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Deux livres orthodoxes sur l’économie

15 août 2016

pas compliquéL’économie, ce n’est pas compliqué (le français non plus!)

Je n’ai pas n’ai pas vraiment apprécié le premier livre de Gérald Fillion et François Delorme. Je me suis quand même convaincu de leur donner une autre chance et de lire leur deuxième, L’économie, c’est pas compliqué, malgré son titre populiste en mauvais français… Avec ses quelque 60 textes, je ne m’imposerai toutefois pas de résumer ou commenter chacun d’entre eux.

Le titre n’est pas seulement mauvais en français, mais l’est aussi conceptuellement. En fait, oui, l’économie c’est compliqué. D’ailleurs, dès la deuxième phrase de l’avant-propos, on peut lire que «C’est un sujet certainement complexe». Mais, bon, passons par-dessus ces considérations sémantiques…

Les 60 textes de ce livre ne sont pas regroupés par sujets ou par thèmes, mais présentés en ordre alphabétique. Cette présentation est confondante pour le lecteur, car il doit à chaque texte s’adapter à un contexte différent.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? On peut, encore une fois, passer son tour. Même s’il contient bien moins d’erreurs manifestes que le livre précédent, ce livre nous laisse sur notre faim. Non seulement ce format ne permet pas d’approfondir les sujets abordés, mais les auteurs semblent toujours vouloir ménager la chèvre et le chou. Si parfois les nuances apportées sont pertinentes, d’autres fois elles sont sans odeur et sans saveur. Au bout du compte, sans être inintéressant, ce livre ne parvient pas à présenter une vision cohérente et surtout pas complète de l’économie.

 

pas compliqué_maximiserMaximiser le potentiel économique du Québec

Sous la direction de Mario Lefebvre, Marcelin Joanis et Luc Godbout, Maximiser le potentiel économique du Québec regroupe 13 textes portant sur l’économie du Québec. Je vais glisser au moins un mot sur chacun de ces textes, mais vais les présenter selon les trois thèmes que ce livre propose.

Contexte économique et perspectives : Pierre Fortin présente positivement la performance économique du Québec depuis 15 ans et souligne les «vents de face» qui se pointent au cours des prochaines années. Ce texte est pertinent et clair. Celui de Pierre-Paul Proulx ratisse plus large et aborde des questions plus litigieuses, comme la mondialisation, l’adaptation économique, le réchauffement climatique et les nouvelles technologies. Ensuite, Yves St-Maurice se penche sur la question de la productivité. Ce texte est malheureusement décevant, car il confond, comme souvent, l’efficacité (dont l’amélioration est un objectif louable) avec la productivité (qui est la contribution au PIB par heure travaillée). Finalement, Thérèse Laflèche, la seule femme écrivant dans ce livre, nous montre l’importance de l’intégration des immigrants.

Rôle du secteur public : Jean-Pierre Aubry montre tout d’abord l’importance de la gestion transparente et fondée sur des données fiables et complètes dans les activités gouvernementales. Puis, Marcelin Joanis présente des propositions pour assurer le bon fonctionnement de nos marchés publics, principalement dans l’octroi de contrats de construction. Jean-Michel Cousineau explique le fonctionnement et les effets de deux types de programmes gouvernementaux de redistribution des revenus (par l’impôt et par des transferts). Pour faire changement, Luc Godbout répète et répète encore que ce serait plus efficace pour l’économie de réduire les impôts et augmenter les taxes. Assez étrangement, il ne cite plus les études théoriques que j’avais critiquées dans ce billet pour appuyer ses propos, mais en cite d’autres, en général plus anciennes (dont une datant de 2001 et utilisant des données de 1965 à 1990, mais ne parle pas d’une étude plus récente affirmant que les liens établis par ce genre d’étude sont fragiles…) et pas toutes accessibles sur Internet (je ne prétends nullement que ce soit en raison de mon billet qu’il a changé ses sources, mais je dois avouer que cela m’a fait sourire…)! François Delorme analyse dans le texte suivant la trajectoire de la dette publique au Québec, et ne s’en inquiète pas (avec raison).

Enjeux spécifiques : Jean-Claude Cloutier s’interroge sur la faible propension des Québécois à former des entreprises. Jean-Pierre Lessard défend l’idée de la construction d’un train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Windsor au sud de l’Ontario. Notons qu’il s’agit d’un des seuls textes qui analyse une mesure en fonction de ses effets sur les émissions de gaz à effet de serre. Mario Lefebvre montre l’importance économique des centres urbains et propose une modification à la fiscalité municipale.

Jusque là, j’avais apprécié davantage ce livre que je ne m’y attendais, même si aucun texte ne m’avait entièrement rejoint. Disons qu’aucun ne m’avait déplu autant que ce à quoi je m’attendais. Puis est venu le dernier texte, celui de Jean-Luc Landry, proposant d’«améliorer» le modèle québécois. Je vais me pencher un peu plus sur ses propositions…

Ce texte commence en affirmant que «la droite et la gauche n’existent pas». J’ai aussitôt soupçonné que l’auteur était de droite, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il le soit autant! Il propose donc pour «améliorer» notre modèle :

  • de poursuivre l’austérité budgétaire, car, contrairement à ce qu’ont montré Pierre Fortin et François Delorme, l’état de nos finances serait selon lui déplorable; le plus drôle dans cette section est que la seule source que l’auteur fournit (il n’en fournira plus d’autres par la suite) est une étude de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff qui contenait plein d’erreurs de calcul dans leur feuille Excel utilisée pour appuyer leurs conclusions (voir ce billet pour plus de précision); notons en plus que cette proposition va directement à l’encontre de ce que trois des auteurs de ce livre recommandaient récemment dans cette lettre parue dans Le Devoir;
  • de privatiser la Société des alcools du Québec et le secteur de distribution d’Hydro-Québec;
  • de privatiser une partie du travail de nos policiers;
  • d’abolir la réglementation de l’industrie du taxi et le système de gestion de l’offre de l’agriculture;
  • de créer un poste de directeur du budget comme au fédéral : je me demandais pourquoi j’étais d’accord avec une de ses propositions quand il a ajouté que ce poste viserait entre autres à affaiblir les syndicats de la fonction publique qu’il juge trop puissants (ce qui explique sûrement le fait que nos employés ont reçu des augmentations de salaires à peine supérieures à l’inflation depuis des années, quand leurs salaires n’ont pas été gelés et la couverture de leurs régimes de retraite n’a pas été diminuée…);
  • d’abolir la sécurité d’emploi dans la fonction publique.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Je me suis procuré ce livre davantage par curiosité que par intérêt. Je ne pensais pas y apprendre grand chose, mais voulais tout de même prendre connaissance de ce que ses auteurs y disaient. Comme prévu, ils y parlent beaucoup de la croissance du PIB et des finances publiques, mais très peu des inégalités et des conséquences de la croissance sur le réchauffement climatique. Bref, j’ai lu ce que je m’attendais à lire. Si cela vous intéresse, alors procurez-vous le!

Cela dit, ce livre présente un panorama assez complet de la façon dont ces économistes orthodoxes, qui sont parmi les plus influents au Québec (les auteurs sont tous membres du Comité des politiques publiques de l’Association des économistes québécois), voient l’économie, quels sont les sujets qui les interpellent et quelles solutions ils proposent pour y faire face. Ce livre montre aussi et surtout pourquoi il faut à tout le moins compléter ce discours (et souvent le contester) et mettre sur la place publique des enjeux différents et la plupart du temps plus essentiels.

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