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Une brève histoire des crises financières

5 septembre 2016

crises financièresC’est avec trois ans de retard que je me suis décidé à lire Une brève histoire des crises financières de Christian Chavagneux. Ce livre vise à mieux comprendre la crise actuelle qui ne cesse de ne pas vouloir se terminer en analysant celles du passé.

Introduction. Le bateau ivre : Tout en glissant quelques éléments qui nous permettent de comprendre les sujets qui seront abordés dans les chapitres qui suivent cette introduction, l’auteur explique que, face à la méconnaissance des économistes des circonstances qui peuvent provoquer des crises, il est essentiel de connaître les mécanismes qui entrent en jeu pour les provoquer. Et, pour ce, un des moyens les plus pertinents est d’examiner les crises antérieures et de tenter de dégager les schémas communs qui les caractérisent

1. La spéculation sur les tulipes entre vérité et légende : On a tous et toutes sûrement déjà entendu parler de la crise de spéculation sur les tulipes survenue au XXVIIème siècle aux Pays-Bas. Or, ce qu’on a entendu peut tenir aussi bien de la légende que des faits. L’auteur décortique le tout dans ce chapitre. Il montre entre autres que, comme la plupart des marchés spéculatifs, celui des tulipes était essentiellement un marché de riches. La spéculation est venue de la vente des tulipes dès le printemps avant leur éclosion, un précurseur des marchés à terme et des autres produits dérivés (quoiqu’il semble que ce type de marché ait existé avant celui des tulipes). Je vous laisse le plaisir de lire la vraie histoire de cette spéculation, précisant seulement qu’elle n’eut pas des conséquences aussi désastreuses que celles qu’on lui prête trop souvent, car ce sont surtout des riches ayant les moyens d’absorber les pertes qui les ont subies. Une fois n’est pas coutume!

2. John Law, un aventurier aux finances : Les spéculations de John Law sont sûrement moins connues que celles sur les tulipes, mais elles n’en ont pas moins montré une autre façon de fabriquer une crise (et pas mal plus importante!). Law a profité de la forte dette de la France pour y faire accepter ses idées : si on crée de la monnaie, on pourra faire travailler plus de monde, ce qui apportera plus de recettes, et ainsi de suite. Sauf que cela peut aussi avoir des effets négatifs si on crée trop de monnaie, ce qu’a fait Law! Et quand on ajoute à ce portrait une belle bulle spéculative, on court au désastre (je résume de façon outrancière…).

Malgré l’effondrement du système inventé par Law, l’auteur en présente un bilan nuancé. S’il a fait perdre des sommes colossales à bien des personnes (essentiellement à des riches), son système a permis à l’État de réduire considérablement sa dette. Mais, son pire effet fut de rendre la population méfiante envers les billets de banque, ce qui a retardé considérablement la création d’un système financier efficace en France.

3. La panique de 1907 : La panique de 1907 a réuni les trois éléments qu’on observe dans toute crise : de fortes inégalités, la cupidité des entreprises et des spéculateurs, et, leur conséquence, la crise. Plus complexe que la précédente, elle provient de la tentative de spéculateurs de créer des banques avec de l’argent emprunté (je répète pour la dernière fois que je résume de façon outrancière). Aux éléments classiques (inégalités et cupidité), cette crise, qui aurait pu être mineure, a aussi été provoquée par l’absence de Banque centrale, par le manque de liquidité et par certaines relations avec des banques britanniques. Au bout du compte, c’est cette panique qui a débouché sur la création de la Banque fédérale des États-Unis, institution qui pouvait sauver les banques, mais pas les obliger à restreindre les risques qu’elles prennent. Cela prendra une autre crise, et toute une, avant qu’elle dispose de plus de pouvoirs.

4. 1929 : la crise qui a changé la face de la finance : Selon l’auteur, la crise de 1929 n’a rien de bien particulier, sinon sa démesure! Comme les précédentes, elle résulte en premier lieu des inégalités et de la cupidité. Les inégalités étaient tellement élevées qu’elles ne seront égalées que de nos jours. Avec ces inégalités, les riches avaient encore plus de pouvoir politique que lors des crises précédentes et avaient encore plus d’argent pour s’amuser à spéculer (et à frauder). En fait, la plus grande spécificité de cette crise, mise à part son ampleur, fut qu’elle a débouché sur une véritable réglementation du secteur financier qui fera en sorte d’éviter d’autres crises pendant plusieurs décennies. Du côté de son ampleur, elle s’est démarquée par le fait que ses conséquences ne se sont pas confinées aux riches, mais se sont étendues à toute la population et même à tous les pays industrialisés (et aux autres de façon indirecte).

5. Qu’est-ce qu’une crise financière ? : En se basant sur les quatre crises présentées dans les premiers chapitres et sur celle que nous vivons encore, l’auteur tente de dégager un schéma des facteurs qui annoncent l’arrivée d’une crise financière. Même si les circonstances sont toujours particulières, il dégage tout de même de nombreux points communs :

  • l’implantation d’innovations financières non contrôlées (par exemple, non réglementées), souvent conçues pour fonctionner quand le secteur financier est stable, contournant presque toujours la réglementation existante;
  • une déréglementation voulue ou subie (avec de fortes pressions du secteur financier et des économistes orthodoxes pour les adopter);
  • une surabondance de crédit, qui se manifeste souvent par la création d’une bulle;
  • l’ignorance (voire la négation) des risques (l’auteur parle plutôt d’une mauvaise gouvernance des risques, mais montre en fait que cette «mauvaise gouvernance» des risques vient de «l’ignorance admise des événements extrêmes» et même d’une «grave sous-estimation des risques de ruine financière»);
  • un niveau élevé d’inégalités (accompagné d’une augmentation de l’endettement et d’une hausse du pouvoir politique des riches);
  • la caution des économistes orthodoxes;
  • la négation du fait qu’un désastre se dessine jusqu’à ce qu’il devienne trop grand pour pouvoir l’éviter.

Par la suite, l’auteur décrit et analyse l’opération de sauvetage du secteur financier par les États de tous les pays industrialisés lors des débuts de la crise actuelle et ses conséquences sur la dette publique, surtout en Europe, qui a mal géré ses effets (euphémisme…).

6. Le temps de la régulation : Dès 2009, le G20 en est arrivé à d’excellentes propositions pour établir une réglementation efficace. Malheureusement, au moment où ce livre a été écrit, soit en 2013 (et même maintenant…), les règlements adoptés étaient loin d’avoir satisfait aux attentes créées lors de cette rencontre. L’auteur fait le point sur la situation en fournissant beaucoup d’information sur les types de réglementations qui seraient les plus appropriées. L’auteur en mentionne de nombreuses, mais juge que la plus importante est de faire augmenter le ratio entre les capitaux propres et les actifs des sociétés financières (il favorise un ratio entre 20 % et 30 %, alors que ce ratio était dans bien des cas inférieur à 5 % avant la dernière crise). Il termine ce chapitre en se demandant si les économistes orthodoxes s’adapteront un jour à la réalité. Personnellement, j’en doute…

Ce chapitre est très technique, mais permet de mieux comprendre la complexité du fonctionnement des sociétés financières et l’importance de les tenir en laisse…

Conclusion. Tirer les leçons de la plus grande crise financière de l’histoire : Certains ont affirmé que la crise récente était due à la surabondance de l’épargne. Ce n’est pas l’opinion de l’auteur :

«Lorsque les tuyaux de la finance mondiale sont propres, ils sont capables de supporter de la pression : une finance réglementée et surveillée peut faire circuler des masses d’épargne plus ou moins importantes sans provoquer de dérapages pour autant. La conviction à la base de ce livre est que les crises financières sont endogènes au fonctionnement des marchés financiers, qu’elles se développent par des mécanismes économiques et politiques d’autant plus à même de faire dérailler la machine que les autorités politiques, qu’elles soient publiques ou privées, ne font pas leur travail de surveillance et de contrôle des risques.»

Même si l’auteur a mis cette citation de John Kenneth Galbraith en exergue de sa conclusion, je trouve qu’elle termine bien mon compte-rendu de ce livre :

«Le sens de la responsabilité chez les gens de la finance envers les gens en général n’est pas mince : il est presque nul.»

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Comme ce livre porte surtout sur les crises passées et présente des solutions qui sont pertinentes peu importe l’époque, le fait qu’il date de trois ans ne lui fait pas perdre l’intérêt qu’on porte aux présentations et aux analyses de l’auteur. C’est sûrement le livre que j’ai lu sur le sujet qui m’a fait le mieux comprendre la mécanique financière en œuvre lors des crises et qui présente de façon lisible l’ensemble le plus complet de propositions de réglementations pour les éviter. Bref, même le fait que les notes soient à la fin (heureusement composées presque entièrement de références), n’a pas refroidi mon intérêt pour ce livre. Cela montre à quel point il m’a intéressé!

4 commentaires leave one →
  1. bimi permalink
    5 septembre 2016 10 h 09 min

    Encore un de ces livres quasi ésotériques, encore des heures de lecture à m’arracher les cheveux. Je ne sais trop si je dois vous maudire ou vous remercier.

    J’ai, ce matin même, réservé ce titre à ma bibliothèque. Et je sais que je vais devoir ramer une semaine ou deux durant pour assimiler les bases de cet essai. Ouf!

    Étant plus que nul en économie et même en sciences sociales, vos lectures m’ont toutefois permis d’un peu mieux comprendre les enjeux de notre monde.

    Petite proposition : indiquer le niveau de difficulté pour des ignorants de mon espèce, permettrait une meilleure préparation psychologique avant de partir à l’assaut de vos suggestions…

    Merci

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  2. 5 septembre 2016 10 h 21 min

    «Encore un de ces livres quasi ésotériques »

    Je ne trouve pas. Il est au contraire très concret.

    «indiquer le niveau de difficulté pour des ignorants de mon espèce, permettrait une meilleure préparation psychologique avant de partir à l’assaut de vos suggestions…»

    Le problème, c’est que ce qui est difficile pour les uns ne l’est pas nécessairement pour les autres. Par exemple, j’ai plus de difficulté avec la philo et la socio que la moyenne, mais moins avec les livres en économie (en général).

    Cela dit, j’ai bien indiqué «Ce chapitre est très technique» dans ma présentation du chapitre 6… et j’essaie de mentionner si j’ai eu de la facilité (quand j’écris qu’un livre se lit bien, par exemple) ou de la difficulté à lire un livre. Mais, c’est difficile à généraliser!

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  3. benton65 permalink
    5 septembre 2016 23 h 33 min

    Lorsqu’on parle d’économiste orthodoxe, c’est un type qui dit: « Déréglementons l’aviation, les avions qui tombent vont régulariser eux-même l’industrie! »

    Aimé par 1 personne

  4. 5 septembre 2016 23 h 51 min

    Hahaha!

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