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Le lithium et les automobiles électriques

6 janvier 2016

lithiumCe billet marque à la fois une première et fort probablement une dernière : il est basé en partie sur un texte tiré d’un document de la banque d’investissement Goldman Sachs (voir les pages 16 à 18)! J’ai pris connaissance du texte en question, intitulé Lithium is the New Gasoline (Le lithium est la nouvelle essence), en lisant un billet de Timothy Taylor dont le blogue est une source intéressante pour se tenir au courant d’études récentes.

Le lithium est de loin le métal le moins dense, ayant le numéro atomique 3, juste après l’hydrogène et l’hélium. Comme son noyau est peu stable, il est «moins abondant dans le système solaire que 25 des 32 éléments chimiques les plus légers» nous apprend Wikipédia, même si le document de Goldman Sachs avance qu’il est «[traduction] l’un des éléments les plus abondants sur terre». Notons que cette phrase est tellement imprécise qu’elle n’est pas nécessairement contradictoire avec celle de Wikipédia.

Le texte de Goldman Sachs

De la part d’une telle entreprise, on ne sera pas surpris de constater que son texte sur le lithium repose essentiellement sur la croissance de son utilisation et sur son potentiel de croissance. Même si le lithium est actuellement utilisé à de nombreuses fins, surtout pour la céramique et le verre (35 %), les batteries (31 %), les graisses lubrifiantes (8 %) et les médicaments (5 %), la croissance de son utilisation s’observe essentiellement dans la fabrication de batteries pour les automobiles électriques (on notera que le document de Goldman Sachs estime le taux d’utilisation du lithium dans les batteries des automobiles électriques à 17 % du marché du lithium, les batteries mentionnées dans l’autre document ne servant pas qu’aux automobiles électriques). Par exemple, la batterie d’une automobile électrique contient 10 000 fois plus de lithium qu’un téléphone cellulaire. Comme Goldman Sachs prévoit que les ventes d’automobiles électriques (incluant aussi bien les automobiles complètement électriques que les hybrides) passeront de 3 % à 22 % des véhicules neufs d’ici 2025, la demande de lithium à cette fin devrait être multipliée par 11 et sa demande totale tripler (de 160 000 à 470 000 tonnes métriques).

La clé pour permettre cette augmentation des ventes d’automobiles électriques est la baisse du coût des batteries. Ce prix a déjà diminué de 60 % entre 2007 et 2014, mais devrait diminuer d’un autre 60 % en 10 ans pour permettre les ventes prévues par Goldman Sachs. Cette baisse n’a toutefois aucun rapport avec le prix du lithium, car son coût représente à peine 2 % du prix des batteries.

Le texte de Goldman Sachs prétend que les ressources déjà en exploitation peuvent durer 70 ans au rythme actuel de production. Avec la hausse des prix, d’autres sources deviendraient rentables et le recyclage, peu fréquent pour l’instant, deviendrait courant.

Une bonne comparaison!

En fait, la comparaison du titre du texte de Goldman Sachs (Le lithium est la nouvelle essence) est encore meilleure que ses auteurs ne le pensent. Tout d’abord, il s’agit d’une ressource épuisable comme le pétrole, dont le niveau actuel d’extraction ne pourrait permettre le maintien de la production actuelle que pendant 70 ans, tout en prévoyant que ce niveau d’extraction devra tripler d’ici 10 ans. Il est facile de dire que d’autres sources pourront être exploitées quand la demande augmentera, mais il demeure que, selon cet article de Fortune, 90 % des extractions actuelles proviennent de trois sociétés seulement et que «Bien que le lithium ne soit pas rare dans l’environnement, le coût de l’extraction varie beaucoup avec sa concentration et sa forme. Grâce à la technologie existante et aux prix actuels, le lithium vraiment rentable ne vient que de l’évaporation de saumure très concentrée». L’article mentionne comme exemples l’arrêt de production d’une mine en Australie en 2013 et d’une autre au Québec, en 2014.

Ensuite, comme pour l’extraction de pétrole, celle de lithium a selon Wikipédia, «un impact environnemental important». Au Chili, on parle d’impacts «considérables directement sur les étendues d’eau. L’extraction de la saumure provoque des diminutions des surfaces des plaines de sel, et une baisse du niveau des nappes phréatiques. (…) les oiseaux nicheurs et les pâturages traditionnels sont directement affectés. La morphologie des lagunes qui caractérisent ces systèmes pourrait être dramatiquement changée. (…) Les nuages de poussière créés au cours des processus d’extraction contiennent de fortes densités de minéraux, notamment du carbonate de lithium. Ils atteignent les communautés alentour (par exemple les villes de Socaire et Peine), les pâturages et les régions protégées, et provoquent des problèmes de santé, ainsi qu’une contamination des sols et des étendues d’eau. Les usines de lithium étant toutes situées dans des espaces naturels, l’augmentation de l’activité humaine, dans ses usines et leurs environs (pollution sonore, constructions des infrastructures, circulation des véhicules, machines et ouvriers), affecte de plus en plus les écosystèmes et les couloirs biologiques, provoque l’extinction de la faune et la flore locale, ainsi que de l’érosion».

En Argentine, «Vigognes, flamants roses, lamas, souris mais aussi bactéries extrêmophiles – capables de vivre dans des conditions extrêmes – sont directement menacés. (…) Les communautés aborigènes de la région constituent déjà les premières victimes collatérales. On a observé que l’eau se trouve partiellement salinisée. (…) «C’est un drame pour eux, dépendants de l’agriculture et de la culture du sel. C’est tout un mode de vie qui est menacé».

Au Tibet, «les cancers dans la région se multiplient, mettant en cause les solvants utilisés pour la production. En plus de cette contamination, le lithium se retrouve dans les sources d’eau potable, et c’est également une catastrophe pour les locaux. (…) Bien entendu, en plus de l’eau, c’est également l’air et le sol qui sont pollués par des usines déployées dans une région encore vierge de toute industrialisation il y a quelques années».

De façon plus générale, les activités d’extraction «provoquent une raréfaction de l’eau, à laquelle s’ajoute une pollution par les produits utilisés. Air et eau pollués contaminent ensuite à leur tour les écosystèmes et la (rare) nourriture des populations de ces zones arides». En plus, «l’extraction du lithium se fait avec des moyens fonctionnant avec de l’énergie fossile, en particulier du pétrole, ce qui n’est pas pour améliorer l’empreinte écologique de l’extraction».

Par contre, contrairement au pétrole, le recyclage du lithium est possible, même s’il n’est pas facile à réaliser. Pour son utilisation actuellement la plus importante, soit en verrerie, il est carrément impossible, car le lithium qu’elle contient est «dispersif». Il est possible pour les batteries, mais pas rentable aux prix actuels, quoique des initiatives de recyclage sont en voie de réalisation. Dans ce sens, l’utilisation du lithium est un peu moins dommageable que celle de l’essence, mais seulement un peu…

Et alors…

Je ne prétends surtout pas être un expert de l’extraction du lithium ni que les sources que j’ai utilisées sont toutes parfaitement fiables (quoique j’aie trouvé des informations similaires provenant d’autres sources). Mais, le fait «que l’entreprise RB énergie n’a pas versé les sommes nécessaires à la restauration de la mine Québec Lithium», soit plus de 25 millions $, ce qui sous-entend des dégâts importants à l’environnement, montre que l’extraction du lithium est loin d’être une activité verte.

Les conséquences environnementales de l’extraction du lithium ajoutent un nouveau doute dans la pertinence de l’utilisation de l’automobile électrique comme solution à l’épuisement des ressources et au réchauffement climatique. En plus de l’épuisement des ressources et de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre qu’entraîne la fabrication des automobiles électriques, on voit que les batteries qu’elles doivent utiliser ne font qu’accentuer ses effets néfastes pour l’environnement. Quand on considère en plus que cette solution de remplacement à l’utilisation des automobiles à essence ne peut retarder que de quelques dizaines d’années l’abandon définitif du mode de vie centré sur l’automobile individuelle tout en perpétuant ses conséquences néfastes pour l’environnement, on ne peut que conclure qu’il serait nettement préférable de travailler dès maintenant à se préparer à justement changer ce mode de vie.

Si nous consacrions la moitié des efforts que nous mettons à la fuite en avant consistant à vouloir à tout prix préserver le mode de vie actuel pour adopter un véritable changement, nous aurions alors de bonnes possibilités de renverser la situation actuelle. Qu’on se le dise, there is no alternative au changement de mode de vie!

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3 commentaires leave one →
  1. 6 janvier 2016 11 h 14 min

    Salutations Darwin

    Et quelques petites précisions.

    D’abord, le noyau de lithium n’est pas instable. Autrement, il eût été classé parmi les éléments radioactifs. C’est donc un métal, bien que très léger, plutôt ordinaire, et, à ce titre, recyclable à l’infini. Cependant, en raison de sa très grande réactivité, avec l’oxygène entre autres, il est assez difficile à manipuler.

    Quant à sa disponibilité dans la croûte terrestre, on peut dire qu’il est relativement abondant, plus que le plomb par exemple. Et pour ce qui concerne le reste système solaire, peu nous en chaut, car ce n’est pas demain la veille que l’on va ouvrir des mines sur un autre corps céleste.

    Bref, puisqu’il est techniquement recyclable, ce n’est pas, en tant que telle, une ressource épuisable comme le sont les hydrocarbures.

    Cela dit, je suis d’accord avec le reste. Ou plutôt pour dire que la « voiture automobile privée électrique » reconduit la catastrophe appréhendée d’un modèle de développement suicidaire. Les voitures de l’avenir seront électriques et collectives, on ne seront pas.

    J'aime

  2. Raymond Lutz permalink
    6 janvier 2016 11 h 36 min

    Essence et Lithium? La comparaison est faible, sinon que ce sont des matières premières extraites du sol et dont la demande est grandissante (et qui piquent l’intérêt des capitalistes).

    Distinction qui éclipse tout rapprochement entre les deux: dans les moteurs à combustion interne on brûle l’essence alors que dans les autos électriques le lithium sert à construire le réservoir. Le véhicule ne consomme pas le lithium et ce n’est pas une source d’énergie.

    Je plussoie cependant la conclusion: TINA et le transport automobile interurbain individuel (électrique ou non) est une aberration écologique et énergétique mais pour la ville, c’est réaliste (et désirable?) en autopartage, il va sans dire.

    bonne année

    J'aime

  3. 6 janvier 2016 11 h 55 min

    @ Hefgé

    «Bref, puisqu’il est techniquement recyclable, ce n’est pas, en tant que telle, une ressource épuisable comme le sont les hydrocarbures.»

    J’ai peut-être été un peu sévère avec «Dans ce sens, l’utilisation du lithium est un peu moins dommageable que celle de l’essence, mais seulement un peu…». Merci pour les précisions! Ce n’est pas pour rien que j’ai indiqué que «Je ne prétends surtout pas être un expert de l’extraction du lithium ni que les sources que j’ai utilisées sont toutes parfaitement fiables»!

    « la « voiture automobile privée électrique » reconduit la catastrophe appréhendée d’un modèle de développement suicidaire. Les voitures de l’avenir seront électriques et collectives, on ne seront pas.»

    On se rejoint!

    @ Raymond Lutz

    «TINA et le transport automobile interurbain individuel (électrique ou non) est une aberration écologique et énergétique mais pour la ville, c’est réaliste (et désirable?) en autopartage, il va sans dire.»

    Ça se tient!

    J'aime

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