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Les femmes et la sécurité économique

20 avril 2016

femmes et sécurité économiquePour faire changement, ce billet abordera une étude portant sur les femmes… Après avoir analysé récemment des données sur les femmes âgées et sur l’impact de la religion dans les écarts de salaires entre les hommes et les femmes, je me penche cette fois sur la contribution des femmes à la sécurité économique aux États-Unis. Le titre donné par les auteures, Heather Boushey et Kavya Vaghul, à l’étude que je présente dans ce billet, Women have made the difference for family economic security (Les femmes ont fait la différence pour la sécurité économique de la famille), ne laisse place à aucun suspense sur ses conclusions!

Introduction

«[traduction] Le rôle des femmes aux États-Unis a été transformé, passant de celui d’une épouse ou de mère à celui de toutes ces choses et d’un soutien de famille»

Cette citation pourrait aussi bien s’appliquer au Québec et au Canada qu’aux États-Unis. En effet, la hausse du taux d’activité des femmes y fut au moins aussi importante. Aux États-Unis, il est passé de 38 % en 1960 à environ 47 % en 1976, puis à 60 % en 1999, avant de reculer un peu pour atteindre 57 % en 2015. Au Canada, il est passé de 46 % en 1976 à 61 % en 2015. Au Québec, la progression fut encore plus spectaculaire, le taux d’activité progressant de 41 % en 1976 à 61 % en 2015. Les auteures précisent que, sans la hausse du taux d’activité des femmes, le PIB des États-Unis aurait été moins élevé d’environ 11 % en 2012.

Face à ces constats, les auteures tentent de déterminer l’impact de la hausse des revenus de travail des femmes sur les revenus des familles à faible revenu (le tiers le plus pauvre), à haut revenu (qu’elles appellent bizarrement les familles de professionnels, soit le cinquième le plus riche) et de la classe moyenne (les autres).

Résultats

Le graphique qui suit résume bien les principaux résultats de l’étude. Mais, étant conçu de façon originale, il demande passablement d’explications.

femmes et sécurité économique1

Ce graphique présente les écarts entre 1979 et 2013 de quatre contributions différentes au revenu des familles à faible revenu («Low-income families»), de celles de la classe moyenne («Middle-class families») et de celles à haut revenu («Professional families») :

  • la variation de la contribution des femmes au revenu familial due à la hausse de leurs salaires (en vert très foncé);
  • la variation de la contribution des femmes au revenu familial due au fait qu’elles travaillent plus d’heures (en vert un peu moins foncé);
  • la variation de la contribution des hommes au revenu familial sans spécifier son origine (en vert un peu pâle);
  • la variation de la contribution des autres revenus au revenu familial (en vert très pâle); ces autres revenus sont ceux qui ne proviennent pas du travail, soit aussi bien les revenus de placement, de dividendes ou de gains en capital que ceux provenant de transferts (pension, sécurité sociale, etc.).

– familles à faible revenu : Dans ces familles, la contribution des femmes au revenu familial due à la hausse de leurs salaires a augmenté de 456 $ (en dollars de 2015) et celle due au fait qu’elles travaillent plus d’heures de 1473 $; par contre, cet ajout (1929 $) ne fut pas suffisant pour compenser la baisse de la contribution des hommes au revenu familial. En conséquence, le revenu réel (en tenant compte de l’inflation) de ces familles a diminué de 2,0 % entre 1979 et 2013. On notera par ailleurs qu’aucun changement n’a été observé dans les autres revenus.

– familles de la classe moyenne : Dans ces familles, la contribution des femmes au revenu familial due à la hausse de leurs salaires a augmenté beaucoup plus que dans les familles à faible revenu, soit de 4925 $ et celle due au fait qu’elles travaillent plus d’heures de 5703 $; cet ajout ainsi que la hausse des autres revenus a cette fois plus que compensé la baisse de la contribution des hommes au revenu familial (baisse se situant entre 3000 $ et 4000 $, selon le graphique). Au bout du compte, le revenu réel de ces familles a augmenté de 12,4 % entre 1979 et 2013.

– familles à haut revenu (ou de professionnels : Dans ces familles, les quatre contributions ont augmenté :

  • celle des femmes due à la hausse de leurs salaires d’un peu plus de 20 000 $;
  • celle due au fait qu’elles travaillent plus d’heures d’un peu plus de 14 000 $;
  • celle des hommes d’environ 25 000 $ (soit moins que celle des femmes qui s’approche au total de 35 000 $);
  • celle des autres revenus d’environ 5000 $.

L’ensemble de ces contributions a permis au revenu réel de ces familles d’augmenter de près de 50 % (48,8) % entre 1979 et 2013.

Conclusion des auteures

Les auteur.e.s concluent leur étude en revenant sur quelques constats :

  • les femmes ont fait croître leurs heures de travail du même pourcentage (environ 26 %) dans les trois groupes de revenus;
  • sans leur apport supplémentaire, le revenu familial des plus pauvres aurait véritablement chuté et celui de la classe moyenne aurait diminué, mettant en danger la sécurité économique de plus de la moitié de la population des États-Unis;
  • cet apport supplémentaire n’a pas suffi pour éviter l’augmentation des inégalités de revenus;
  • cet apport montre aussi l’importance des politiques de soutien à la famille : «Ces politiques, dont celles favorisant la flexibilité du travail, les congés familiaux et médicaux payés, et les services de garde, doivent être conçus de manière à ce que leurs effets distributifs aident toutes les familles de façon équitable afin de renforcer véritablement notre économie».

Autre étude

Alors que j’avais terminé le premier jet de ce billet, les auteur.e.s ont publié une autre étude sur ce sujet. On y apprend que :

  • les femmes afro-américaines et latino travaillent en moyenne plus d’heures que les Blanches;
  • même si les revenus ont connu une croissance similaire dans ces trois groupes, le revenu familial des familles afro-américaines est beaucoup plus faible en moyenne que celui des autres familles;
  • l’ajout d’heures de travail des Blanches des familles «professionnelles» a davantage contribué à la hausse de revenus de ces familles que l’ajout d’heures des femmes afro-américaines et latino.

Bref, cette nouvelle étude n’est pas inintéressante, mais ajoute peu à la première.

Et alors…

Je trouve toujours troublant que la plupart des économistes qui parlent des problèmes actuels de croissance économique ne mentionnent pas que l’apport de la hausse du taux d’activité des femmes est un des facteurs les plus importants de la croissance des dernières décennies et que cet apport ne pourra pas se poursuivre au cours des prochaines années en raison du plafonnement de ce taux. On prend tellement comme acquis cet apport qu’on se permet de sabrer dans les programmes, comme celui des services de garde à contribution réduite, et dans les secteurs qui fournissent proportionnellement le plus d’emplois aux femmes, comme ceux de la santé, des services de garde et de l’éducation, et qui ont justement le plus stimulé l’augmentation de cet apport. Et, on s’étonnera ensuite de la stagnation de l’économie et de l’emploi

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