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Les caractéristiques des super-riches

5 mars 2016

super-richesL’édition de 2016 du classement des milliardaires du magazine Forbes a été diffusée plus tôt cette semaine. On y apprend que, pour la première fois depuis 2009 (cette année-là en raison de la récession), le nombre de milliardaires sur Terre a légèrement diminué entre l’édition de 2015 et celle de 2016, de 1826 à 1810, une baisse de 0,9 %, et que leur richesse cumulative a diminué de 570 milliards $ pour s’établir à 6480 milliards $, une baisse plus significative, soit de 8,1 %. Cela veut dire que le prochain rapport d’Oxfam sur les inégalités de richesse conclura probablement que cela prendra la richesse de plus de 62 personnes pour équivaloir à celle de la moitié de la population de la Terre la moins riche… J’y vais pour 65 personnes, mais rien n’est sûr. De toute façon, comme je le disais en concluant ce billet, que ce soit «62 ou 620, qu’est-ce qu’on s’en fout!» (ou 65 ou 650, ajouterai-je), la situation des inégalités demeurerait tout aussi inacceptable.

Mais qui sont les 1810 personnes du classement? Dans quels secteurs œuvrent-ils? Sont-ils des héritiers ou leur fortune a-t-elle été amassée de leur vivant? Par un hasard qui fait étonnamment souvent bien les choses, j’ai justement terminé le jour même de cette annonce une étude qui tente de répondre à ces questions. Intitulée The Origins of the Superrich: The Billionaire Characteristics Database (Les origines des super-riches : La base de données des caractéristiques des milliardaires), cette étude de Caroline Freund et Sarah Oliver présente une base de données que les auteures ont constituée à partir des listes du magazine Forbes de 1996 à 2015. Elle ne tient bien sûr pas compte des 1810 super-riches de 2016, mais comme 1612 d’entre eux (soit 89,1 %) étaient aussi dans la liste de 2015, cela ne change pas grand-chose! Disons que la mobilité sociale n’est pas très forte dans le club des milliardaires!

Les auteures ont en fait complété les informations amassées par Forbes à l’aide de nombreuses autres sources (dont je vous épargne l’énumération) pour bâtir une base de données qui contient des données sur de nombreuses caractéristiques de ces super-riches. Je vais ici me contenter de présenter celles qui m’ont le plus intéressé.

Origine et secteurs d’établissement des fortunes

Le tableau qui suit montre la proportion des 100 personnes les plus riches et de l’ensemble des super-riches qui ont hérité de leur fortune (ou des entreprises qui sont à la base de leur fortune, je passe sur les critères utilisés), et qui l’ont amassée de leur vivant en 2014. Les auteures utilisent l’expression «self-made wealth» (fortune amassée de soi-même), expression qui me tape sur les nerfs, car elle signifie que la société n’a eu aucun rôle dans la constitution de cette richesse et qu’une personne peut d’elle-même devenir riche sans la contribution de qui que ce soit.

super-riches1

On peut voir dans ce tableau que, parmi les 100 personnes les plus riches, près de la moitié (48,5 %) de celles qui habitent un pays riche ont bâti leur fortune à partir d’un héritage mais que ce n’est le cas que de 28 % d’entre elles dans les pays émergents. Parmi l’ensemble des milliardaires (1645 personnes), la proportion de fortunes amassées à la suite d’un héritage est moins élevée, mais l’est toujours plus dans les pays riches (37 %) que dans les pays émergents (21 %).

Les auteures observent ensuite que cette proportion a plutôt tendance à diminuer qu’à augmenter (comme le montre le graphique qui suit), tendance qui est opposée à celle présentée par Thomas Piketty dans son livre Le Capital au XXIe siècle. En fait, Piketty parlait de la proportion du patrimoine total qui provient d’un héritage, pas uniquement de celui des plus riches.

super-riches2

De fait, alors que la fortune de 55 % des milliardaires provenait d’héritages en 1996, cette proportion est ensuite passée à 42 % en 2001 et à 30 % en 2014. Les auteures expliquent cette tendance par les fortunes provenant des technologies de l’information et du secteur de la finance dans les pays riches (surtout aux États-Unis), et par la forte augmentation du nombre de milliardaires habitant un pays émergent, notamment en Chine (de 2 à 213 entre 1996 et 2015) et en Russie (de 0 à 88), dont la fortune peut difficilement provenir d’héritages (il y aurait aussi beaucoup à dire sur le processus à l’origine de leur richesse, mais l’étude n’en parle pas).

Le graphique suivant montre que la part des millionnaires dont la fortune provient d’héritages (partie bleue foncée au bas des barres du graphique) a évolué de façon bien différente selon les régions. Aux États-Unis, cette part est passée d’un peu plus de 50 % en 1996 à moins de 30 % en 2014. En Europe, elle a aussi diminué, mais d’un sommet de 70 % en 1996 à environ 50 % en 2014. Dans les autres pays riches (Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), cette part a peu changé entre 1996 et 2014, demeurant entre 30 % et 40 % (même si elle a atteint plus de 45 % en 2001).

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La partie du haut de ces barres est bizarrement construite. En effet, alors qu’on ne distingue pas les secteurs dans lesquels les super-riches qui ont hérité ont accumulé leur fortune, on le précise pour les super-riches qui ont amassé leur fortune de leur vivant. Ce qui ressort le plus de ce côté est la forte proportion de nouveaux super-riches (27 % de tous les milliardaires en 2014) dont la fortune vient du secteur financier (secteur qui comprend l’immobilier) aux États-Unis, proportion qui atteint seulement 10 % en Europe (proportion toutefois en forte hausse depuis 1996), mais tout de même 20 % dans les autres pays riches. Les auteures précisent que 80 % des fortunes bâties dans le sous-secteur financier des fonds de spéculation (ou fonds de couverture, soit les «hedge funds») se retrouvent aux États-Unis. Les autres catégories présentées dans ce graphique sont celles des fondateurs d’entreprises (excluant le secteur financier, j’imagine, les auteures ne le précisent pas), des membres des équipes de direction (même remarque) et de ceux qui ont amassé leur fortune grâce à leurs contacts politiques (soit en en ayant fait, en étant des proches de politiciens ou en ayant acquis des sociétés privatisées) ou dans le domaine des ressources naturelles. Je dois avouer que je m’interroge encore sur la façon de définir ces catégories qui ne sont pas mutuellement exclusives. Mais bon…

Les auteures ont aussi conçu un autre type de catégories de secteurs industriels. Bizarrement, elles ne présentent pas la répartition des super-riches selon ces secteurs, mais uniquement la croissance du nombre de milliardaires ou de leur richesse en fonction de ces secteurs. Je n’ai donc pas d’autre choix que de présenter seulement le tableau tiré de cet exercice.

super-riches4

Les trois premières colonnes de ce tableau présentent la croissance de la richesse des milliardaires entre 1996 et 2014 par secteur, et les trois dernières la croissance du nombre de milliardaires. Ce tableau montre que 35 % de leur richesse et 42 % de leur nombre proviennent du secteur de la finance (y compris les assurances et l’immobilier) aux États-Unis, mais que ce secteur a beaucoup moins contribué à ces croissances en Europe et a même résulté en une légère baisse de leur richesse dans les autres pays riches, même s’il a fait augmenter leur nombre de 12 %. Les nouveaux secteurs (informatique, technologie médicale, produits pharmaceutiques et énergie solaire et éolienne) et les secteurs non marchands (ou non échangeables, soit le commerce de détail, le divertissement, les médias, les télécommunications, la construction, la restauration et d’autres services) ont moins contribué aux États-Unis et en Europe, mais ont représenté les trois quarts de la croissance dans les autres pays riches. Le secteur marchand (agriculture, biens de consommation, transport et fabrication), même s’il a eu un impact mitigé aux États-Unis et dans les autres pays riches fut la principale source de croissance en Europe. Finalement, les secteurs liés aux ressources (énergie, mines et acier) n’a eu un impact notable que dans les autres pays riches.

Et alors…

Cette étude est profondément frustrante. Non seulement la façon de catégoriser les secteurs dans lesquels les milliardaires ont bâti leurs fortune est confondante, mais, en plus, le choix des données présentées est douteux, car il ne permet pas de savoir leurs répartition parmi ces secteurs. Et, à partir du milieu de l’étude, on n’entend plus parler des caractéristiques des millionnaires qui viennent d’ailleurs que des pays riches (soit des pays émergents), même si l’étude nous a alléchés plus tôt en montrant que c’est dans ces pays que leur nombre a le plus augmenté en pourcentage. Cela dit, cette étude apporte tout de même un surplus appréciable de compréhension sur les caractéristiques des super-riches.

Et au Québec? On n’a pas besoin de faire de graphiques ou de tableau pour présenter leurs caractéristiques, puisqu’il n’y en a que 10… Si cela vous intéresse, vous n’avez qu’à lire ces résumés!

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2 commentaires leave one →
  1. Goldy permalink
    10 février 2017 13 h 48 min

    Article intéressant ! Attention aux fautes d’orthographe.

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  2. 10 février 2017 16 h 11 min

    Il y en a quatre de moins…

    J'aime

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