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L’économie circulaire

2 décembre 2015

économie_circulaireCela fait un bout de temps que j’entends parler de l’économie circulaire, sans savoir précisément de quoi il s’agit. J’en avais quelques notions, mais sans plus. En voyant passer une étude sur le sujet (Économie circulaire, écologie et reconstruction industrielle? de Jean-Claude Lévy et Vincent Aurez) je me suis dit que ce serait intéressant de la lire pour en savoir plus, même si elle date de 2013.

Définition

Les auteurs définissent ainsi l’économie circulaire :

«L’économie circulaire est un mode de développement économique basé sur la prise en considération du flux des matières, qui exige le respect des principes écologiques (lois de la thermodynamique) et une utilisation rationnelle des ressources naturelles pour assurer un développement durable.»

Les piliers

Ce mode de développement économique comprend sept principes (ou piliers). Dans certains documents, on en trouve huit… Comme les auteurs ne font que les citer, j’ai cherché des définitions un peu plus détaillées sur Internet. J’ai retenu celles que j’ai trouvées sur le site du ministère français de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie :

  1. L’éco-conception : prendre en compte des impacts environnementaux sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit et les intégrer dès sa conception; c’est à cette étape qu’on doit par exemple éviter l’obsolescence trop rapide (et surtout planifiée!);
  2. L’écologie industrielle et territoriale : mettre en place un mode d’organisation industrielle sur un même territoire caractérisé par une gestion optimisée des stocks et des flux de matières, de l’énergie et des services;
  3. L’économie de la fonctionnalité : privilégier l’usage à la possession, vendre un service plutôt qu’un bien; ainsi, les biens peuvent être utilisés par plusieurs personnes différentes; la vraie économie du partage va dans ce sens;
  4. Le réemploi : remettre dans le circuit économique un bien qui ne correspond plus aux besoins premiers du consommateur; cela peut se faire «pour l’usage pour lequel il était initialement prévu ou pour un autre usage»;
  5. La réutilisation : réutiliser certains déchets ou certaines parties du déchet encore en état de fonctionnement dans l’élaboration de nouveaux produits;
  6. La réparation : trouver une deuxième vie aux biens en panne;
  7. Le recyclage : réutiliser les matières issues des déchets.

Les auteurs reconnaissent que l’implantation de ces principes font face à de nombreux obstacles en raison de contraintes géopolitiques, des logiques capitalistiques, des intérêts privés et des rigidités bureaucratiques. En conséquence, «L’établissement d’une économie circulaire devra passer par une réforme profonde de nos modes d’organisation et de décision politique».

Des exemples

L’étude cite quelques exemples d’application des principes de l’économie circulaire, notamment en Chine (qui est pourtant le paradis de l’obsolescence planifiée) et en France. On y parle surtout des expériences de méthanisation en milieu agricole : il s’agit de récupérer les rejets (le fumier), de produire du gaz au moyen d’un processus de fermentation bactérienne, d’utiliser cette énergie ou de la vendre aux distributeurs de gaz, de récupérer les résidus solides devenus inodores pour les utiliser comme engrais dans les champs. J’avais entendu parler de cette possibilité en lisant le livre Merde… Ce que les excréments nous apprennent sur l’écologie, l’évolution et le développement durable, dont j’ai parlé dans ce billet. Certaines expériences du genre furent couronnées de succès, tandis que d’autres furent abandonnées, souvent en raison de la résistance de la population. D’autres expériences utiliseraient les déchets provenant de la fabrication de choucroute de la même façon.

Les limites et les critiques

Les auteurs reconnaissent les limites de cette économie. Ils parlent notamment de certaines complexités dans le recyclage, qui seraient contournables si les produits étaient dès le départ conçus pour être recyclés, mais aussi de la dégradation de la matière qui, elle, n’est pas contournable. Ils mentionnent que la fabrication d’objets plus durables freinerait la croissance économique, quoique cela ne serait pas si important, car, si ces objets étaient plus durables, on aurait moins besoin de sous pour les acheter, ils entraîneraient moins de pollution et ils utiliseraient moins de ressources.

En fait, le pire est que la demande pour ces procédés n’est pas là. Si on laisse l’offre et la demande décider, ce système ne pourrait être réalisé que lorsqu’il restera trop peu de ressources pour les gaspiller, donc quand il sera trop tard pour que l’application de ces principes puisse vraiment contribuer à retarder l’épuisement des ressources. Il faut donc une volonté politique, l’implantation de taxes au gaspillage, l’utilisation de la réglementation pour l’interdire et un changement majeur dans le fonctionnement de l’économie.

D’autres critiques voient dans la participation de sociétés reconnues pour le gaspillage de ressources à des organismes de promotion de l’économie circulaire (dans cet article, on souligne entre autres que «de grands groupes tels que Veolia, Alteo ou l’association française de l’aluminium sont membres de l’Institut pour l’économie circulaire»), participation qui n’est finalement qu’une stratégie pour verdir l’image de ces sociétés.

Dans cet autre article, on observe que peu d’expériences mettent en pratique les sept principes de l’économie circulaire. On applique parfois les principes l’économie de la fonctionnalité, du recyclage ou de la réutilisation (comme dans certains pans de l’économie du partage), mais rarement ou jamais le premier principe (l’éco-conception). On y trouve aussi de bonnes questions, comme celle-ci : «L’économie circulaire semble être la voie à suivre. Encore faut-il être prêt à opérer une véritable révolution des modes de fabrication et de consommation».

Et alors…

Cette étude et la recherche d’autres sources m’auront permis de mieux comprendre la notion d’économie circulaire, de voir ses qualités, mais surtout ses limites. Ce concept n’est bien sûr pas à rejeter. Comme je l’ai dit dans mon billet sur l’écofiscalité, on ne peut surtout pas se permettre de mettre de côté un outil qui, bien utilisé, apporterait des bienfaits indéniables. Qui ne rêverait pas de produits électroniques réparables et non pas conçus pour nous lâcher au plus deux ans après leur achat? Mais, comme la dernière phrase que j’ai citée le précise bien (et comme les auteurs de l’étude l’ont dit autrement), «Encore faut-il être prêt à opérer une véritable révolution des modes de fabrication et de consommation».

Pour l’instant, l’utilisation de ce concept ressemble comme deux gouttes d’eau à celle qui est faite du développement durable, soit un slogan publicitaire plus qu’autre chose. Et, j’ai bien peur qu’on ne puisse pas aller bien plus loin dans le cadre du capitalisme… Cela dit, n’enlevons pas cet outil de notre coffre, il pourrait bien être utile un jour!

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One Comment leave one →
  1. 3 décembre 2015 10 h 59 min

    Un autre exemple de méthanisation avec les déchets humains…

    http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/456923/s-autosuffire-en-energie-grace-au-contenu-de-la-toilette

    J'aime

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