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Enseigner au Québec et Idéaux politiques

21 novembre 2016

Comme je viens de lire deux livres qui comptent à peine une centaine de pages chacun et que Normand Baillargeon a collaboré aux deux, je me suis dit que ce serait aussi bien de les présenter dans un même billet.

Enseigner au Québec

enseigner-au-quebec

Avec le livre Enseigner au Québec, Normand Baillargeon revient à ses amours! Il a concocté ce livre comme un guide destiné aux nouveaux enseignants, avec l’aide d’une vingtaine d’enseignants et surtout enseignantes expérimenté.e.s.

Avant-propos : L’auteur présente les personnes qui ont contribué à ce livre et ajoute qu’il n’aurait pas pu l’écrire sans elles.

Introduction : Il explique ici l’objectif du livre – parler du métier d’enseignant à des personnes qui comptent y travailler, qui exercent déjà cette profession ou qui s’intéressent à l’éducation – et présente chacun des chapitres qui le composent.

1. «Où l’Idéal m’appelle en ouvrant ses bras roses» : À l’aide de cette citation de Nelligan, l’auteur décrit et explique dans ce chapitre la fonction d’enseigner. Pour ce, il passe par les conditions de travail (salaires et compagnie), par la philosophie de Platon (sur l’allégorie de la caverne), par l’histoire de l’enseignement et de la formation des maîtres au Québec, et par la structure actuelle de cette formation. S’ajoutent des conseils et encouragements d’enseignantes.

2. L’épreuve du réel : La réalité, c’est tout d’abord la grande variété des situations : préscolaire, primaire, secondaire, pour adultes, dans une classe régulière, dans une école alternative, dans une école privée ou dans une école à volet particulier, dans un poste de spécialiste, dans une région où la permanence s’acquière rapidement ou dans une situation où on prendra sa retraite sans jamais avoir obtenu la permanence… L’auteur poursuit avec de nombreux conseils (accompagnés de témoignages encore plus nombreux des enseignant.e.s), notamment sur la normale insécurité qu’on ressent, surtout en début de carrière (mais pas uniquement). Pour savoir ce qu’il dit dans la suite de ce chapitre, il faut lire le livre!

3. Le dur désir de durer : En utilisant comme titre une citation de Paul Éluard, l’auteur aborde maintenant les nombreux écueils que peuvent affronter des enseignant.e.s au cours de leur carrière, certains mineurs (mais qui peuvent prendre des dimensions énormes si on ne s’en occupe pas), d’autres, plus rarement, majeurs. Il y aborde en plus, avec ses collaborateurs et surtout collaboratrices, la nécessité de la formation continue (mais pas n’importe laquelle), l’importance de chercher du soutien quand les coups durs arrivent et les possibilités de changement de carrière dans le domaine de l’enseignement (ou dans des secteurs connexes).

Annexe : Dix citations sur l’éducation : L’auteur présente en les mettant en contexte dix citations sur le monde l’éducation, certaines courtes, d’autres plus longues. À la demande générale, en voici une (la plus courte!), assez connue, de Sydney J. Harris (un journaliste des États-Unis) : «Le but de l’éducation est de transformer des miroirs en fenêtres».

Bibliographie indicative : L’auteur suggère des livres, revues, journaux et sites Internet liés à l’éducation et à la profession enseignante. J’ai d’ailleurs aussitôt réservé une de ces suggestions à ma bibli…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Il s’agit d’un livre facile à lire, contenant des éléments pédagogiques, mais bien plus de conseils pratiques. Et c’est là que les personnes qui ont collaboré à ce livre permettent de le rendre aussi concret. Et, il n’est pas bien long à lire!

Idéaux politiques

ideaux-politiquesTraduit cette année par Normand Baillargeon et Chantal Santerre, Idéaux politiques de Bertrand Russell est paru en anglais en 1917. Tiré de textes de conférences non données, ce livre «offre un condensé clair et accessible des positions que le philosophe défendra tout au long de sa vie», nous dit-on dans la quatrième de couverture.

Introduction – Un homme qui voyait juste et loin : Normand Baillargeon et Chantal Santerre présentent une courte biographie de Bertrand Russell (insistant notamment sur son pacifisme lors de la Première Guerre mondiale) et les principales idées qui sont développées dans ce livre.

Préface à l’édition originale : Bertrand Russell précise que ce livre n’a paru en 1917 qu’aux États-Unis et qu’il est composé de textes de conférences qu’il n’a pas pu présenter en raison de l’interdiction qui lui a été imposée par le gouvernement britannique parce qu’il était contre la guerre. Un syndicaliste a toutefois lu le premier des textes de ce livre lors d’une conférence que Russell n’a pas été autorisé à donner.

Chapitre premier – Idéaux politiques : L’auteur montre l’importance des idéaux, surtout dans des périodes comme celle de la Première Guerre mondiale. Et ces idéaux doivent différer de ceux que la guerre apporte, car ils «doivent reposer sur des idéaux relatifs à la vie des individus, et la finalité du politique devrait être de rendre leur vie aussi bonne que possible». Il reste à déterminer ce qui est bon. Or ce qui est bon pour pour une personne ne l’est pas nécessairement pour une une autre (il s’approche ici selon moi du concept de capabilité d’Amartya Sen). Il distingue ensuite deux types de biens, les exclusifs, qu’il appelle les biens de possession (si je mange un morceau de fromage, personne d’autre ne pourra le manger) et les biens créatifs («relatifs aux choses de l’esprit ou de la pensée») qui sont communs (comme la connaissance), que tous peuvent utiliser sans que d’autres ne soient empêchés de le faire. Russell croit qu’on doit consommer les premiers avec parcimonie alors que la vie est meilleure quand on utilise grandement les deuxièmes. «Les institutions politiques et sociales doivent être évaluées à l’aune du bien ou du mal qu’elles causent aux individus». Et il poursuit sur cette veine…

Chapitre 2 – Le capitalisme et le salariat : Pour s’attaquer aux maux qui affligent la population, dont les guerres, l’auteur recommande de valoriser les pulsions créatrices et de réduire les pulsions de possession et de prédation. Compte tenu de cette analyse, il ne voit pas d’autre solution que de mettre fin au capitalisme et au salariat pour le remplacer par des formes d’autogestion, tout en conservant les institutions gouvernementales, en en ajoutant même une au niveau mondial (je résume grossièrement). Et il poursuit sur cette veine…

Chapitre 3 – Les pièges du socialisme : L’auteur avance que la nationalisation ne change pas grand-chose à la situation des travailleurs qui ne contrôlent pas plus leur travail quand le patron est le gouvernement plutôt qu’une entreprise privée. En plus, quand le gouvernement achète l’entreprise aux anciens patrons, ceux-ci reçoivent une rente qui fait en sorte de perpétuer les inégalités et les injustices. Et il poursuit… notamment en montrant sa grande méfiance envers les gouvernements, les fonctionnaires et les députés, en soulignant l’importance de laisser les minorités décider de certains sujets qui les concernent et en laissant à une autorité neutre le soin de prendre les décisions «sur toutes les questions relatives aux relations entre les groupes».

Chapitre 4 – Liberté individuelle et ordre public : L’auteur considère que «La société ne peut pas exister sans loi et sans ordre, mais elle ne peut pas avancer non plus sans les innovations apportées par d’audacieux visionnaires». Or, trop d’un nuit à l’autre et peut même l’étouffer. La tension entre les deux doit donc être réduite vers un équilibre difficile à trouver. Un des principes qu’il soutient à cet égard est «qu’on ne devrait jamais empêcher personne, et d’aucune façon, d’avoir des idées, d’exercer sa pensée et encore moins d’énoncer des faits», même si cela affronte notre esprit conformiste, nous rend anxieux et va à l’encontre de nos intérêts. Et il poursuit… en parlant notamment des objecteurs de conscience, de la répression des passions, de la propriété et de l’usage de la force.

Chapitre 5 –Indépendance nationale et internationalisme : À ce sujet, l’auteur propose le principe suivant : «Il ne saurait y avoir de système international viable tant et aussi longtemps que les frontières des États ne coïncideront pas, autant que possible, avec celles des nations». Mais, cela ne nous dit pas ce qu’est une nation. Si la langue, l’histoire, la religion et l’ethnie peuvent servir d’indices, ils ne sont ni nécessaires ni suffisants pour définir une nation. Il faut surtout la présence d’un instinct qui fait en sorte qu’on se sent membre d’un même groupe. Il reste maintenant à établir la forme de gouvernement mondial qui doit régir les relations entre les États-nations, en premier lieu pour éviter les guerres, mais aussi pour aplanir les différends provenant entre autres du commerce, ce à quoi l’auteur s’attelle dans la suite de ce chapitre.

Annexe, Florilège : Le livre se termine par la présentation d’une trentaine de citations marquantes tirées de ce livre. Cela permet entre autres de se remémorer quelques-uns de ses bons moments.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! En effet, le texte y est clair et facilement compréhensible, et les idées qu’il véhicule sont étonnamment modernes (sauf à quelques endroits). La distinction qu’il fait entre les instincts de possession et de création pourrait venir de la plume d’un militant pour la décroissance, surtout quand il encourage à travailler moins, si on le peut, pour profiter davantage de la vie! Sa critique des rentiers (qui reçoivent plein de sous sans rien produire, uniquement parce qu’ils possèdent beaucoup) pourrait illustrer bien des études sur le sujet que j’ai lues récemment. En outre, ce livre se lit en un rien de temps. Alors, pourquoi bouderait-on notre plaisir?

One Comment leave one →
  1. 21 novembre 2016 13 h 45 min

    Et hop, deux nouveaux livres à ma liste à lire. Merci Darwin, vraiment.

    Aimé par 1 personne

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