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Le piège Énergie Est

18 juin 2016

Énergie EstLe piège Énergie Est – L’impasse des sables bitumineux de Éric Pineault vise à nous sensibiliser aux conséquences de la construction du pipeline Énergie Est.

Préface – Il faut parfois dire non pour avancer : Gabriel Nadeau-Dubois et Maïtée Labrecque-Saganash mettent la table en présentant le contexte et les enjeux de la construction du pipeline Énergie Est, tant sur l’environnement du Québec que sur l’occupation des territoires des Premières nations et sur le réchauffement climatique.

Introduction : Éric Pineault poursuit la mise en contexte de la préface en soulignant notamment la contradiction entre la construction du pipeline Énergie Est et les engagements de Paris de maintenir la hausse des températures due aux émissions de gaz à effet de serre à 2 degrés, voire à 1,5 degré. En effet, pour atteindre ces objectifs, il faudrait laisser environ 85 % du pétrole provenant des sables bitumineux dans le sol, alors que ce pipeline permettrait au contraire de doubler et possiblement tripler le niveau de la production actuelle. Bref, même si la construction et l’utilisation de ce pipeline étaient pleinement sécuritaires, ce qui est impossible, il faudrait s’y opposer.

1 – Le projet : Ce chapitre débute en décrivant les infrastructures actuelles et celles nécessaires à la construction du pipeline Énergie Est, et montre ainsi l’aspect colossal de ce projet. Il poursuit en présentant la société derrière ce projet titanesque, soit TransCanada, ses actifs dans de nombreux domaines (mais essentiellement lié au secteur énergétique), ses filiales, les sociétés qui y sont liées, etc. Il montre ensuite les liens entre les dirigeants de cette société et ses lobbyistes, des politiciens (et ex-politiciens) et d’autres acteurs importants de l’industrie. C’est à donner le tournis!

Il contre par la suite les arguments utilisés par TransCanada pour nous convaincre d’accepter le projet Énergie Est :

  • retombées économiques et création d’emplois : elles seraient en fait minimes, sauf lors de la construction, et même là, ne seraient pas vraiment élevées;
  • pétrole éthique : là, on ne peut que rigoler;
  • péréquation : n’a qu’un rôle lilliputien sur les sommes qu’on reçoit;
  • indépendance énergétique du Québec : en fait, le pétrole transporté par Énergie Est est destiné à l’exportation;
  • sécurité des pipelines par rapport au train : il s’agit d’un faux débat, car la construction du pipeline ne ferait pas arrêter le transport de pétrole en train et pourrait même le faire augmenter (pour récupérer les diluants utilisés pour rendre le pétrole bitumineux transportable par pipeline); en plus, les deux modes de transport ne sont pas sécuritaires; en se basant sur les déversements des pipelines de TransCanada et de ses filiales (même de tronçons installés depuis moins d’un an), l’auteur conclut que «la question n’est pas de savoir si le pipeline risque de fuir, mais quand».

La suite du chapitre décrit les conséquences de ce déversement assuré sur la faune, les berges, l’eau potable et j’en passe. Je pourrais dire «cœurs sensibles s’abstenir», mais je préfère que ce soit TransCanada qui s’abstienne! L’auteur termine ce chapitre en présentant les tentatives du gouvernement de contourner sa Loi sur la qualité de l’environnement (saga pas encore terminée…) ainsi que les stratégies de TransCanada pour vendre son projet, discréditer ses opposants et rallier ses partisans.

2 – Le complexe des sables bitumineux : L’auteur présente au début de ce chapitre la contradiction entre notre tendance à vouloir extraire les ressources pour favoriser la croissance économique et celle qui nous porte à viser une transition énergétique de façon à limiter le réchauffement climatique. Ainsi, on sait d’un côté que la grande majorité du pétrole doit rester dans le sol pour atteindre notre deuxième objectif, mais de l’autre, on se laisse convaincre sans trop résister qu’on a encore besoin de pétrole. Et la vente des VUS explose! Alors que nous craignions il n’y a pas si longtemps de manquer de pétrole (ce qu’on craint moins depuis qu’on peut exploiter les sources d’énergie fossiles extrêmes, comme le sable bitumineux, le gaz et le pétrole de schiste, le pétrole en eau profonde ou glacée), là «nous nous trouvons à court de ciel pour stocker le CO2 que génère son utilisation». Ensuite, l’auteur explique la particularité du pétrole (et des autres énergies fossiles) qui concentre une quantité inouïe d’énergie facilement stockable et qui fait en sorte qu’il est difficilement remplaçable par d’autres sources d’énergie.

Puis, il décrit le processus de formation du pétrole dans le sable de l’Alberta, processus qui s’est étendu sur des millions d’années, l’évolution des méthodes d’extraction qui permettent maintenant son exploitation (avec l’aide financière et réglementaire de nos gouvernements…) et les impératifs de croissance et de recherche de profits des entreprises pétrolières. Face à ces impératifs, ces entreprises ne peuvent se permettre de seulement réagir à la demande. Elles s’activent donc à entretenir, voire à faire croître cette demande et à réduire la concurrence des sources d’énergie renouvelables. Mais pour que cela fonctionne, elles doivent avoir accès à la mer, et pour cela elles ont besoin de pipelines. Et, avec ces pipelines, elles comptent continuer de produire encore plus de pétrole pendant au moins 40 ans, soit jusqu’en 2060, retardant d’autant le véritable début de la transition énergétique et rendant carrément ridicule toute cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

3 – Le devoir de résister : Peut-on vraiment empêcher la construction du pipeline Énergie Est? Pour répondre à cette question, l’auteur donne de nombreux exemples de mouvements de résistance qui ont réussi, si non à faire annuler complètement, au moins à retarder, la construction d’autres pipelines au cours des dernières années : Keystone XL aux États-Unis, Northern Gateway et Trans Mountain en Colombie-Britannique, le port de Cacouna au Québec, etc. Même si la résistance contre l’inversion du pipeline 9B d’Enbridge n’a pas été couronnée de succès, de nombreux actes de désobéissance civile nuisent à son efficacité. Tirant des leçons de ces expériences, l’auteur souligne l’importance de la diversité des tactiques : désobéissance civile, campagnes de désinvestissement dans les actions des sociétés pétrolières, appui aux actes de résistance des membres des Premières Nations, recours juridiques, etc.

Conclusion : S’il est possible d’empêcher la construction du pipeline Énergie Est, ce n’est pas gagné. En effet, si les réactions sont presque toutes négatives par rapport au peu d’impact économique de ce projet au Québec ainsi que par rapport au risque démesuré qu’il fait planer sur l’environnement du Québec, la sensibilisation au danger intrinsèque de ce projet sur le réchauffement climatique est moins partagée. D’ailleurs, TransCanada a modifié sa stratégie pour tenter de faire augmenter l’impact économique de son projet et pour satisfaire aux principales recommandations de modifications proposées. Par contre, l’entreprise refuse de lier son projet aux émissions de gaz à effet de serre de l’extraction de pétrole des sables bitumineux qui augmenteraient sans contredit en raison de la construction de son pipeline.

L’auteur présente ensuite quelques suggestions pour assurer une véritable transition énergétique pour le Québec, en tenant compte que le transport routier est le principal générateur d’émissions de gaz à effet de serre. Il rejette d’une part la capture du carbone (qui, malgré des investissements énormes, ne remplit nullement ses promesses et qui ressemble plus à une fuite en avant) et l’automobile électrique (qui vise davantage à maintenir notre mode de vie qu’à réduire véritablement les émissions de gaz à effet de serre). Il conseille plutôt, comme l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), de miser en premier lieu sur le transport en commun (idéalement électrique), sur les investissements en ressources renouvelables, sur une transition industrielle verte et sur l’utilisation accrue de substituts aux produits issus de la pétrochimie (comme le plastique). Ces suggestions ne sont que des pistes, ne faisant pas partie comme telles de l’objectif de ce livre. L’auteur conclut finalement que ce n’est que par des actions collectives que nous parviendrons à contrer le projet Énergie Est et à réussir une transition énergétique efficace.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Il s’agit sûrement du livre le plus complet et le mieux documenté sur le sujet que j’ai consulté. Même si son sujet est souvent rébarbatif (et déprimant), ce livre se lit bien. Le propos est clair et le livre est bien structuré. Seul bémol, les notes, souvent substantielles et toujours pertinentes, sont à la fin du livre. Heureusement, comme le livre n’est pas bien pesant, elles se consultent sans trop de désagréments, même debout dans le métro. Mais, ce désagrément bien relatif ne doit surtout pas nous empêcher de nous procurer ce livre!

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