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L’évolution du taux d’emploi selon l’année de naissance

10 février 2016

emploi_cohortesEn lisant une étude publiée récemment (même si elle date de 2013) par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), j’ai vu des graphiques (aux pages 4 et 5) qui m’ont donné l’idée de ce billet. En effet, on compare habituellement l’évolution des données sur l’emploi par tranche d’âge (comme je l’ai fait dans ces graphiques et ce tableau), soit avec des données qui ne se rapportent pas aux mêmes personnes (par exemple, celles âgées de 15 à 19 ans en 1976 ne sont pas les mêmes que celles qui ont cet âge en 2015…), tandis que les graphiques de cette étude les analysent en suivant des cohortes selon leurs années de naissance, donc avec des données qui se rapportent sensiblement aux mêmes personnes (si ce n’est les effets de la mortalité et des migrations). J’ai trouvé l’idée intéressante, car elle permet à la fois de mieux comprendre l’évolution de ces données au cours d’une vie et de savoir si cette évolution a changé (et à quel point) entre les générations.

La principale limite de cette façon de faire est la disponibilité restreinte des données. En effet, comme les données comparables sur l’emploi ne datent que de 40 ans (1976), on ne peut pas vraiment suivre plusieurs générations de leur entrée sur le marché du travail à leur retraite, en fait pas même une, car la durée de l’emploi des personnes qui font partie d’une même cohorte s’étend sur bien plus de 40 ans, certaines arrivant sur le marché du travail à 15 ans et d’autres étant toujours sur le marché du travail à 70 ans, 55 ans plus tard.

Mais, cette méthode permet tout de même de découvrir des changements importants dans les comportements entre les générations. Tous les graphiques de ce billet ont été réalisés à l’aide du tableau cansim 282-0002.

Le taux d’emploi des hommes de 40 à 69 ans

Le premier graphique compare le taux d’emploi des hommes à partir de leur quarantième anniversaire.

emploi_cohortes1

Ce graphique nous montre que les comportements des différentes cohortes d’hommes nés entre 1931 et 1965 ont peu changé entre leur 40ème année et leur 59ème. Par contre, on peut voir que les taux d’emploi des hommes ont systématiquement augmenté quand ils ont atteint entre 60 et 64 ans et entre 65 et 69 ans, entre les cohortes des hommes nés de 1931 à 1935 (ligne bleue, la plus basse), nés de 1936 à 1940 (ligne rouge, la deuxième plus basse), entre 1941 et 1945 (ligne jaune), entre 1946 et 1950 (ligne verte) et finalement entre 1951 et 1955 (ligne rouge vin). En plus, comme le taux d’emploi des hommes nés entre 1956 et 1960 est le plus élevé des six cohortes lorsqu’ils sont âgés de 55 à 59 ans, il est fort possible qu’ils conservent ce premier rang quand ils atteindront la soixantaine.

On peut expliquer cette hausse par de nombreux facteurs, notamment par la hausse de l’espérance de vie en santé, l’augmentation de la scolarité (qui fait en sorte qu’on entre plus âgé sur le marché du travail, mais qu’on le quitte à un âge plus avancé, d’autant plus que les personnes plus scolarisées occupent en général des emplois moins exigeants physiquement) et le manque d’épargne pour prendre sa retraite.

Le taux d’emploi des femmes

– de 40 à 69 ans

Le graphique que j’ai produit de la même façon avec les données sur le taux d’emploi des femmes est encore plus révélateur…

emploi_cohortes2

Sur les 39 données illustrées sur ce graphique, il n’y en a qu’une qui ne montre pas une amélioration du taux d’emploi des femmes entre chaque cohorte de cinq ans. Ce graphique est pour moi la façon la plus nette d’illustrer cette amélioration. Par exemple, le taux d’emploi des femmes âgées de 40 à 44 ans est passé graduellement de 50,3 % chez celles nées de 1931 à 1935, à 57,5 % chez celles nées de 1936 à 1940, puis à 64 %, à 74 %, à 73 % (la fameuse donnée qui ne montre pas d’amélioration), à 76,3 % et finalement à 78,5 % chez celles nées de 1961 à 1965.

Les facteurs de croissance du taux d’emploi que j’ai mentionnés pour les hommes (espérance de vie, scolarité et manque d’épargne) ont sûrement joué ici aussi, mais n’expliquent pas à eux seuls que la hausse fut aussi forte chez les femmes âgées de 40 à 55 ans, surtout pas la hausse de l’espérance de vie et le manque d’épargne! En fait, ces hausses s’expliquent davantage par l’abolition de barrières sociales (dont certaines carrément discriminatoires) au cours des 40 dernières années. D’ailleurs, l’écart entre le taux d’emploi des hommes âgés de 40 à 45 ans et celui des femmes du même âge est passé de 41 points de pourcentage dans la population née de 1931 à 1936 à neuf points chez celle née de 1961 à 1965. On peut saluer cette évolution, tout en déplorant que l’écart soit encore important.

Cette présentation permet aussi d’expliquer plus facilement la forte hausse du taux d’emploi chez les femmes les plus âgées. Ce type de graphique permet en effet de mieux comprendre ce phénomène, qui devient bien aussi plus simple à expliquer. En fait, on voit bien que le taux d’emploi des femmes n’augmente pas avec l’âge (comme certains commentateurs le laissent penser en parlant de la hausse du taux d’emploi chez les femmes âgées de 55 ans et plus), mais qu’il diminue. Cependant, comme il part de plus haut que pour la cohorte précédente, il demeure plus haut, même s’il a baissé. On doit noter à cet effet que l’écart du taux d’emploi des femmes entre les cohortes demeure assez stable pour toutes les tranches d’âge présentées dans ce graphique. Une hausse du taux d’emploi des femmes âgées de 55 à 59 ans est donc en premier lieu le résultat du taux d’emploi plus élevé des femmes âgées de 50 à 54 ans qui, cinq ans plus tard, ont de 55 à 59 ans et qui n’ont pas quitté le marché du travail. Et, qui auront cinq ans plus tard entre 60 et 64 ans et conserveront leur avance sur la cohorte précédente…

– de 20 à 59 ans

J’ai produit un dernier graphique sur l’évolution du taux d’emploi des femmes, mais cette fois pour les cohortes plus jeunes. Je ne pensais pas trouver grand-chose là, le gros du rattrapage s’étant déroulé avant cela. J’ai donc été surpris de quand même y trouver matière à réflexion. Pour ce graphique, j’ai conservé les trois cohortes de cinq ans les plus jeunes du graphique précédent (celles des femmes nées de 1951 à 1965) et ai ajouté les données disponibles de six cohortes encore plus jeunes.

emploi_cohortes3

En fait, si j’ai gardé trois cohortes du précédent graphique, c’est parce que je n’aurais presque rien à dire sur les six cohortes plus jeunes (dont la plus jeune, celle des femmes nées de 1991 à 1995, ne présente qu’un seul point sur ce graphique, soit le vert pâle en forme de sablier dans la tranche d’âge des 20 à 24 ans juste sous la ligne du 70 %). En effet, l’ère des rattrapages semble bel et bien terminée, puisque les taux d’emploi des membres de ces cohortes quand elles atteignent chaque tranche d’âge sont très semblables (entre 75 % et 80 % lorsqu’elles ont de 25 à 44 ans). On notera aussi que les trois cohortes les plus jeunes qui ont atteint la tranche d’âge de 40 à 44 ans (lignes verte, jaune et rouge) ont presque exactement le même taux d’emploi (respectivement 78,8 %, 78,5 % et 78,5 %).

Il en était tout autrement lorsqu’elles avaient entre 25 et 34 ans. En effet, les membres des trois cohortes les plus vieilles (lignes bleue, jaune et rouge) avaient entre 25 et 29 ans un taux d’emploi bien moins élevé que les femmes des quatre cohortes plus jeunes qui ont atteint cette tranche d’âge. La raison la plus probable de ces écarts importants est que les services de garde à contribution réduite n’existaient pas quand les femmes des trois cohortes les plus âgées ont atteint cet âge. Par exemple, les femmes de la plus jeune de ces trois cohortes, celles nées entre 1961 et 1965 (ligne jaune) ont atteint l’âge de 25 ans entre 1986 et 1990, et l’âge de 29 ans entre 1990 et 1994, soit avant l’implantation de ces services en 1997. Par contre, certaines d’entre elles ont pu en bénéficier quand elles avaient entre 30 et 34 ans, ce qui semble expliquer que leur taux d’emploi n’a été qu’un peu inférieur au taux d’emploi des femmes des cohortes plus jeunes. Finalement, la baisse du taux d’activité des femmes nées de 1956 à 1960 quand elles ont atteint la tranche d’âge de 30 à 34 ans pourrait s’expliquer par la récession du début des années 1990 (en plus du fait que les services de garde à contribution réduite n’existaient pas).

Et alors…

Cette façon différente de présenter l’évolution des données sur l’emploi comporte de nombreux avantages sur la façon plus traditionnelle de le faire. Elle permet surtout de mieux comprendre la dynamique de la présence sur le marché du travail par cohorte. Elle est un peu confondante quand on est habitué à observer l’évolution de ces données par tranches d’âge, mais elle permet de suivre le comportement de plusieurs générations tout au long de leur vie active sur le marché du travail.

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