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L’inflation au niveau des ménages

29 juin 2016

inflation_ménagesL’inflation est probablement un des concepts économiques, avec le taux de chômage, que la population comprend le mieux. Ou pense le mieux comprendre. J’ai écrit plusieurs billets sur le sujet, notamment une série de trois textes et ce billet sur les nombreux changements que Statistique Canada a apportés au calcul de l’inflation depuis 100 ans.

L’étude que je vais présenter dans ce billet, Inflation at the Household Level (L’inflation au niveau des ménages) de Greg Kaplan et Sam Schulhofer-Wohl, vise à vérifier si l’inflation se fait sentir de la même façon auprès de tous les ménages et, si ce n’est pas le cas, à déterminer les facteurs qui expliquent le plus ces différences.

Les données

Les statistiques officielles sur l’inflation sont basées sur un panier moyen de biens et services acheté par les ménages et évaluent l’augmentation moyenne de ce panier en s’informant sur les prix un peu partout dans un territoire. Les données utilisées par cette étude reposent plutôt sur l’évolution des prix de biens précis achetés par des ménages sélectionnés. Ces données ont été colligées auprès de 50 000 ménages des États-Unis de 2004 à 2013. On compare en fait les changements de prix de biens spécifiques (qui ont le même code-barre, donc de même marque et de même format) que des ménages ont achetés au cours de deux années consécutives. Cette méthode est plus précise pour estimer l’évolution du coût des biens achetés par des ménages spécifiques, mais ne peut pas couvrir tous les achats. D’une part, les ménages n’achètent pas toujours les mêmes biens d’une année à l’autre et, d’autre part, un grand nombre de biens et services achetés par les ménages ne sont pas associés à des codes-barres précis (comme le loyer, un paiement hypothécaire, de l’essence, une auto, des droits de scolarité, etc.). Par exemple, alors que la nourriture représente entre 15 % et 16 % des dépenses selon les données officielles, elle compte pour plus de 60 % des dépenses des données utilisées. Ces données ne peuvent donc fournir qu’un éclairage partiel, mais sont plus précises pour calculer l’impact de l’inflation sur un ménage donné pour les types de dépenses comparés.

Malgré les différences énormes entre les deux méthodes (officielle et celle utilisant les données de cette étude), il est possible de comparer l’inflation calculée sur la base de ces données avec celles estimées par les statistiques officielles de l’indice des prix à la consommation pour les mêmes catégories de biens. Je n’en dirai pas plus sur le traitement de ces données par les auteurs, car la méthode utilisée pour tirer des conclusions fiables est relativement complexe (son explication couvre près de la moitié de l’étude…).

Les résultats

De façon globale, l’inflation observée à l’aide de ces données fut en moyenne de 2,6 % par année, taux comparable à celui saisi par les données officielles sur des biens de mêmes catégories, soit 2,4 %. Cela montre que ces données peuvent être utilisées pour en tirer quelques enseignements :

  • la différence d’inflation entre les ménages qui sont dans le 90ème centile et le 10ème centile d’inflation fut entre 2004 et 2005 de 14,8 points de pourcentage; cela signifie que, selon les produits qu’ils ont achetés d’une année à l’autre, ces ménages ont connu une inflation pouvant passer de -4,8 % à 10,8 %;
  • si on considère tous les ménages faisant partie de l’échantillon (50 000 ménages), l’inflation la plus basse fut de -43 % et la plus élevée de 102 %;
  • 67 % de la différence de l’inflation entre ces ménages provient de prix différents payés pour un produit ayant le même code-barre (par exemple acheté chez un dépanneur plutôt que dans un magasin de grande surface), 31 % du choix du produit dans une même catégorie (produit de marque connue plutôt que générique, par exemple) et seulement 2,5 % d’une composition différente d’achats entre les produits (plus de poisson et moins de viande, par exemple).

Cet exemple illustre éloquemment les différences de l’impact de l’inflation sur des ménages précis. Par contre, comme les ménages sont remplacés régulièrement dans l’échantillon, on ne peut pas savoir si un ménage qui a subi une forte inflation durant une année en subira une autre aussi importante l’année suivante ou s’il sera au contraire parmi ceux qui bénéficieront d’une baisse de prix (cette remarque est la mienne, elle ne vient pas de l’étude).

Par la suite, les auteurs présentent les résultats en fonction de différentes caractéristiques démographiques, mais cette fois calculés à partir des données sur toute la période (2004 à 2013) :

  • les ménages les plus pauvres subissent une inflation plus élevée que les ménages les plus riches, soit un écart moyen de 0,6 point de pourcentage entre ceux ayant un revenu inférieur à 20 000 $ et ceux ayant un revenu d’au moins 100 000 $;
  • il en est de même des ménages comptant plus de membres (dont des enfants), plus âgés et dont le chef de famille est moins scolarisé, mais par des écarts moindres;
  • les auteurs n’observent toutefois pas de différence selon l’appartenance ethnique (Noirs, Blancs ou Hispaniques).

Et alors…

Même si cette étude ne touche finalement que quelques aspects de l’inflation, elle montre à quel point ce concept peut se réaliser différemment selon les situations spécifiques des ménages. Elle nous donne aussi des indices sur les conséquences d’habiter un quartier ou une région où aucun commerce à prix réduit n’est présent. Or, trop souvent, ces commerces sont moins présents dans les quartiers ou les régions où les ménages ont des revenus modestes. On notera ici que l’inflation indique les niveaux de changements de prix et non pas les différences de prix payés pour un même bien ou service, sous-estimant le désavantage de l’absence d’un commerce à bas prix dans un quartier ou une région.

Dans le prochain billet, je tenterai d’estimer la différence d’inflation entre les ménages les plus pauvres et les plus riches du Québec. Cet exercice n’est pas facile, car je ne dispose pas du type de données utilisées dans l’étude que j’ai présentée dans ce billet. Mais, bon, on verra ce que ça donnera!

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