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Les livres et le revenu à vie

22 juin 2016

livresIl y a presque six ans (tempus fugit…), je publiais un billet un peu provocateur sur la lecture. J’y mentionnais entre autres que les résultats du Programme international des acquis des élèves (PISA) de 2000 ont montré qu’il y a une forte corrélation entre le temps passé à lire des livres et les résultats des élèves en français, ce qui n’est pas étonnant, mais aussi en mathématiques et en sciences. J’ajoutais toutefois que, en tenant compte de plusieurs facteurs simultanément, ce n’est pas le temps consacré à la lecture qui expliquait les meilleurs résultats dans ces domaines, mais le plaisir de lire! Et encore, cette conclusion ne nous précise pas quels sont les facteurs qui font en sorte que des jeunes ressentent plus de plaisir à lire que d’autres. Bref, même cette étude ne peut déterminer la ou les causes de ces meilleurs résultats…

J’avais ce billet en tête en entamant la lecture d’une étude datant de 2012 intitulée Books Are Forever: Early Life Conditions, Education and Lifetime Income (Les livres sont éternels : les conditions de vie précoce, l’éducation et le revenu à vie) de Giorgio Brunello, Guglielmo Weber et Christoph T. Weiss. Cette étude analyse les liens entre le nombre de livres présents à la maison à l’âge de 10 ans de personnes nées en Europe (dans neuf pays où les données sont disponibles) entre 1920 et 1956, le nombre d’années de scolarité et le revenu à vie.

Comme la méthode utilisée serait longue à présenter, je me contenterai de dire qu’elle est tout à fait correcte et présenterai tout de suite les principaux résultats. Comme nous sommes maintenant en été pour de vrai depuis deux jours, je dois alléger mes billets!

Résultats

En moyenne un an de plus de scolarité fait augmenter de 9 % les gains au cours d’une vie. Mais, cette hausse se répartit de façon fort différente entre les personnes qui avaient moins de 10 livres à la maison à l’âge de 10 ans et celles qui en avaient au moins 10.

En effet, alors qu’une année de plus de scolarité ne fait augmenter que de 3 % le revenu à vie d’une personne qui avait moins de 10 livres à la maison à l’âge de 10 ans, elle fait augmenter de plus de 18 % le revenu à vie d’une personne qui avait au moins 10 livres à la maison à cet âge. Cette observation est remarquable, surtout si on tient compte que le nombre d’années d’études obligatoires a augmenté de façon importante à cette époque (je le rappelle, entre 1920 et 1956). Il semble donc clair que ce sont principalement les personnes ayant des livres à la maison qui en ont le plus profité, et de beaucoup!

Les auteurs remarquent aussi que la proportion de familles ayant au moins 10 livres à la maison était beaucoup moins élevée dans les pays où la religion catholique dominait que dans ceux où la religion protestante était la plus répandue. Ainsi, seulement 22,5 % des jeunes Italiens avaient au moins 10 livres à la maison par rapport à 80 % des jeunes Suédois! Cela n’a pas grand rapport avec l’étude, mais j’ai trouvé cette observation fascinante…

Corrélation ou causalité?

Comme dans le cas des résultats des jeunes aux tests du PISA, il est difficile de savoir pourquoi la présence de plus ou moins de livres a un tel impact sur le revenu à vie, d’autant plus qu’on ne sait pas si ces jeunes les lisent! Les auteurs de l’étude proposent certaines hypothèses qu’ils analysent. Pensant que le nombre de livres dans une maison est sûrement lié au revenu des parents, ils doivent toutefois rejeter cette hypothèse. Bien sûr, les enfants de familles plus riches gagnent plus que ceux des pauvres, mais cela n’est pas lié de façon significative avec le nombre de livres à la maison à l’âge de 10 ans. De même, la profession des parents n’explique pas non plus l’impact du nombre de livres à la maison sur le revenu à vie.

Devant ces insuccès (qui sont tout de même révélateurs), les auteurs en viennent à lier la présence de livres à la maison avec la culture des familles et l’intérêt des parents pour le développement des compétences de leurs enfants. Pour démontrer ce lien, ils utilisent les résultats des enfants à des tests internationaux comme le PISA, le Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS) et le TEIMS (Tendances de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences), qui tous, ont l’a vu au début de ce billet, trouvent des liens entre le temps consacré à la lecture et les résultats des jeunes aux tests administrés par ces programmes. Et voilà, la boucle est bouclée, nous sommes revenus au point de départ : pourquoi des jeunes aiment-ils plus lire que d’autres?

Et alors…

Je m’amuse un peu de ces résultats, mais il demeure que le comportement des parents a de fait sûrement un rôle important sur l’évolution des capacités d’apprentissage des enfants. Mais, cela ne veut pas dire que ce comportement est facile à saisir dans une étude, et surtout que les caractéristiques des comportements qui contribuent le plus au développement cognitif des enfants peuvent être isolées facilement. Bref, le livre de recettes qui ouvre la voie du «succès» n’est pas écrit. De toute façon, jamais je ne le lirais et, si par malheur je le faisais par erreur, jamais je n’appliquerais ses recettes!

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2 commentaires leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    22 juin 2016 11 h 01 min

    Tempus fugit. Dura lex sed lex.

    Aimé par 1 personne

Trackbacks

  1. L’invention de l’«illettrisme» |

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