ferait passer la hausse totale des salaires de 3,03 % sur cinq ans à 5,40 %, une augmentation plus élevée de 78 % que l’offre antérieure.

Je ne tente pas ici de défendre plus qu’il ne faut cette offre, car, elle comporte de nombreuses faiblesses. Tout d’abord, la hausse de 2,3 % due au changement des échelons salariaux est une moyenne. Si cette réforme permettrait à certains employés de voir leurs salaires augmenter de plus de 2,3 %, elle entraînerait plutôt une baisse de salaire pour environ 35 000 employés (notamment des avocats, agentes administratives du secteur de la santé, physiothérapeutes et conseillers en formation scolaire). Ensuite, elle prévoit de moins bonnes conditions pour les nouveaux employés, ce qui correspond à des «clauses orphelins» (l’Office de la langue française recommande de dire plutôt «clauses de disparité de traitement») discriminatoires (encore plus pour un gouvernement qui prétend vouloir équilibrer son budget en appliquant le principe de l’équité intergénérationnelle). Puis, elle comporte toujours d’importantes diminutions des avantages liés au régime de retraites, même si elle prévoit les étaler sur une plus longue période. Finalement, même avec cette hausse, les employés s’appauvriraient en moyenne de 5 % (hausse de 10,4 % si les salaires étaient indexés, moins la hausse de 5,4 % = 5 % de baisse réelle), appauvrissement qui s’ajouterait à ceux imposés dans les conventions collectives précédentes. Mais il demeure que cette partie de l’offre que le président du Conseil du Trésor évalue à 550 millions $ aurait un impact plus positif à long terme que celle de 1,2 milliard $ liée au devancement d’un an des trois hausses de 1 % (ce qui n’est pas difficile, car cette offre ne comporte aucun avantage à long terme).

– impact global

Comme on peut le voir à la dernière colonne des sixième et septième lignes du tableau, cette offre ferait baisser l’appauvrissement moyen des salariés de l’État de 9,9 milliards $ avec la première offre à un appauvrissement de 8,7 milliards $, une baisse de 12 % seulement! Pire, la dernière colonne du tableau montre que l’écart entre l’offre de départ du gouvernement et la demande syndicale passerait de 26,3 milliards $ à 25,0 milliards $, une baisse de moins de 5 %! Peut-on alors parler d’un rapprochement significatif, comme le prétend M. Coiteux? Et je ne parle pas du fait que les salaires des employés de l’État s’éloigneraient encore plus de ceux versés dans des emplois similaires chez d’autres types d’employeurs…

Et alors…

En fait, on a bien vu que M. Coiteux a voulu jouer avec le biais cognitif de la population sur les ordres de grandeur. Juste après que le gouvernement ait offert 1,3 milliards $ à Bombardier, il est certain qu’une offre de 1,7 milliard $ semble énorme. Par contre, ces montants n’ont rien à voir. D’une part, la somme octroyée à Bombardier est dépensée la même année, et ensuite elle ne protège que les 1700 employés de Bombardier affectés à ses avions de la série C (bon, disons 10 000 avec les sous-traitants, dont un grand nombre travaillent en Irlande et en Chine, et sûrement plus quand cette série entrera en production), tandis que les 1,7 milliard $ ajoutés à l’offre gouvernementale à ses employés est répartie sur cinq ans et toucherait au moins 550 000 personnes travaillant dans la fonction publique (voir page 3) et dans les secteurs de l’éducation et de la santé et des services sociaux (dont 35 % n’occupent pas un emploi régulier, soit dit en passant…).

Quand on constate que cette somme ne permet qu’une augmentation de 0,9 % de l’offre initiale et ne réduit que de 17 % l’appauvrissement des employés de l’État, il n’est pas difficile de comprendre que les syndicats aient rejeté sans hésiter cette offre, même si elle vaut un peu plus qu’un échange entre quatre trente sous et une piastre!

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