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Les caractéristiques des immigrants au Québec (2)

30 janvier 2016

revenus immigrantsJe poursuis mon analyse des données que Statistique Canada a publié récemment dans ces trois tableaux cansim sur le revenu des immigrants, analyse que j’ai amorcée plus tôt cette semaine.

Je rappelle que ces données proviennent de l’appariement d’un «fichier administratif sur les immigrants reçus au fichier sur la famille T1», soit aux données des déclarations de revenus. Statistique Canada a réussi à apparier environ 87 % de ces fichiers, univers nettement plus précis et complet que ceux de toute autre source (comme l’Enquête sur la population active ou même l’Enquête nationale auprès des ménages).

Comme les immigrants considérés dans ces données sont seulement ceux qui ont été admis à partir de 1980, il faut bien comprendre qu’elles ne couvrent pas tous les immigrants, ni même 87 % d’entre eux. Par exemple, elles touchent en 2013 environ 690 000 immigrants ayant produit une déclaration de revenus au moins une fois entre 1982 et 2013, alors que la population immigrante âgée de 15 ans et plus atteignait plus de 900 000 personnes en 2011, selon les données de l’Enquête nationale auprès des ménages). L’univers de ces données couvre donc environ 75 % de l’ensemble des adultes immigrants. Même si ceux qui ne sont pas couverts par ces données présentent des caractéristiques sûrement différentes de celles des personnes couvertes (ils sont par exemple sûrement plus âgés, la plupart d’entre eux ayant été admis avant 1980), ces données permettent une analyse fine de certaines caractéristiques.

Enfin, il faut savoir que les données que j’analyserai dans ce billet portent uniquement sur les 690 000 immigrants contribuables présents au Québec en 2013. J’avais au début prévu consacrer ce deuxième billet aux données du tableau cansim 054-0024, mais j’ai constaté qu’elles ne permettent pas d’aborder tous les sujets qui m’intéressent le plus. J’utiliserai donc encore les données du tableau cansim 054-0015 en plus de celles du tableau 054-0024 (mais seulement pour le quatrième graphique de ce billet).

Dans le premier billet de cette série, j’ai présenté un graphique simple montrant que l’écart entre l’intégration au marché du travail des hommes et des femmes est beaucoup plus élevé chez les immigrants plus récents que chez ceux au pays depuis longtemps. Comme cette question est primordiale en matière d’immigration, ce billet sera entièrement consacré à l’approfondir en tentant de découvrir les facteurs qui peuvent expliquer le plus ces écarts de plus en plus importants.

Selon la région de provenance

J’en ai parlé brièvement dans le premier billet, mais je crois préférable de montrer un graphique qui illustre clairement les écarts d’intégration entre les femmes et les hommes (soit la différence entre la proportion de femmes et d’hommes qui ont eu des revenus de travail en 2013) selon les régions de provenance des immigrants. Comme ces écarts sont plus importants chez les immigrants récents, ce graphique présente les données pour les immigrants admis au cours des cinq dernières années de la période, soit de 2009 à 2013.

revenus immigrants1-1

Ce graphique montre que cet écart (en moyenne de 19,3 points de pourcentage) est le plus grand chez les immigrants provenant de l’Afrique et du Moyen-Orient (24,9 points, seule région où cet écart est supérieur à la moyenne), puis de l’Asie, Australasie et Pacifique (17,9 points), et de l’Amérique du Sud (16,2 points). Cet écart est nettement moindre, quoique pas du tout négligeable, chez les immigrants provenant du Royaume-Uni (13,3 points), de l’Europe continentale (13,2 points) et des États-Unis (12,2 points). Notons que le premier rang des immigrants provenant de l’Afrique et du Moyen-Orient correspond tout à fait à l’analyse que j’ai faite il y a plus de deux ans sur la situation sur le marché du travail des femmes arabes. S’il est intéressant d’avoir pu ainsi trouver un premier facteur explicatif (quoique l’examen des données ne suffit pas à expliquer les raisons pour lesquelles les femmes provenant de l’Afrique et du Moyen-Orient sont si pénalisées sur le marché du travail), il est clair que les écarts de plus de 10 points même chez les immigrants provenant de régions où ils sont bien moindres (comme les États-Unis et l’Europe) doivent être dus à d’autres facteurs.

Niveau de scolarité

Le deuxième graphique montre la différence de la répartition du niveau de scolarité lors de l’année d’admission entre les femmes qui ont eu des revenus de travail en 2013 et celles qui n’en ont pas eus. Comme les données pour les quatre dernières années (2010 à 2013) ne sont pas disponibles (elles seraient en révision), j’ai utilisé les données publiées des cinq années les plus récentes, soit de 2005 à 2009.

revenus immigrants1-2

Ce graphique nous indique que les femmes sans scolarité représentent 3 % de celles qui ont eu un revenu d’emploi en 2013, mais 6 % de celles n’en ayant pas eu. Celles qui n’ont qu’un diplôme d’études secondaires (DES) ou moins sont aussi nettement plus présentes chez les femmes n’ayant pas eu de revenus d’emploi (35 % d’entre elles) que chez elles en ayant eu un (27 %). S’il n’y a pas de différence significative dans la proportion de femmes qui ont un diplôme postsecondaire parmi celles ayant ou n’ayant pas eu de revenus d’emploi, on voit que la proportion de femmes titulaires d’un diplôme universitaire est nettement plus grande chez les immigrantes ayant eu un revenu d’emploi en 2013 (44 %) que chez celles n’en ayant pas eu (36 %). On notera ici que le taux de titulaires d’un diplôme universitaire parmi les immigrantes est très élevé, ce qui pourrait étonner. Finalement, même si ce graphique nous montre un autre facteur explicatif du niveau d’intégration des femmes au marché du travail, il n’explique en rien les importants écarts de cette intégration entre les hommes et les femmes, car leur niveau de scolarité et son impact sur l’intégration au marché du travail sont très semblables chez les membres des deux sexes.

Connaissance des langues officielles

Le troisième graphique, de la même façon que le précédent, montre la différence de la connaissance des langues officielles lors de leur admission entre les femmes qui ont eu des revenus de travail en 2013 et celles qui n’en ont pas eus.

revenus immigrants1-3

On sera peut-être étonné (certains le seront sûrement!) de constater que les immigrantes ne connaissant que l’anglais (ce qui n’exclut bien sûr pas la connaissance de langues autres que le français et l’anglais) sont proportionnellement plus nombreuses parmi celles n’ayant pas eu de revenu d’emploi en 2013 (18 %) que parmi celles qui en ont eu un (15 %). Celles qui connaissent le français, mais pas l’anglais, sont également représentées (30 %) parmi les deux groupes. Par contre, la connaissance du français et de l’anglais favorise énormément l’intégration au marché du travail, les immigrantes bilingues (dont un grand nombre sont sûrement au moins trilingues) représentant une bien plus forte proportion de celles qui ont eu un revenu d’emploi en 2013 (45 %) que de celles qui n’en ont pas eu (33 %). Finalement, les immigrantes qui ne connaissent ni le français ni l’anglais sont au moins deux plus représentées chez celles qui n’ont pas eu de revenus d’emploi (19 %) que chez celles qui en ont eu (9 %). Encore une fois, même si la connaissance des langues officielles est un autre facteur explicatif important de l’intégration des femmes au marché du travail, il n’explique en rien les importants écarts de cette intégration entre les hommes et les femmes, car leur connaissance des langues officielles et son impact sur l’intégration au marché du travail sont très semblables chez les membres des deux sexes.

L’âge

L’âge lors de l’admission au pays est aussi un facteur important pour expliquer l’intégration au marché du travail.

revenus immigrants1-4

Le quatrième graphique montre éloquemment que les immigrantes âgées de 55 ans et plus sont beaucoup plus représentées chez celles qui n’ont pas eu de revenus d’emploi (9,3 %) que chez celles qui en ont eu (1,9 %). Encore une fois, comme ce phénomène est le même et de la même ampleur chez les hommes, il n’explique en rien les importants écarts de cette intégration entre les hommes et les femmes.

La catégorie d’admission

Je me demande pourquoi j’ai gardé ce facteur pour la fin… Dans les tableaux de Statistique Canada, cette variable est composée de 15 catégories d’admission différentes. Pour les deux graphiques qui suivent, j’ai isolé les trois catégories les plus importantes (regroupement familial, travailleurs qualifiés, demandeurs principaux et travailleurs qualifiés, conjoints et personnes à charge), qui comptent pour 84 % des immigrants et 82 % des immigrantes, ai regroupé quatre catégories de réfugiés (parrainées par le gouvernement et par le secteur privé, admis au Canada et personnes à charge) et n’ai pas inclus les autres catégories (gens d’affaires, aides familiaux résidents, etc.), car comptant trop peu de personnes pour avoir un rôle significatif. Au total, les catégories retenues comptent pour 91,6 % des immigrantes et 92,1 % des immigrants couverts par ces données. Le premier graphique montre la répartition de tous les immigrants et immigrantes admis entre 2009 et 2013 selon les quatre catégories retenues. Le deuxième montre la proportion d’immigrants et d’immigrantes ayant eu des revenus de travail en 2013 selon la catégorie d’admission.

revenus immigrants1-5

revenus immigrants1-6

Le premier graphique indique que la proportion des hommes qui ont été reçus comme demandeurs principaux (50 %) est beaucoup plus élevée que la proportion des femmes dans cette catégorie (31 %). Or, le deuxième graphique montre que, pour les hommes (80 % par rapport à leur moyenne de 75 %) et encore plus pour les femmes (69 % par rapport à leur moyenne de 56 %), il s’agit de la catégorie où la proportion de personnes ayant eu des revenus de travail en 2013 est la plus élevée. C’est aussi la catégorie où l’écart de cette proportion entre les hommes et les femmes est la moins élevée (10,9 points de pourcentage par rapport à la moyenne de 19,3 points). À l’inverse, la proportion de femmes est plus élevée que celle des hommes dans les trois autres catégories (regroupement familial, conjoints et personnes à charge, et réfugiés) où la proportion de personnes ayant eu un revenu d’emploi en 2013 est inférieure à la moyenne. On notera finalement que c’est dans la catégorie du regroupement familial que la différence entre la proportion des hommes et des femmes qui ont un revenu d’emploi est la plus élevée (28,4 points de pourcentage), alors que c’est aussi la catégorie où la proportion de femmes est la plus élevée par rapport à celles des hommes (28 % par rapport à 17 %).

Et alors…

Il est clair pour moi que la différence de la proportion d’hommes et de femmes dans les catégories d’admission est le facteur qui explique le plus l’écart du pourcentage de personnes ayant eu un revenu d’emploi en 2013 entre les immigrants et les immigrantes entre 2009 et 2013. À ce facteur principal s’ajoute aussi la plus grande proportion d’immigrants provenant de l’Afrique et du Moyen-Orient au cours des dernières années.

revenus immigrants1-7D’ailleurs, comme le montre le tableau ci-contre, ces deux facteurs ont des effets cumulatifs qu’on peut même qualifier d’intersectionnels. On peut y voir que, parmi les immigrants qui proviennent de l’Afrique et du Moyen-Orient, le pourcentage qui sont admis en tant que demandeurs principaux est nettement plus élevé que pour les immigrants des autres régions (59 % par rapport à 45 %), mais que c’est exactement l’inverse pour les immigrantes provenant de la même région. En effet, seulement 29 % d’entre elles appartenait à cette catégorie, soit moins que les immigrantes des autres régions (32 %) et surtout la moitié moins que les hommes de leur région. Il en est de même de l’écart entre la proportion de femmes et d’hommes admis dans la catégorie des demandeurs principaux qui ont des revenus d’emploi : cet écart est de 14 points pour les personnes admises en provenance de l’Afrique et du Moyen-Orient, soit quatre points de plus qu’entre les femmes et les hommes admis des autres régions.

Même si ce dernier exemple montre de façon encore plus nette que ces deux facteurs sont ceux qui expliquent le plus les écarts entre les immigrants et les immigrantes du pourcentage de personnes qui ont des revenus d’emploi, il est clair que bien d’autres facteurs jouent un rôle dans l’intégration sur le marché du travail, les plus importants étant le niveau de scolarité et la connaissance du français et de l’anglais. L’âge aussi joue un rôle, mais cela n’est absolument pas spécifique aux immigrants!

Comme j’ai concentré ce billet sur un seul angle abordé par ces données, j’ai dû en négliger d’autres. Cela me force à prolonger cette série!

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5 commentaires leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    31 janvier 2016 19 h 50 min

    Ce n’est pas parce que je n’ai pas commenté ces 2 billets que le sujet ne m’intéresse pas.Si tu as de la matière pour un 3e, vas-y!.

    Aimé par 1 personne

  2. 31 janvier 2016 21 h 18 min

    Je suis en train d’y travailler. Il sera toutefois moins long que les précédents. Je ne crois pas que ce soit un défaut!

    J'aime

  3. Richard Langelier permalink
    31 janvier 2016 22 h 27 min

    Dans les p’tits pots, les meilleurs onguents.

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  4. 1 février 2016 5 h 46 min

    Mes pots ne doivent pas habituellement contenir les meilleurs! 😉

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