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Les caractéristiques des immigrants au Québec (1)

27 janvier 2016

revenus immigrantsJ’ai rarement eu autant de difficulté à comprendre des données que celles publiées par Statistique Canada récemment sur le revenu des immigrants. Or, pour pouvoir analyser des données, encore faut-il savoir ce qu’elles signifient! Je savais quand même que les données publiées ce jour-là concernaient les «immigrants admis entre 1980 et 2013, et ayant produit une déclaration de revenus au moins une fois entre 1982 et 2013», mais ne parvenais pas à comprendre le sens des données des trois tableaux cansim qui accompagnaient cette diffusion. Comme j’ai finalement saisi le sens des données de ces trois tableaux, je compte écrire au moins deux billets sur le sujet et peut-être plus si ces billets soulèvent un minimum d’intérêt.

Ces données proviennent de l’appariement d’un «fichier administratif sur les immigrants reçus au fichier sur la famille T1», soit aux données des déclarations de revenus. Statistique Canada a réussi à apparier environ 87 % de ces fichiers, univers nettement plus précis et complet que ceux de toute autre source (comme l’Enquête sur la population active ou même l’Enquête nationale auprès des ménages). Ce premier billet portera sur certaines des données diffusées dans le tableau cansim 054-0015.

Comme les immigrants considérés dans ces données sont seulement ceux qui ont été admis à partir de 1980, il faut bien comprendre qu’elles ne couvrent pas tous les immigrants, ni même 87 % d’entre eux. Par exemple, elles touchent en 2013 environ 690 000 immigrants ayant produit une déclaration de revenus au moins une fois entre 1982 et 2013, alors que la population immigrante âgée de 15 ans et plus atteignait plus de 900 000 personnes en 2011, selon les données de l’Enquête nationale auprès des ménages). L’univers de ces données couvre donc environ 75 % de l’ensemble des adultes immigrants. Même si ceux qui ne sont pas couverts par ces données présentent des caractéristiques sûrement différentes de celles des personnes couvertes (ils sont par exemple sûrement plus âgés, la plupart d’entre eux ayant été admis avant 1980), ces données permettent une analyse fine de certaines caractéristiques.

Enfin, il faut savoir que les données que j’analyserai dans ce billet portent uniquement sur les 690 000 immigrants contribuables présents au Québec en 2013. Les années présentées sur les graphiques n’indiquent donc pas la situation de cette population au cours de chacune de ces années, mais indique uniquement les années au cours desquelles les 690 000 immigrants contribuables présents au Québec en 2013 ont été admis au pays (c’est cet aspect de ces données qui m’a pris longtemps à comprendre et qui n’est pas facile à expliquer). Même si ces données sont conçues pour fournir de l’information sur le revenu des immigrants, elles contiennent en fait des données sur de nombreuses autres caractéristiques : région d’origine, scolarité, sexe, connaissance des langues officielles, etc. Et comme Statistique Canada n’a pas accompagné la parution de ces données d’une analyse, aucun média n’en a parlé.

Région d’origine

Le premier graphique présente l’évolution des régions d’origine des immigrants présents au Québec en 2013 selon l’année de leur admission.

revenus immigrants1

La première observation qui saute aux yeux est la chute de la proportion d’immigrants provenant de l’Asie, de l’Australasie et du Pacifique (ligne rouge) dès la deuxième année de cette série, soit en 1981. Le graphique montre aussi que cette proportion a aussi diminué graduellement entre le début des années 1990 et 2013 (de 27 % en 1994 à 14 % en 2013). Le niveau fort élevé de 1980 s’explique sûrement par l’admission au Québec de quelque 13 000 «boat people», ou réfugiés de la mer, venus du Vietnam entre 1979 et 1981. De même, le fort niveau d’immigrants venus de l’Amérique du Sud (ligne jaune, région que Statistique Canada nomme en fait «Amérique du Sud, Groenland et quelques îles de la côte Pacifique et Atlantique des États-Unis») dans les années 1980 n’est sûrement pas étranger avec l’admission importante de Chiliens à l’époque, mais aussi d’autres pays de cette région. Avec de 20 % à 25 % de l’immigration récente, cette région constitue encore une source importante d’immigration. Si l’immigration provenant de l’Europe continentale (ligne rouge vin) est demeurée entre 15 % et 30 % de l’immigration tout au long de la période, celle issue de la Grande-Bretagne et des États-Unis n’a jamais dépassé 3 % du total. Mais, il demeure que c’est l’immigration en provenance de l’Afrique et du Moyen-Orient (ligne bleue) qui a le plus augmenté, passant d’à peine 12 % des immigrants actuels admis en 1980 à près de 40 % de l’immigration récente pour occuper le premier rang des régions d’origine chaque année à compter de 1998. Notons que la pointe observée de 1988 à 1992 correspond à une période de forte immigration provenant du Liban.

Connaissance du français

Le deuxième graphique que j’ai préparé montre l’évolution de la proportion des immigrants connaissant le français (uniquement le français ou le français et l’anglais) selon la région d’origine. La ligne bleue foncée (total) montre que la proportion d’immigrants connaissant le français a grandement augmenté depuis 1980, cette proportion étant passée de 29,5 % cette année-là (les «boat people» ayant été peu nombreux à connaître le français, comme le montre la ligne jaune) à 44 % l’année suivante, puis à seulement 40 % en 1997. Par la suite cette proportion a augmenté de façon graduelle pour se situer entre 65 % et 75 % de 2007 à 2013.

revenus immigrants2

La hausse du niveau de connaissance du français à partir de 1997 est à la fois due à une augmentation de cette connaissance chez les immigrants de toutes les régions (même chez ceux provenant de l’Asie et du Royaume-Uni, lignes jaune et verte avec une double flèche) et de l’augmentation de la proportion de l’immigration provenant de l’Afrique et du Moyen-Orient, où la connaissance du français atteint la proportion la plus élevée avec celle provenant de l’Europe continentale (immigration provenant sûrement en grande partie de la France).

Niveau de scolarité

Un autre grand changement dans les caractéristiques des immigrants habitant le Québec en 2013 est la forte augmentation du niveau de scolarité des immigrants.

revenus immigrants3

Le graphique montre clairement la baisse spectaculaire du pourcentage d’immigrants n’ayant aucune scolarité (ligne bleue) ou au plus un DES (ligne rouge), d’un total de près de 80 % en 1980 à moins de 30 % (28 %) en 2013. À l’inverse, c’est du côté de la proportion d’immigrants ayant au moins un baccalauréat (ligne verte) que la hausse fut la plus importante, celle-ci étant passée de seulement 5 % en 1980 à plus de 45 % en 2013 (proportion neuf fois plus élevée!). Quoique moins spectaculaire, la hausse de la proportion de diplômés postsecondaires (ligne jaune) est tout de même fort notable (de 15 % en 1980 à 26 % en 2013).

Revenu moyen

Le revenu moyen (cette moyenne est calculée uniquement chez les personnes qui ont un revenu, soit en moyenne 75 % d’entre elles) varie énormément avec le temps et en fonction de la région d’origine.

revenus immigrants4

On peut en effet voir que le revenu des immigrants présents au Québec en 2013 qui ont été admis en 1980 est beaucoup plus élevé que celui des immigrants qui ont été admis en 2013. Il est en moyenne 2,2 fois plus élevé (2,4 fois pour les femmes et 2,1 fois pour les hommes, données non illustrées dans le graphique). Ensuite, le niveau de revenu est beaucoup plus élevé peu importe l’année d’admission pour les immigrants provenant du Royaume-Uni (ligne bleue pâle), des États-Unis (ligne verte) et de l’Europe continentale (ligne rouge vin) que pour ceux venant des autres régions du monde. Cette différence est en outre beaucoup plus marquée pour ceux qui viennent d’être admis que pour ceux admis depuis plus de 25 ans. On voit d’ailleurs que le revenu moyen des personnes originaires de l’Afrique et du Moyen-Orient (ligne bleue foncée) admis avant 1991 est très semblable à celui des immigrants admis des États-Unis et de l’Europe continentale. Il est difficile de conclure sur ces différences, car les caractéristiques des immigrants ont changé considérablement selon l’année d’admission, comme on l’a vu auparavant, tant sur le plan de la connaissance du français que de la scolarité (entre autres). Il est donc hasardeux de prévoir comment évoluera le revenu des immigrants récents dans 10 ou 20 ans, sauf de dire qu’il augmentera sûrement!

Proportion avec un revenu d’emploi selon le sexe

Le dernier graphique que je présente dans ce billet indique la proportion d’hommes et de femmes ayant un revenu d’emploi.

revenus immigrants5

L’insertion en emploi est en effet un des principaux problèmes vécus par les immigrants. Ce graphique est toutefois difficile à interpréter, car les immigrants admis depuis plus longtemps sont bien sûr plus âgés et plus susceptibles d’avoir pris leur retraite, ce qui explique sûrement que leur proportion avant un revenu d’emploi est plus faible que ceux qui ont été admis depuis cinq à 10 ans. Cela dit, quelques constats s’imposent :

  • l’intégration au marché du travail prend en général de trois à cinq ans;
  • elle est vraiment difficile lors de l’année d’admission;
  • l’écart entre l’intégration au marché du travail des hommes et des femmes est beaucoup plus élevé chez les immigrants plus récents que chez ceux au pays depuis longtemps; ainsi la différence entre la proportion des hommes et des femmes qui ont déclaré un revenu d’emploi en 2013 est inférieure à 10 points de pourcentage chez les immigrants admis au pays entre 1981 et 2002, se situe entre 10 et 20 points chez les personnes admises entre 2003 et 2011, et est supérieure à 20 points pour celles qui ont immigré en 2012 et 2013;
  • alors que cette différence est la plus élevée chez les immigrants admis en 1980 parmi ceux provenant du Royaume-Uni (!), elle l’est, et de loin, chez les immigrants admis entre 2008 et 2013 parmi ceux provenant de l’Afrique et du Moyen-Orient.

Et alors…

Les cinq angles que j’ai présentés dans ce billet ne sont qu’une partie de ceux qu’on peut exploiter avec ce tableau. J’en aborderai quelques autres tirés d’un autre tableau dans mon prochain billet. Cela dit, ces cinq graphiques permettent déjà de constater la très grande différence entre les caractéristiques des immigrants selon leur année d’admission. Certains de ces changements sont nettement positifs, d’autres le semblent moins. Certaines années se démarquent par la spécificité des caractéristiques des immigrants, comme les années où les «boat people», les Chiliens ou les Libanais ont été admis. On remarquera que, malgré ces spécificités, leur intégration au marché du travail ne semble nullement en avoir souffert à long terme! Cela devrait nous réjouir quant au sort des réfugiés que nous accueillerons au cours des prochaines années!

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4 commentaires leave one →
  1. 28 janvier 2016 13 h 25 min

    C’est instructif pour savoir avec quoi se comble notre sous-natalité depuis 1981, après 10 ans de présence, en matière de renouvellement de notre force de travail et de régénération.

    Je retiens trois moments forts : boat people, Chiliens et Libanais et un courant fort, Afrique et Moyen-Orient.

    Tardivement, Le PLQ aurait-il du écouter davantage feu Jacques Henripin (1926-2013) ?

    http://classiques.uqac.ca/contemporains/henripin_jacques/naitre_ou_ne_pas_etre/naitre_ou_ne_pas_etre.html

    Il était l’ invité d’un des 12 ateliers au congrès du PLQ au printemps 2008.

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/179306/congres-du-plq-charest-fait-face-a-ses-militants

    J'aime

  2. 28 janvier 2016 13 h 40 min

    Je ne crois pas que nous ayons les mêmes vues sur cette question…

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