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Au commencement était le verbe

10 octobre 2016

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Au commencement était le verbe… Ensuite vint l’orthographe de Bernard Fripiat vise à nous faire rigoler tout en nous faisant aimer l’orthographe étrange de la langue française.

1. Tout d’abord, il y eut Jules César : L’auteur nous explique pourquoi la langue des Gaulois (en fait les langues, car ils parlaient de nombreux dialectes celtiques) n’a pas survécu. En raison des conquêtes, notamment celle de Jules César, et de la religion catholique, on s’en doute, mais aussi parce que les Gaulois ne connaissaient pas l’écriture (ils ne faisaient donc pas de fautes d’orthographe, eux!). L’auteur poursuit en expliquant l’origine de nombreuses particularités de la langue française (dont la façon de prononcer et d’écrire les chiffres), toujours avec humour.

2. Soyons Francs : Les Francs de Clovis ont eux aussi influencé l’orthographe du français, même s’ils utilisaient surtout le latin et qu’ils n’écrivaient pas leur langue d’origine eux non plus. Par contre, ils avaient un accent différent. Par exemple, les ch, v et j n’existaient pas en latin, mais ont dû être inventés pour rendre leur façon de prononcer la langue française. Comme pour mon résumé du chapitre précédent et des suivants, je ne peux pas présenter tous les exemples fournis par l’auteur. Et il en présente beaucoup! Celui que j’ai préféré dans ce chapitre porte sur les trois formes du verbe «aller» : je suis allé (bien sûr), je vais et j’irai (indice, ce verbe vient de trois mots latins différents). Le français peut bien être compliqué!

3. Ne le répétons pas! : L’apport du Moyen Âge à l’orthographe vient des troubadours et … des juristes! Les troubadours écrivaient comme ils prononçaient (ils écrivaient un «doi»), tandis que les juristes, bien plus imprégnés du latin, respectaient l’étymologie latine (ils montraient les troubadours du «doigt»). Comme le latin était à l’époque le summum de la culture et était dominant (d’autant plus qu’il était la langue de l’église), l’écriture des juristes a survécu et a servi en général de référence pour les grammairiens et académiciens, tandis que celle des troubadours a presque disparu.

J’ai bien écrit «presque», parce que ce serait trop simple qu’un seul principe explique notre orthographe alambiquée. Par exemple, le mot «homme» et le pronom «on» viennent tous deux du mot latin «homo», mais les juristes ont gagné dans le premier cas tandis que les troubadours l’ont emporté dans le second! Dans le cas du mot «exemple», les juristes ont gagné sur toute la ligne, l’écriture et la prononciation de ce mot correspondant à cette façon de l’écrire, oubliant totalement le «essemple» des troubadours. Par contre, le résultat fut partagé dans le cas du mot «soixante» qui s’écrit comme le voulaient les juristes, mais qui se prononce toujours comme le «soissante» des troubadours! Bon, je vais m’arrêter là, ne pouvant quand même pas parler de la trentaine d’exemples de l’auteur dans ce chapitre…

4. Au XVIe siècle, imprimeurs, auteurs et grammairiens entrent en scène : Avec la fin du Moyen Âge et surtout avec l’invention de l’imprimerie, la quantité de documents écrits en français augmente énormément (et sa proportion dépasse bientôt celle des textes écrits en latin, d’autant plus que les ventes sont plus importantes pour les documents écrits en français), et avec cette augmentation, le besoin d’uniformiser l’orthographe se fait encore plus sentir. L’auteur insiste sur le fait que c’est l’imprimerie qui a institutionnalisé l’usage des accents (qui occasionnent beaucoup de taches quand on utilise une plume trempée dans de l’encre, alors que l’impression évite ce problème), donc le remplacement des «s» par des accents dans des mots comme forest qui devient «forêt», l’ajout du point sur le i et le j (les barres sur les t existaient déjà…) ainsi que l’utilisation de la cédille. Même si l’uniformisation de l’orthographe devra attendre le XIXe siècle, ses premiers pas datent du XVIe siècle. Encore une fois, les exemples de changements sont nombreux et tout aussi instructifs et divertissants.

5. Au XVIIe siècle, l’Académie entreprend de mettre un peu d’ordre dans le chaos : Au XVIIe siècle, la rivalité entre le français et le latin est encore vive. Le latin trône toujours dans l’église et dans les universités, mais le français prend de plus en plus de place. Le débat entre les adeptes de l’écriture phonétique et ceux de l’écriture étymologique fait toujours rage, mais le clan étymologique a gagné sur presque toute la ligne, notamment parce qu’une écriture phonétique varierait selon les régions en fonction des accents et de leur évolution (et en raison de bien d’autres motifs, dont quelques-uns que j’ai mentionnés plus tôt). Comme on peut le voir dans le titre de ce chapitre, ce siècle est aussi celui de la création de l’Académie française en 1635. Son mandat était «de suivre l’usage de ceux qui savent écrire et de le rendre dans la mesure du possible uniforme et durable». Elle publie son premier dictionnaire en 1694, près de 60 ans après sa création (ce n’est pas d’hier que l’Académie ne travaille pas rapidement!) et cela lui prendra 200 ans avant de réussir à véritablement stabiliser l’orthographe (avec la parution de la sixième édition de son dictionnaire en 1835).

Après avoir présenté les principales modifications des éditions de ce dictionnaire, l’auteur continue à nous fournir des exemples de la façon d’écrire certains mots en contant les débats qui ont entouré ces changements avec toujours autant de verve. J’ai apprécié ces exemples, mais surtout ceux qui portent sur le machisme de la langue française, des académiciens, des curés (qui refusaient d’enseigner le latin aux femmes qui n’en auraient pas su que faire…) et des écrivains. À cet effet, l’auteur cite Descartes qui a affirmé avoir écrit une version française de son Discours de la méthode (en plus de la version en latin) afin que «tout le monde puisse le lire, des plus subtils jusqu’aux femmes»…

6. Au XVIIIe siècle, rien ne va plus : Le français continue à progresser au XVIIIe siècle, à tel point qu’il devient la langue de la démocratie en Europe, même si son orthographe est encore variable. Après la Révolution française, on impose même le français en France en interdisant les patois régionaux. «Au début de ce siècle, on essayait de bien parler français pour ne pas être ridiculisé par les Parisiens ou la cour. À la fin, on évite de parler patois pour ne pas être guillotiné».

L’auteur poursuit sa présentation des changements en expliquant comment le «françois» est devenu le «français» (mais on ne dit pas Français Hollande…). Il raconte que le son «oi» n’était pas le même à l’époque. On disait mwé, twé (comme nous le faisons encore souvent au Québec, car nous n’avons pas eu peur de la guillotine…) et même françwé ou avoir la fwé, au lieu de moi, toi, françois et foi. De même on chantwé même si on écrivait chantois. Puis, cela a encore changé et bien des «ois» ont été remplacé par des «ais», comme «français», «harnais» et l’imparfait des verbes, mais pas pantois (et aucune proposition n’a été faite pour permettre l’usage de «pantoite»!).

7. Comment l’orthographe est devenue officielle! : Au XIXe siècle, le latin résiste toujours (grâce aux jésuites ou à cause d’eux), mais est en fait déjà supplanté par le français dans les principaux aspects de la société. On l’enseigne toujours, mais on ne l’utilise presque plus dans les livres (Descartes a dû se retourner dans sa tombe…). Par exemple, les manuels du niveau primaire sont dorénavant tous en français. Encore plus important, on n’accepte plus les libertés prises par les auteurs dans leur façon d’écrire leurs livres. Les imprimeurs commencent d’ailleurs à embaucher des correcteurs (au grand désarroi de certains auteurs qui ne reconnaissait plus certaines parties de leurs textes…)! C’est aussi au cours de ce siècle que les dictionnaires Littré et Larousse font leur apparition, ainsi que les premières grammaires. Et, devinez, l’auteur nous présente encore plein d’exemples de changements initiés au cours de ce siècle.

Conclusion : L’auteur conclut qu’il est fort peu probable qu’une nouvelle tentative de simplification de l’orthographe réussisse. Il donne quelques raisons pour cela :

  • notre mémoire visuelle s’y oppose et «les orthographes auxquelles nous ne sommes pas habitués nous gênent»;
  • nous ressentons une certaine considération de maîtriser cette langue complexe, car c’est la preuve de notre culture;
  • avec l’utilisation généralisée de l’ordinateur pour écrire, si on se trompe dans la façon d’écrire un mot, notre correcteur orthographique nous le dira; dans ce sens, l’informatique est un facteur dissuasif pour tout changement de «l’écriture de la plus difficile orthographe du monde»!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Si l’orthographe française et son histoire vous intéressent, c’est certainement un livre à lire! J’ai bien aimé deux livres sur le même thème (quoique plus axés sur les emprunts linguistiques à de nombreuses langues) de la célèbre linguiste Henriette Walter, mais j’ai nettement préféré celui-ci. Non seulement raconte-t-il mieux l’évolution de l’orthographe, mais il est en plus bien plus drôle!

De ce livre, on peut conclure qu’en moins de deux siècles, le français est passé de la langue probablement la moins policée de l’Europe à la plus sclérosée! Alors qu’on pouvait écrire comme on le voulait jusqu’au XIXe siècle, on nous oblige maintenant à respecter des règles parfois impossible à comprendre. Elle est en effet devenue tellement complexe que même les plus grands experts du français sont incapables d’écrire une dictée d’une seule page (bon de peut-être deux…), comme celle que composait Bernard Pivot, sans faire de fôtes! Mais bon, comme le dit l’auteur, aimerions-nous vraiment qu’elle se simplifie? Désapprendre tout ce qu’on a mis tellement de temps à maîtriser (ou presque…), ça ne serait pas de la tarte!

Pour mieux apprécier l’humour de Bernard Fripiat, je vous laisse avec une vidéo. Si vous réussissez à bien comprendre son accent (et même si vous n’y parvenez pas), vous rigolerez à coup sûr!

 

One Comment leave one →
  1. 12 octobre 2016 9 h 00 min

    Oh je le veux! J’adore les livres d’Henriette Walter, ce sera parfait pour moi!

    J'aime

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