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Les caractéristiques des immigrants au Québec (3)

3 février 2016

revenus immigrantsJe poursuis ma série sur l’analyse des données que Statistique Canada a publiées récemment dans trois tableaux cansim sur le revenu des immigrants. Je rappelle que ces données proviennent de l’appariement d’un «fichier administratif sur les immigrants reçus au fichier sur la famille T1», soit aux données des déclarations de revenus. Statistique Canada a réussi à apparier environ 87 % de ces fichiers, univers nettement plus précis et complet que ceux de toute autre source (comme l’Enquête sur la population active ou même l’Enquête nationale auprès des ménages).

Comme les immigrants considérés dans ces données sont seulement ceux qui ont été admis à partir de 1980, il faut bien comprendre qu’elles ne couvrent pas tous les immigrants, ni même 87 % d’entre eux. Par exemple, elles touchent en 2013 environ 690 000 immigrants présents au Québec cette année-là ayant produit une déclaration de revenus au moins une fois entre 1982 et 2013, alors que la population immigrante âgée de 15 ans et plus atteignait plus de 900 000 personnes en 2011, selon les données de l’Enquête nationale auprès des ménages). L’univers de ces données couvre donc environ 75 % de l’ensemble des adultes immigrants. Même si ceux qui ne sont pas couverts par ces données présentent des caractéristiques sûrement différentes de celles des personnes couvertes (ils sont par exemple sûrement plus âgés, la plupart d’entre eux ayant été admis avant 1980), ces données permettent une analyse fine de certaines caractéristiques.

Ce dernier billet de la série portera sur quelques aspects qui n’ont pas été abordés dans les deux premiers billets, soit sur les catégories d’admission ainsi que sur les types de revenus touchés par les immigrants. Encore une fois, j’utiliserai les données du tableau cansim 054-0015.

La catégorie d’admission

Dans le précédent billet, j’ai montré l’impact important de la catégorie d’admission sur la proportion d’immigrants et d’immigrantes présents au Québec en 2013 qui touchaient un revenu de travail. J’ai même calculé par la suite qu’elle aurait été l’écart entre les proportions d’hommes et de femmes qui touchent des revenus de travail si les femmes avaient été admises dans les différentes catégories d’admission dans les mêmes proportions que les hommes : cet écart serait passé de 19,3 % à 15,2 %. Comme ce facteur est de première importance, je me suis dit qu’il serait intéressant de voir comment il a évolué en fonction des années d’admission.

Le graphique qui suit montre les proportions de cinq groupes de catégories d’admission en fonction de l’année d’admission. Comme cette variable est composée de 15 catégories d’admission différentes et qu’un graphique les présentant toutes serait illisible, j’ai isolé les trois catégories les plus importantes (regroupement familial, travailleurs qualifiés – demandeurs principaux et travailleurs qualifiés – conjoints et personnes à charge), ai regroupé quatre catégories de réfugiés (parrainés par le gouvernement et par le secteur privé, admis au Canada et personnes à charge) et les autres catégories (gens d’affaires, candidats des provinces, aides familiaux résidants, programme d’élimination de l’arriéré, programme d’examen administratif, cas d’ordre humanitaire, etc.). Je vais tenter d’expliquer les mouvements de chacun des cinq groupes retenus.

revenus immigrants3-1

– Réfugiés (ligne verte) : De 46 % en 1980 (en raison de l’admission de quelque 13 000 «boat people», ou réfugiés de la mer, venus du Vietnam entre 1979 et 1981), la proportion de réfugiés parmi les immigrants est passée à 21 % en 1981, a atteint un creux de 12 % en 1989, a connu une hausse importante par la suite pour atteindre 32 % en 1991 (en raison de l’admission de réfugiés en provenance de nombreuses régions, dont du Liban, de l’Amérique du Sud, et même de l’Asie et de l’Europe continentale) pour ensuite diminuer à 15 % en 2002 et se stabiliser à ce niveau jusqu’en 2006. Cette proportion est par la suite passée sous la barre des 15 % en 2007, l’année suivant l’arrivée des conservateurs au pouvoir, et même sous celle des 10 % de 2010 à 2013. Ce gouvernement a en effet adopté de nombreuses mesures pour rendre plus difficile l’accueil des réfugiés, leur enlevant même l’accès à des soins de santé et à l’aide sociale, et prévoyant des périodes de détention dans bien des casles demandeurs d’asile envoyés en détention à leur arrivée sont aussi nombreux : en moyenne 9000 par an»).

– Regroupement familial (ligne bleue) : La première pointe de cette catégorie s’observe de 1983 à 1986, sa proportion ayant même atteint 40 % des admissions (des immigrants présents au Québec en 2013, je le rappelle) en 1983. Cette pointe est un peu artificielle, étant due à la baisse du nombre total d’admissions et non pas à une augmentation significative de leur nombre. La deuxième pointe de cette catégorie s’observe en 1993 et en 1994 (avec respectivement 43 % et 47 % des immigrants admis), années qui suivent la forte hausse des admissions dans la catégorie «autres» (j’y reviendrai). Il est fort possible que ce soit ces «autres» qui aient fait venir des membres de leur famille après avoir été admis (d’ailleurs, les régions de provenance de ces «autres» en 1991 et 1992 correspondent aux régions qui ont connu les plus fortes hausses dans la catégorie regroupement familial en 1993 et 1994). Si leur nombre a cette fois augmenté en nombre absolu, la hausse de leur proportion est encore une fois due en bonne partie à une baisse du nombre total d’immigrants admis. La proportion des membres de cette catégorie a ensuite diminué pour se stabiliser entre 20 % et 25 % entre 2002 et 2012 et remonter quelque peu à 28 % en 2013.

– Travailleurs qualifiés – demandeurs principaux (ligne rouge) : Se situant la plupart du temps au troisième rang des catégories de 1980 à 1997, la proportion des membres de cette catégorie a soudainement commencé à augmenter les années suivantes pour prendre le premier rang en 2000 et ne jamais le perdre, creusant au contraire son avance pour représenter environ 40 % des immigrants admis de 2009 à 2013. Cette évolution correspond tout à fait aux politiques d’immigration des gouvernements fédéral et provincial qui tentent d’arrimer davantage l’immigration aux besoins du marché du travail (pour ne pas dire des employeurs). On notera que l’augmentation de la proportion de cette catégorie parmi les immigrants admis correspond tout à fait à celle de la proportion d’immigrants titulaires de diplômes universitaires (voir le troisième graphique du premier billet de cette série).

– Travailleurs qualifiés – conjoints et personnes à charge (ligne jaune) : Alors que la proportion de membres de cette catégorie suit d’assez près celle de la précédente de 1980 à 1998, elle demeure assez stable par la suite, ne suivant pas la hausse de la proportion des demandeurs principaux. À moins que cela montre que les deux conjoints soient plus souvent admis ensemble comme demandeurs principaux, je n’ai pas vraiment d’hypothèse pour expliquer l’écart grandissant entre le nombre d’immigrants admis comme demandeurs principaux et comme conjoints et personnes à charge.

– Autres (ligne rouge vin) : Gravitant la plupart des années entre 5 % et 10 % du total d’immigrants admis, les membres de ce regroupement de catégories a connu deux pointes importantes. La première, qui a porté leur proportion à 21 % en 1986 et à 27 % en 1987, provient essentiellement du «programme d’examen administratif», un programme temporaire en vigueur de 1983 à 1985 qui donnait «aux demandeurs la possibilité de soumettre leur demande dans l’anonymat, à travers un représentant, pour le processus initial d’évaluation». La soumission ayant été faite de 1983 à 1985, il n’est pas étonnant, compte tenu des délais de traitement, que les admissions se soient réalisées en 1986 et 1987. La deuxième pointe, bien plus forte, a porté leur proportion à 32 % en 1991 et à 29 % en 1992. Elle provenait du «programme d’élimination de l’arriéré», établi parce que «La Commission de l’immigration et du statut de réfugié a évalué qu’à compter de décembre 1988 il y avait 85,000 demandes représentant 102,000 personnes à décider en vertu de l’ancien système de détermination. Le Programme d’élimination de l’arriéré était destiné à éliminer les cas en attente dans une période de deux ans». Je connaissais ce programme, mais m’imaginais qu’il avait plutôt eu ses plus grands effets vers 1994 et 1995, compte tenu des accusations des indépendantistes qui prétendaient que Immigration Canada avait accéléré l’attribution de certificats d’immigration juste avant le référendum. Cela est peut-être vrai, mais les données montrent des taux d’admission bien supérieurs de 1990 à 1993 qu’en 1994 et en 1995.

Types de revenus

Ces données présentent cinq types de revenus : d’emploi, d’emploi autonome, de placements (dividendes, intérêts, autres revenus de placements et gains en capital imposables), d’assurance-emploi et d’aide sociale. Même si l’information n’est pas précise à cet effet, il semble, d’après les données du tableau 054-0024, que les revenus de retraite (RRQ, pension de vieillesse, etc.) soient compris dans les revenus d’aide sociale.

J’ai préparé un graphique sur ces revenus en fonction de l’année d’admission, mais comme il n’ajoute pas grand-chose à d’autres graphiques présentés dans le premier billet (si ce n’est que la proportion d’immigrants ayant des revenus de placement augmente en fonction de la durée de la présence au Québec depuis leur admission, ce qui n’a rien d’étonnant), j’ai choisi de plus simplement en présenter un autre.

revenus immigrants3-3

Ce graphique montre plutôt la proportion d’immigrants ayant reçu des revenus des cinq types décrits plus tôt selon le sexe. Si d’autres graphiques présentés dans les précédents billets, surtout dans le deuxième, avaient déjà indiqué avec bien plus de détails que les hommes sont proportionnellement plus nombreux à avoir reçu des revenus d’emploi, j’ai personnellement été étonné de constater que :

  • les femmes sont proportionnellement aussi nombreuses que les hommes à avoir reçu des revenus de placement (notons toutefois que le revenu qu’elles en ont tiré est bien moindre);
  • elles sont proportionnellement presque aussi nombreuses que les hommes à avoir reçu des prestations d’assurance-emploi, même si elles étaient proportionnellement bien moins nombreuses à avoir touché des revenus d’emploi, donc à avoir pu satisfaire aux critères d’admissibilité de ces prestations (d’autant plus que les femmes travaillent beaucoup plus souvent à temps partiel); cela pourrait s’expliquer par une plus grande précarité de leurs emplois;
  • elles sont à peine plus nombreuses proportionnellement à avoir touché des prestations d’aide sociale (quoique, si les prestations de retraite sont effectivement comprises dans ce type de revenu, comme je le pense, ce serait moins étonnant).

Et alors…

Ce billet met fin à ma courte série de trois billets sur les données publiées par Statistique Canada sur les revenus et les caractéristiques des immigrants. Je pourrais bien sûr poursuivre en découpant davantage les variables, mais je crois que les données que j’ai analysées ont permis de dégager les principaux constats qu’on peut en tirer.

Nous ne savons pas encore tout sur ces personnes qui viennent se joindre à nous, mais je crois que l’analyse de ces données nous a permis d’en savoir plus!

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