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Les printemps arabes

29 août 2016

Les printemps arabesC’est grâce à Houda Rochdi à qui je demandais quel livre elle me conseillait pour mieux comprendre les événements entourant le printemps arabe que j’ai pris connaissance de l’existence du livre Les printemps arabes. Sous la direction de Michel Peterson, ce livre présente des aspects de ces révoltes dont on entend rarement parler.

Que faire? : Michel Peterson fait dans ce premier chapitre la genèse du livre, explique les objectifs qu’il poursuivait en décidant de le produire et présente chacun des textes qui suivront. Il conclut cette introduction ainsi :

«Non, l’Histoire n’est pas linéaire et la réduire à ce que nous pouvons en entendre à partir de notre lieu en refusant de nous décentrer conduit toujours à des Printemps arabes.»

Hillary [saw] : Renata Azavedo Requião nous offre un court texte imagé basé sur une photo de Hillary Clinton que nous ne pouvons qu’imaginer…

La révolution de la dignité – Entrevue avec Youssef Seddik : Youssef Seddik, répondant aux questions de Annick Andréane Peterson et de Michel Peterson, présente tout d’abord un historique de la Tunisie depuis plus de 2000 ans, se penchant davantage sur les événements marquants depuis son indépendance en 1956. L’entrevue se termine sur une analyse de l’influence des générations et de la religion sur la suite des événements. Une entrevue éclairante toute en nuance!

Anthropologie du geste de Mohamed Bouazizi : Karim Jbeili analyse les effets de l’immolation de Mohamed Bouazizi sur la révolte qui l’a suivie et explique ce geste et ses conséquences en fonction de la vision du corps (par rapport à l’esprit) dans les différents courants de l’islam. Un texte qui présente une toute autre dimension de cet événement pourtant bien connu.

La révolution de l’olivier : Essedik Jeddi, psychiatre et président de la Société tunisienne de psychiatrie, insiste sur l’effet de la révolution sur la fierté des Tunisiens, fierté de «notre identité, notre corps, notre demeure, notre environnement, notre culture et notre histoire». Constatant que la révolution et le regain de fierté n’ont pas permis de faire réduire le nombre de jeunes qui tentent de joindre l’Europe par la mer (notamment en raison du taux de chômage très élevé et malgré les nombreuses noyades qui s’en suivent), l’auteur a ajouté une partie à son texte pour s’interroger sur l’avenir de la révolution, notamment sur les conséquences d’une éventuelle accélération de l’urbanisation de la Tunisie pour favoriser la croissance économique.

Le rite de passage et L’odeur du jasmin en fleurs : Frédérick Galbrun, membre de groupes de rap et de hip-hop québécois, propose deux textes poétiques qui expriment ses réactions et surtout ses émotions face au printemps arabe.

Le printemps dans les veines : Carole Ammoun, femme de théâtre née à Beyrouth au Liban, raconte l’histoire d’un jeune homme qui, une dizaine d’années avant le printemps arabe, soupçonné d’avoir des liens avec une «organisation subversive», se fait torturer par le régime en place et voit sa jeune famille détruite. Puis, il reprend vie… Un texte dur, mais qui rend bien une réalité malheureusement trop répandue dans certains des pays arabes et qui nous aide à mieux comprendre que leurs populations se soient révoltées.

Sarah ou la révolution. Portraits d’une Syrie en ébullition : À travers les témoignages de trois femmes, Yara El-Ghadban, anthropologue, présente des versions différentes de la situation politique actuelle et à venir de la Syrie et des pays l’avoisinant. Un autre texte puissant.

Le printemps – ou la fin du malheur – arabe : Camille Ammoun, politologue et économiste, analyse la situation des pays arabes avant les révoltes, en mentionnant notamment que «Les autocraties arabes ont été maintenues, non par une inadaptation viscérales des Arabes aux valeurs libérales, mais par une convergence d’intérêt entre une classe dirigeante arabe prédatrice et autocratique, généralement militaro-laïque, et des États occidentaux qui voyait en elle un rempart contre l’islamisme radical, une assurance pour la sécurité d’Israël et la garantie d’un pétrole disponible et bon marché». Il esquisse ensuite quatre scénarios possibles d’évolution de la situation politique dans ces pays, allant du pire (comme en Syrie, mais il ne le savait pas en écrivant ce texte, en 2011) au meilleur (comme… nulle part!). Et, il termine son texte en envisageant l’embrasement de la région, scénario improbable selon lui, mais pas impossible…

La révolution pas à pas : Le journaliste algérien Mustapha Benfodil relate dans un premier texte les événements entourant une manifestation pacifique à Alger en 2011, où il y avait au départ plus de policiers que de manifestants. Mais la foule a grandi et grandi… Suivent un deuxième texte présentant une entrevue avec un homme qui a tenté de s’immoler par désespoir, puis un reportage sur le quartier délabré de Diar El Kef à Alger (reportage accessible sur Internet) et finalement la couverture d’une autre manifestation, elle aussi fortement réprimée par les forces policières avant même de commencer, alors que même notre journaliste est arrêté «de façon préventive».

2011, année catharsis : Nadine Ltaif nous offre un poème portant sur les émotions qu’elle ressent face aux révoltes du printemps arabe.

Mon droit de chanter : Wadad Kochen Zebib raconte la vie de Mahmoud Darwich, poète palestinien, qui fut en exil un bonne partie de sa vie, notamment en raison de la destruction de son village natal, en Galilée, et de son engagement dans l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Elle explique aussi ses sources d’inspiration, de l’Ulysse d’Homère à Sophocle.

Un surplace dangereux, Israël comprend-il vraiment ce qui se passe au Moyen-Orient ? : Le texte de Gilles Bibeau, anthropologue québécois, est de loin le plus optimiste du livre, et celui qui a le moins bien vieilli. Son analyse est tellement démentie par les faits qui sont survenus depuis 2011 qu’elle ne demeure intéressante qu’en termes historiques, illustrant bien les espoirs suscités par les printemps arabes.

Sept enfants juifs. Une pièce pour Gaza : Caryl Churchill est une auteure pour le théâtre et la télévision. Elles nous offre ici un extrait d’une pièce de théâtre comparant les souffrances subies par les Juifs lors de la Deuxième guerre mondiale et celles subies par les Palestiniens. Une finale percutante…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre hétéroclite regroupe des textes très différents, tant par la forme que par le fond, faisant alterner des textes analytiques avec des œuvres artistiques et des entrevues, portant sur chacun des pays impliqués directement ou indirectement par les révoltes des printemps arabes. Ces textes nous font passer par des périodes d’apaisement rapidement suivis par des sursauts de colère. Même si ce livre date de cinq ans, et peut-être parce que les textes qui le composent ont été écrits tout juste après les événements qu’ils décrivent, analysent et commentent ou sur lesquels ils se sont inspirés, on ressent à la fois les espoirs et les craintes des auteur.e.s et de nombreux peuples. Bref, un livre différent de tous ceux que j’ai déjà lus sur ce genre de thème qui s’adresse aussi bien au côté rationnel de notre cerveau qu’à son côté émotif.

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