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Les dépenses de santé (1)

24 février 2016

icis1J’ai souvent mentionné à quel point les données des tableaux cansim de Statistique Canada nous permettent d’analyser les questions socio-économiques sous de nombreux angles. Mais, en matière de santé, il n’y a rien comme les données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). Je me suis donc dit qu’il serait intéressant de les utiliser pour une série de billets portant surtout sur celles rendues publiques dans le document Tendances des dépenses nationales de santé, 1975 à 2015. En effet, l’ICIS rend maintenant ces données disponibles en format Excel grâce au lien Tableaux de données sur cette page.

Dans ce premier billet, je me concentrerai sur l’évolution des dépenses de santé en proportion du PIB (les données sur le PIB provenant du tableau cansim 384-0038 et de ce tableau de l’Institut de la statistique du Québec pour l’estimer en 2015) et sur la part des dépenses privées en santé.

Part des dépenses de santé sur le PIB

Le premier graphique montre l’évolution de la part des dépenses de santé (privées et publiques) sur le produit intérieur brut (PIB) entre 1985 et 2015 (où les données des dépenses de santé pour 2014 et 2015 sont des prévisions et la donnée pour 2015 du PIB une estimation faite à partir des données des trois premiers trimestres).

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La forte hausse de la part des dépenses de santé sur le PIB entre 1989 et 1992 est surtout due à la récession que le Québec a connue à cette époque. Ce n’est pas tant le nominateur (les dépenses de santé) qui a augmenté que le dénominateur (le PIB) qui a diminué (ou stagné). La baisse subséquente est en partie due à la reprise (hausse du PIB), mais davantage aux compressions budgétaires adoptées à l’époque. On notera une petite pointe d’augmentation temporaire en 1998, pointe qui sera plus évidente sur deux des prochains graphiques et qui semble due aux sommes engagées par l’État pour inciter les employés de ce secteur à quitter leur emploi, notamment pour prendre leur retraite. La hausse subséquente est à la fois la conséquence d’un rattrapage des dépenses dans ce secteur et d’une hausse réelle de ces dépenses. Le rythme plus important d’augmentation en 2009 est encore une fois dû à une récession. La part des dépenses sur le PIB est ensuite demeurée assez stable malgré une croissance du PIB relativement faible, le vieillissement de la population et la forte hausse de la rémunération des médecins (impact que j’analyserai plus en détail dans le prochain billet de cette série). D’ailleurs, la part des dépenses de santé a diminué d’un point de pourcentage entre 2009 et 2015 dans le reste du Canada, de 11,5 % à 10,5 %, alors qu’elle augmentait de 0,2 point au Québec, de 12,2 % à 12,4 %. Il est certain que le fait que la récession a été plus forte chez eux que chez nous explique en partie cette différence, mais il demeure que la hausse de la rémunération des médecins ne lui est vraiment pas étrangère.

Part des dépenses de santé privées

Le deuxième graphique montre l’évolution de la part des dépenses de santé privées sur les dépenses de santé totales entre 1975 et 2015. D’un plancher de 17,5 % en 1979, cette part a connu une tendance haussière durant presque toute la période qui a suivie pour atteindre près de 30 % de 2010 à 2015. On verra dans le prochain billet les facteurs qui ont le plus contribué à cette hausse. Disons ici seulement que cette hausse est aussi bien le résultat d’une plus forte présence du privé dans certains secteurs de la santé que du gain en importance des secteurs où les dépenses privées ont toujours été plus importantes.

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Part des dépenses de santé privées par affectation de fonds, 2015

Le graphique suivant montre les secteurs de la santé où les dépenses privées de santé étaient les plus importantes en 2015 au Québec, que ces dépenses aient été payées directement ou par une assurance privée. Les dépenses liées aux autres professionnels (surtout les dentistes, mais aussi les optométristes, chiropraticiens et autres) sont celles qui sont proportionnellement les plus payées par les dépenses privées (à 90,9 %). Suivent les médicaments (à 59,5 %), les frais d’administration (qui représentent 4,9 % des dépenses du secteur privé, soit deux fois et demie plus que dans le secteur public – seulement 1,9 % des dépenses publiques, même si on accuse ce secteur de dépenser trop en frais d’administration – probablement en raison des frais d’administration élevés des sociétés d’assurance) et les autres établissements (à 34,7 %, sûrement en raison de la forte présence du privé dans les centres pour les personnes âgées, notamment).

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Le contenu précis de ces catégories d’affectation de fonds sont décrites aux pages 6 à 9 de ce document. On y trouve aussi des précisions sur tous les autres termes utilisées dans ce billet.

Part des dépenses publiques de santé sur le PIB

Le dernier graphique de ce billet montre l’évolution de la part des dépenses publiques sur le PIB. En fait, ce graphique combine les observations des deux premiers graphiques de ce billet, tenant compte à la fois de l’évolution des dépenses totales de santé et de celle des dépenses privées.

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Le premier impact de combiner ces deux phénomènes est de réaliser que l’écart entre le niveau le plus bas de la part des dépenses sur le PIB, soit en 1988, et son niveau en 2015 passe de 3,9 points de pourcentage pour les dépenses totales à seulement 2,1 points pour les dépenses publiques. Cela veut dire que les dépenses privées ont absorbé près de 45 % de la hausse de la part des dépenses de santé sur le PIB, alors qu’elles ne représentaient en 1988 que 23,2 % des dépenses totales de santé. Cela illustre clairement la tendance à la privatisation de notre système de santé. Notons que cette tendance serait encore plus nette si j’avais pu faire partir ce graphique en 1979 (ce que je ne pouvais pas faire, car les données sur le PIB que j’utilise ne commencent qu’en 1981). En effet, les dépenses privées de santé ne représentaient cette année-là que 17,5 % des dépenses totales.

Et alors…

Même s’il peut être frustrant de lire (comme d’écrire…) qu’on verra dans un prochain billet les réponses aux questions les plus importantes d’un sujet, ce premier billet a tout de même permis de déblayer le terrain : oui, la part des dépenses de santé sur le PIB en hausse, mais pas depuis six ans, et cette hausse est presque également partagée entre les secteurs publics et privés, même si la part des dépenses publiques est historiquement bien plus élevée que celle du privé. Mais, il est vrai que le plus intéressant est à venir!

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