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L’illusion Obama

11 avril 2016

L'illusion ObamaCela doit bien faire trois ou quatre ans que le livre L’illusion Obama : le pouvoir de l’argent aux États-Unis de John R. MacArthur est sur ma liste de lecture. Mais, bon, quand les livres qui nous intéressent se succèdent, on en vient à oublier de regarder notre liste. Comme mes dernières réservations à la bibli tardent à se libérer, j’ai justement regardé ma fameuse liste et ai immédiatement remarqué cet oubli. Il est certain que bien des choses se sont passées depuis que l’auteur a écrit ce livre, mais je me suis dit que cela serait quand même intéressant de prendre connaissance de ce que cet observateur que j’aime bien lire dans Le Devoir avait à dire sur Obama. Ajoutons que je n’ai pas moi-même été toujours gentil avec le président Obama, ayant même déjà appuyé une comparaison entre ses réalisations et celles de Nixon…

Ce livre est en fait un recueil de textes précédemment parus dans Le Devoir ou dans la revue Harper dont il est l’éditeur. Même si j’ai des réticences envers ce genre de livre, j’étais certain d’y trouver mon compte…

Le livre

Après une courte présentation des éditeurs et une préface de l’auteur qui raconte comment il en est venu à écrire pour le Devoir et où il souligne son plaisir de pouvoir écrire dans la langue de sa mère (française), le livre commence vraiment. Comme les textes de ce livre sont courts, je ne pourrai pas tous les commenter. Je me contenterai plutôt de simplement mentionner les sujets abordés selon les trois thèmes autour desquels ils sont présentés.

I. Politique

Dans cette section, l’auteur commente :

  • les liens d’Obama et de ses conseillers (notamment Robert Rubin et Lawrence Summers) avec Wall Street;
  • l’absence de mesures visant à rehausser le taux d’imposition des plus riches et de renégocier les ententes de libre-échange, alors qu’il s’était engagé à le faire au cours de sa campagne électorale;
  • ses liens avec des milieux conservateurs;
  • la nomination de Rahm Emanuel comme chef de cabinet de la Maison-Blanche;
  • la récupération par Obama du thème de l’espoir;
  • la grande modération du premier budget d’Obama, plus au centre droit qu’à gauche;
  • la naïveté d’Obama face aux supposés bienfaits du capitalisme et les premiers sondages montrant un recul de sa popularité;
  • les «mensonges» (souvent par omission) d’Obama, aussi bien sur son supposé pacifisme et sur sa supposée volonté de réformer le système financier, que sur les espoirs qu’il a créés dans le monde musulman et son «intention» de rouvrir les ententes de libre-échange;
  • l’influence des lobbys et des gens qui ont financé sa campagne sur l’Obamacare qui offre 30 millions de clients supplémentaires aux assureurs plutôt que d’étendre le système Medicare à l’ensemble de la population, ou, au moins, aux personnes non assurées;
  • l’accroissement démentiel des mesures de sécurité dans les aéroports des États-Unis (faisant partie de la «folie sécuritaire»);
  • la possibilité de présenter un adversaire à Obama dans les primaires en vue du renouvellement de son mandat en 2012 (ce qui n’a pas été fait);
  • une biographie d’Obama parue en 2010 (The Bridge de David Remnick);
  • la catastrophe du Deepwater Horizon en 2010, qui a causé bien des destructions pas du tout créatrices;
  • les élections de mi-mandat de 2010, au cours desquelles l’auteur prévoit la perte du contrôle de la Chambre des représentants par les démocrates (là, il a vu juste);
  • la pensée unique de centre droit qui se manifeste dans la majorité des médias des États-Unis;
  • la prépondérance de membres de l’aile droite du parti démocrate dans l’entourage de Obama, surtout de Chicago, où il a fait ses premiers pas en politique;
  • une métaphore maladroite d’Obama qui a déclaré que les États-Unis seraient toujours une nation AAA; si pour des financiers cela fait penser à la cote la plus haute accordée à un pays (ou à tout véhicule financier), pour la majorité des habitants de ce pays, cela fait plutôt penser à une ligue mineure de sport! Selon MacArthur, cette erreur illustre bien l’éloignement d’Obama de la population et son rapprochement avec ceux qui financent ses élections;
  • la confusion des rôles lors des premières étapes de la campagne électorale de 2012, où Mitt Romney se présentait comme le champion de la création d’emplois, alors qu’il a fait fortune en licenciant des travailleurs, et où Obama promettait de faire payer les riches, alors qu’il n’avait rien fait dans ce sens lors de son premier mandat (reconduisant par exemple les baisses d’impôt de Bush), même lorsque les démocrates contrôlaient la Chambre des représentants et le Sénat;
  • l’appui étrange des syndicats à Obama, même si celui-ci, contrairement à ses engagements, a continué à signer des ententes de libre-échange qui ont entraîné des délocalisations d’emplois vers les pays à bas salaires.

II. International

Dans cette section, l’auteur commente :

  • la décision d’Obama de déplacer la guerre de l’Irak à l’Afghanistan, alors qu’il devrait savoir que «toute forme d’intervention militaire dans des guerres civiles tend à aggraver la situation plutôt qu’à l’améliorer»;
  • la poursuite de la politique guerrière des États-Unis sous Obama, bien plus pour des raisons de politique intérieure (se faire réélire) que de politique internationale;
  • différentes occupations de pays par des forces armées étrangères, aussi bien en Irlande, en Pologne qu’en Afghanistan;
  • les conséquences (ou plutôt l’absence de conséquences) des fuites de Wikileaks;
  • les conséquences budgétaires de la poursuite des politiques guerrières par Obama;
  • le fait que les réussites d’Obama en matière de politique étrangère (renversement de Kadhafi en Libye, exécution de Ben Laden au Pakistan, etc.) n’aient pas fait augmenter ses appuis en politique intérieure : mais, s’agissait-il vraiment de réussites?

III. Culture

Comme les textes de cette section parlent peu et la plupart du temps pas du tout d’Obama, je vais m’abstenir de mentionner les sujets qu’ils abordent. Je n’en dirai seulement que ce sont les textes qui ont le moins bien vieilli, surtout quand ils parlent d’Internet (dont l’auteur minimise manifestement l’impact sur les ventes de journaux, on le sait aujourd’hui).

Postface : Dans cette postface, MacArthur rappelle non seulement qu’Obama n’a jamais profité de la majorité des démocrates aux deux chambres au début de son premier mandat pour faire adopter les mesures progressistes qu’il avait mises de l’avant durant sa campagne électorale, mais il avance qu’il n’a jamais eu l’intention de le faire : «Pour qu’il plie face au pouvoir établi, il aurait fallu d’abord qu’Obama se tienne droit à l’origine. Cela n’a jamais été le cas». Je serais bien mal placé pour lui reprocher ce langage cru, puisque j’ai dit à peu près la même chose à l’époque : «Je lui reprochais surtout de justement avoir attendu d’être bien certain de ne pas être capable de faire adopter cette hausse [des impôts] avant de la proposer et surtout de ne pas avoir tenté de le faire quand son parti contrôlait les deux chambres (Chambre des représentants et Sénat) dans la première moitié de son premier mandat».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Même si plusieurs des textes que ce livre contient sont toujours pertinents, on ne peut pas dire qu’il a bien vieilli. C’est le lot des livres centrés sur l’actualité politique. Cela dit, il est toujours bon de se rappeler la trahison des espoirs suscités par l’élection d’Obama : jamais une société ne sera changée par un sauveur, c’est seulement l’action de cette société qui permettra son avancement.

Je me demande quand même ce que MacArthur dirait aujourd’hui, notamment sur le succès étonnant de l’Obamacare. J’imagine qu’il répéterait (avec raison) que l’élargissement de Medicare aurait été préférable, mais peut-être reconnaîtrait-il que l’Obamacare n’a pas profité qu’aux assureurs…

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