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La face cachée du cours Éthique et culture religieuse

24 octobre 2016

ecr

La face cachée du cours éthique et culture religieuse sous la direction de Daniel Baril et de Normand Baillargeon fait beaucoup jaser. Louis Cornellier trouve les auteurs de ce livre hostiles au phénomène religieux, un enseignant défend la pertinence de ce cours et sept des auteurs du livre répliquent (contre-attaquent?). Je suis bien en retard face à cette polémique, mais c’est peut-être aussi bien d’attendre que la poussière retombe avant d’intervenir (même si ce retard n’est nullement volontaire, mais dû au temps que cela prend pour que mes réservations à la bibliothèque m’arrivent…).

Présentation : Daniel Baril et Normand Baillargeon présentent les enjeux soulevés par ce livre, son objectif («informer la population des aspects méconnus de ce cours et de ses effets sur la formation de la pensée») et les 12 textes qui le composent.

Première partie : Des aspects méconnus et inacceptables

Un cours conçu pour préserver des privilèges religieux historiques : Marie-Michèle Poisson explique l’historique derrière la création du cours ECR, notamment le rôle du lobby religieux. Elle déplore l’absence de l’athéisme dans son contenu, la pauvreté de sa composante éthique et sa base qui manque de rationalité. «Le cours ECR délaisse le recours à la rationalité et nie aux humains la capacité d’établir un contrat social. Finalement, il rejette l’idée qu’il puisse exister des valeurs universelles (…)» comme dans nos chartes des droits.

Les visées multiculturalistes du cours Éthique et culture religieuse : Joëlle Quérin considère que ce cours a rejeté la laïcité républicaine «au profit d’un multiculturalisme «accommodant»». Il vise à faire adopter des comportements dans un contexte de diversité plutôt qu’à transmettre des connaissances. Dans ce sens, ce cours a des visées politiques d’endoctrinement.

Les vertus antiphilosophiques du cours ECR : François Doyon critique «Deux croyances philosophiques (…) inculquées par le cours ECR. La première est la croyance selon laquelle les croyances religieuses se valent, que les débats sur les questions religieuses sont insolubles. La deuxième est la croyance selon laquelle il est bon de croire sans preuve». Comme a répondu le physicien Pierre-Simon de Laplace à Napoléon qui lui demandait pourquoi il ne parlait pas de Dieu dans un de ses livres, l’auteur considère qu’on n’a pas besoin de l’hypothèse de l’existence d’un dieu pour expliquer notre univers.

Vous avez dit «approche culturelle»? Un leurre qui nous ramène 30 ans en arrière : Daniel Baril a parcouru une vingtaine de manuels et de cahiers utilisés dans le cadre du cours ECR et se désole notamment de la quasi-absence de mentions de l’athéisme, de l’humanisme et de l’incroyance, qui caractérisent pourtant une forte proportion de la population du Québec (il parle de 80 %, mais ses sources laissent place à l’interprétation), dénaturant ainsi la véritable diversité des valeurs face au phénomène religieux.

Stéréotypes sexistes et stéréotypes culturels dans les manuels d’ECR du primaire : Nadia El-Mabrouk et Michèle Sirois ont, elles, examiné 29 manuels et de cahiers utilisés dans le cadre du cours ECR, s’attardant aux illustrations. Et elles ont observé ce que le titre de ce texte mentionne, soit des images de femmes dans des rôles traditionnels qui ne partagent pas les espaces occupés par les hommes.

Enseignement du fait religieux en France : solution ou cul-de-sac? : Sylvie Midavaine présente l’évolution de l’enseignement du «fait religieux» en France et les débats qui entourent cette question.

L’esprit déductif des enfants entravé par le cours ECR, témoignage d’un parent : Daniel Dulude présente son expérience avec ses deux enfants, une qui a suivi un cours de religion et une autre qui a suivi le cours ECR et en a perdu pendant un certain temps son esprit critique. Disons que l’échantillon est petit pour pouvoir tirer des conclusions de ce témoignage…

Deuxième partie : Des solutions de rechange pour développer la pensée critique

Des brèches ouvertes par la Cour suprême : Daniel Baril présente trois décisions de la Cour suprême, dont deux portant sur le cours ECR et l’autre sur la prière dans les assemblées municipales, et avance qu’une requête en fonction de la liberté de conscience et de l’égalité des religions aurait toutes les chances d’être remportée contre le cours ECR.

Prévenir la radicalisation des jeunes. Enseigner l’histoire des religions au lieu du cours ECR : André Gagné explique pourquoi il considère que le cours ECR devrait être éliminé et qu’on devrait plutôt offrir un cours sur l’histoire des religions durant les deux dernières années du secondaire. En remplaçant un cours qui diminue la pensée critique par un autre qui la stimule, les jeunes seraient mieux préparés à se tenir loin du radicalisme.

Apprentissage de la pensée critique dans les écoles secondaires de l’Ontario : Christopher Di Carlo présente un cours sur la pensée critique qu’il a développé pour les écoles secondaires de l’Ontario et qui fait actuellement l’objet d’un projet pilote dans trois de ces écoles. Il précise que son cours ne vise pas à enseigner aux élèves quoi penser, mais comment penser.

Enseigner la morale : Comme j’ai déjà lu ce texte dans un autre livre, Propos sur l’éducation, je vais aussi répéter ce que j’avais écrit à son propos :

Normand Baillargeon se penche sur l’enseignement de la morale dans nos écoles. Il a divisé son essai en quatre parties :

  • il explique tout d’abord que c’est tout un défi de tenter d’enseigner la morale;
  • il présente trois modèles d’enseignement de la morale et les principales critiques qu’ils ont suscitées;
  • il se demande ensuite si cet enseignement est possible;
  • il se risque à proposer des pistes de solution (qui ont quelques points communs avec la proposition du texte précédent).

L’enrichissement du programme d’éthique par la pratique du dialogue philosophique : Tout à fait en phase avec les deux textes précédents, Mathieu Gagnon, Stéphane Marie et Sébastien Yergeau proposent de «favoriser le développement du jugement critique des élèves», notamment en leur permettant de repérer des «procédés susceptibles d’entraver le dialogue», soit des sophismes, au moyen d’un cours de philosophie pour enfants (favorisant ce qu’ils appellent un «dialogue philosophique»). Ils montrent ensuite que cette proposition est directement liée aux objectifs énoncés par le ministère (disons de l’Éducation, pour ne pas se perdre dans les nombreuses appellations qu’il a adoptées au cours des années…) pour les «différents domaines généraux de formation». Ce texte est très intéressant, mais l’abus d’acronymes (même s’ils sont définis à son début) le rend moins agréable à lire.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Si cette question vous intéresse, oui, il faut le lire. De mon côté, j’ai nettement préféré la deuxième partie à la première. La deuxième propose en effet des solutions intéressantes tandis que la première ne fait que critiquer, sans qu’on sache si ces critiques sont toutes pertinentes. Comment croire, par exemple, que si 80 % des Québécois n’ont aucune croyance que la plupart des enseignants (et surtout enseignantes) valorisent la religion? En tout cas, il est certain que je vais lire le livre Différence et liberté de l’auteur le plus attaqué dans la première partie de ce livre, Georges Leroux, avant de me prononcer sur la pertinence de ce livre. Cela ne sera pas facile pour moi qui avais même de la difficulté à comprendre ses critiques de livres publiés dans le Devoir (il n’y écrit plus depuis une couple d’années), mais, bon, quand il faut, il faut!

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