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L’effet 11 septembre

25 juillet 2016

11 septembreLa Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques a publié récemment le livre L’effet 11 septembre qui tente de répondre aux questions suivantes :

  • Quinze ans après le 11 septembre 2001, de quelle manière le terrorisme a-t-il évolué dans le monde?
  • Est-il aussi menaçant qu’on le croit?
  • Justifie-t-il de vivre dans un état d’alerte, d’exception et de guerre permanent?

Préface : Charles-Philippe David présente dans cette préface les trois objectifs de ce livre :

  • mieux faire comprendre la nature du terrorisme auquel nous faisons face, aussi bien de la part de l’État islamique que des loups solitaires;
  • mieux expliquer le lien entre terrorisme et radicalisme;
  • mieux évaluer l’efficacité ou non des réponses occidentales, notamment militaires, dans la lutte contre le terrorisme, et mesurer l’impact de l’état d’exception quasi permanent sur les sociétés occidentales.

Introduction, 15 ans après, l’état d’exception permanent : En plus de présenter brièvement le contenu des trois chapitres de ce livre, cette introduction complète la préface en s’interrogeant sur les événements qui ont fait en sorte que des mesures d’exception qu’on pensait temporaires sont toujours en vigueur 15 ans après le 11 septembre 2001.

Chapitre 1. Un environnement international crispé autour d’une violence mal appréhendée

1.1 Le terrorisme : entre mythes et réalités : Après avoir proposé différentes définitions du terrorisme et avoir montré qu’il peut prendre différentes formes, ce texte met en perspective l’importance relative du terrorisme en se basant sur de nombreuses données. On constate par exemple que le nombre d’actes et de victimes du terrorisme est en hausse au niveau mondial, mais en baisse depuis les années 1970 en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest. Il est en effet fortement concentré en Afrique, au Moyen-Orient et dans d’autres pays asiatiques, avec 80 % des victimes dans cinq pays (Irak, Afghanistan, Pakistan, Nigeria et Syrie). Le texte se conclut en montrant que l’appellation terroriste d’un groupe rebelle revendicateur sert souvent des intérêts politiques.

1.2 Frontières : de l’exception à la normalisation : Le titre de ce texte décrit bien son contenu. Alors que certaines mesures prises pour contrôler les frontières se voulaient temporaires au lendemain du 11 septembre 2001, elles ne sont pas seulement devenues permanentes, mais se sont multipliées. Par exemple, le nombre de murs entre les pays a plus que quadruplé depuis 2001, et les budgets pour limiter les migrations ont explosé, avec un «succès» pour le moins douteux, se traduisant plus par l’augmentation des décès des migrants que par la diminution de leur nombre. Et les femmes en seraient les principales victimes.

Chapitre 2. Les États-Unis redéfinis par l’empreinte persistante de la lutte contre le terrorisme : Plus de 15 ans après le 11 septembre 2001, les habitants des États-Unis sont toujours marqués par ces événements et acceptent encore jusqu’à un certain point que des lois diminuent leurs libertés civiles dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

2.1 Une société toujours plus surveillée et toujours plus anxieuse : Le niveau d’appui à la diminution des libertés civiles varie en fait au gré des événements. Ainsi, il a grandement augmenté en 2015, année où les actes terroristes furent plus nombreux, notamment en France, mais aussi, dans une moindre mesure, aux États-Unis (dont la fusillade de San Bernardino). Ce texte présente aussi les principaux changements législatifs touchant les libertés civiles et l’immigration adoptés depuis 2001.

2.2 Un droit malmené, une conscience malléable : Ce texte examine les circonstances entourant le non-respect de trois promesses faites par Barack Obama lors de son arrivée au pouvoir :

  • la fermeture de la prison de Guantanamo;
  • l’abolition des pratiques de torture;
  • un encadrement serré de la surveillance électronique.

Par la suite, ce texte analyse les mesures sécuritaires adoptées depuis 2001 dans le transport aérien et la militarisation de la police (sur le sujet, voir ce livre et le billet que je lui ai consacré).

2.3 Une politique étrangère bridée par l’effet 11 septembre : Malgré certains changements, la gestion de la politique étrangère sous Obama ne fut pas aussi différente de celle de Bush qu’on ne l’avait laissé penser lors de son arrivée au pouvoir. Ce texte explique en quoi elle a changé et surtout pourquoi elle a si peu changé.

Chapitre 3. Le Canada, un état d’exception permanent à l’américaine ?

3.1 La prévalence de la lutte contre le terrorisme en politique intérieure : Le Canada aussi a modifié de nombreuses lois et institutions depuis le 11 septembre 2001. Pourtant, il n’a pas connu de recrudescence du nombre d’actes de terrorisme depuis cette date (en fait, on a plutôt observé le contraire). Au Canada aussi, l’exception est devenue la norme.

3.2 Une politique étrangère canadienne musclée articulée autour de la lutte contre le terrorisme : Ce texte nous montre que c’est tout le cadre de la politique extérieure canadienne qui a été modifiée, en partie à la suite des événements du 11 septembre 2001, mais aussi et surtout en raison de l’idéologie du gouvernement conservateur. Ces modifications se sont notamment manifestées par un affaiblissement des liens du Canada avec l’ONU, par exemple avec une diminution très importante de la participation du Canada aux missions de maintien de la paix de l’ONU. Le Canada s’est aussi retiré d’engagements internationaux, notamment du protocole de Kyoto en 2011 et de la Convention des Nations Unies pour lutter contre la désertification. Ses relations avec Israël sont devenues encore plus serrées, l’appuyant presque toujours de façon inconditionnelle.

3.3 La relation canado-américaine : le bon voisinage nord-américain : Malgré la multiplication des désaccords selon l’idéologie respective des gouvernants des deux pays (Bush et Chrétien, Bush et Harper, Obama et Harper, puis finalement Obama et Trudeau), les relations entre la Canada et les États-Unis sont demeurées relativement chaleureuses, celles de deux alliés proches. Ces bonnes relations se sont notamment manifestées par la conclusion de nombreuses ententes pour assurer la sécurité aux frontières ainsi que par l’échange de renseignements sur les voyageurs qui passent d’un pays à l’autre. Et, les deux pays maintiennent l’état d’exception permanent sur leur territoire, ce qui amène les auteurs à conclure que «la peur est donc le plus grand legs du 11 septembre».

Conclusion : Devant l’attitude de l’Occident envers le terrorisme, dont il est très loin d’être une des principales victimes, «la mise en place d’un état d’exception permanent occulte d’autres réalités». En effet, les ennemis changent vite, il y en a toujours un autre qui remplace le précédent et fait encore plus peur. Pourtant, le terrorisme est loin d’être la plus grande menace actuellement. Même le Forum économique mondial, qui réunit annuellement les puissants de la Terre, place le réchauffement climatique et les inégalités (et leurs conséquences sur la disponibilité de l’eau, les inondations, les migrations, etc.) bien avant le terrorisme dans sa présentation des principaux risques pour la stabilité mondiale. Pendant qu’on se concentre sur une menace secondaire, on risque d’agir trop tard pour affronter celles qui sont bien plus importantes.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Je dois dire que ce livre m’a agréablement surpris. Pensant à tort qu’il présenterait une vision consensuelle des suites des événements du 11 septembre 2001, il décortique en fait toute cette période et même les décisions qui lui sont antérieures. Les textes ne sont pas plus tendres envers les dirigeants de nos pays et envers les décisions trop souvent mal avisées qu’ils ont prises. Bref, je conseille fortement la lecture de ce livre.

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