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Rééquilibrer la société

23 janvier 2017

reequilibrer-la-societeDans Rééquilibrer la société – Pour un renouvellement radical au-delà de la gauche, de la droite et du centre, livre traduit par Sarah Labarre, Henry Mintzberg propose un modèle politique basé sur trois piliers : le public, le privé et la collectivité (ou le pluriel). Il prône aussi une culture de la solidarité.

Avant-propos : Selon Jean-Martin Aussant, «On devrait en fait inclure ce livre et ses arguments solides dans tous les cursus universitaires en sciences économiques». Citant l’auteur, il ajoute que «c’est une culture de solidarité dont la société actuelle a besoin pour assurer son salut», et non pas de lutte entre la droite et la gauche, ni même avec le centre.

L’idée fondamentale : L’auteur décrit les trois piliers de son système, soit les secteurs public, privé et pluriel. Je trouve dommage qu’il n’ait pas aussi parlé du secteur de l’économie domestique (qui comprend nos activités personnelles ainsi que le bénévolat), car il est aussi essentiel que les trois autres au fonctionnement de nos sociétés.

Le triomphe du déséquilibre : Pour viser l’équilibre entre ses trois piliers, l’auteur rejette la révolution, car l’expérience montre qu’elle ne fait finalement que remplacer un déséquilibre par un autre. Il explique ensuite comment ces piliers se sont déséquilibrés aux États-Unis, notamment en raison de la reconnaissance du statut de «personne» (morale, en plus…) aux sociétés, de la victoire de la théorie économique orthodoxe (prétendant que l’avidité des individus bénéficie à l’ensemble de la société), puis de la chute de la menace du communisme en 1989 (que certains ont considéré comme la fin de l’histoire, célébrant la victoire du capitalisme), de la contribution croissante des sociétés au financement des campagnes électorales (conséquence de la reconnaissance de leur statut de personne…) et des ententes internationales qui accordent aux entreprises le pouvoir de poursuivre les États qui adoptent des lois qui peuvent réduire leurs possibilités de faire des profits. Et, ce déséquilibre s’étend maintenant à bien d’autres pays, même scandinaves.

Explorer notre débrouillardise plutôt qu’exploiter nos ressources : L’auteur dénonce le peu d’efforts consacrés à l’élimination des externalités négatives produites par les activités économiques des entreprises et des citoyens. Il s’insurge aussi contre les manigances de certaines entreprises pour profiter des législations de toutes sortes, surtout sur l’environnement.

Les trois piliers d’une société en équilibre : L’auteur tente de démontrer que les débats entre la droite et la gauche sont en général stériles. J’ai bien dit «tente», car il ne m’a pas convaincu. S’il a raison de dire que «l’opposition et la méfiance ont supplanté la discussion et la confiance», je trouve qu’il exagère quand il affirme que la «violence des débats polarisés a pris toute l’avant-scène» ou que «À gauche comme à droite, la plupart d’entre eux voient toutes les choses en noir et blanc».. Il utilise là comme ailleurs dans ce chapitre ce que je considère comme des sophismes de l’épouvantail (en tout cas, comme le dirait Daniel Dennett cité par Jocelyn Maclure, il ne fait pas preuve de générosité interprétative). Et j’ai beau me forcer, je ne vois pas comment interpréter ses propos de façon plus généreuse que je le fais. En effet, ce qu’il dit nierait que la prévalence de partis de gauche en Scandivanie et ailleurs en Occident a permis une réelle amélioration de l’équilibre entre ses trois piliers. Il est en plus étrange qu’il considère la chute de la menace du communisme en 1989 comme un facteur prépondérant dans le déséquilibre actuel qu’il nie du même souffle la pertinence du débat gauche-droite. Mais, bon, je m’égare…

Il montre par la suite que, peu importe l’étiquette de gauche ou de droite des partis élus, ils ont tendance à adopter les préceptes de la théorie dominante. Je suis bien d’accord, on vit ce phénomène aussi bien quand le PQ prend le pouvoir au Québec que quand les démocrates le prennent aux États-Unis ou les socialistes (!) en France (et les travaillistes au Royaume-Uni), mais la question n’est pas de savoir si ces partis se disent de gauche, mais s’ils le sont vraiment et s’ils appliquent des politiques de gauche.

Il poursuit en vantant le secteur pluriel, ce avec quoi je suis d’accord, mais prétend que la gauche n’appuie que le secteur public et la droite que le secteur privé. Je ne comprends vraiment pas cette fixation. En effet, le parti le plus à gauche du Québec, Québec solidaire, appuie une économie formée de quatre secteurs (voir la page six de cette partie de son programme) et ses propositions favorisent justement ce qu’il appelle le secteur pluriel. Et, je connais peu de mouvements de droite qui veulent que seul le secteur privé existe, ni, à l’inverse, qui donnent beaucoup de place au secteur pluriel, on l’a vu notamment lors de la chasse du gouvernement conservateur contre les organismes de ce secteur. Il vante ensuite la propriété commune, ou les communs, concept qui est aussi, dois-je le préciser, plus populaire à gauche qu’à droite…

Il s’en prend ensuite aux réseaux sociaux où, dit-il, on n’obtiendra jamais d’aide dans le monde réel si on le demande. Pourtant, même s’il n’a pas totalement tort sur le caractère souvent impersonnel des relations sur ces réseaux, j’ai vu bien de mes contacts obtenir de l’aide lorsqu’ils en ont demandé. Finalement, il met en garde avec raison de ne pas considérer le secteur pluriel comme une panacée. Il rappelle qu’il cherche à équilibrer les trois piliers, pas à changer l’hégémonie d’un de ces secteurs par l’hégémonie d’un autre.

Le renouveau radical : Même s’il salue certaines formes de responsabilité sociale des entreprises, l’auteur «trouve cependant fantaisiste de croire que les problèmes sociaux créés par les corporations puissent être réglés par d’autres corporations». De même, il rejette le concept du capitalisme vert (tout comme moi) qui «ne parviendra pas à compenser la pollution (…) d’autres entreprises». Il s’élève aussi contre le lobbyisme, affirmant qu’on devrait «interdire à tout citoyen, encore plus à toute «personne morale», d’utiliser sa fortune (privée) pour influencer les politiques sociales».

Le renouveau radical qu’il propose s’articule sous trois aspects :

  • les renversements immédiats consistent en des actions immédiates pour «stopper les pratiques destructrices», par exemple en transférant certaines responsabilités actuellement du ressort du secteur privé au secteur pluriel, comme la recherche pharmaceutique, ou en remettant à sa place la discipline économique;
  • la régénération généralisée est l’engagement de groupes «au sein d’initiatives sociales afin d’établir de meilleures pratiques» pour améliorer la qualité de vie, garantir plus de liberté et protéger l’environnement; ce type d’initiatives existe déjà, mais le défi est de consolider ces actions «pour former un mouvement de masse suffisamment puissant pour rééquilibrer le monde»;
  • les réformes conséquentes permettraient de changer nos structures; l’auteur mentionne notamment les peines pénales aux personnes morales, la généralisation de la propriété commune (et la limitation de certaines formes de propriété privée, entre autres intellectuelle), la réglementation restrictive de la publicité politique, la réforme du secteur financier et la taxation des opérations spéculatives, la révision du concept de croissance et le financement plus généreux des initiatives sociales du secteur pluriel.

Vous, moi et nous dans ce monde troublé : L’auteur incite ses lecteurs à cesser de chercher ce que les autres devraient faire pour améliorer la situation et plutôt de se demander ce qu’eux-mêmes peuvent faire, individuellement ou en se joignant à un ou des groupes travaillant à améliorer la situation.

Annexe : Bouillir dans notre propre eau : L’auteur donne d’autres exemples de ce qu’on peut faire pour rééquilibrer la société et surtout de pratiques à combattre : surconsommation, lobbyisme, presse corporatiste, publicité, attaques contre les services publics, imposition au secteur public de pratiques de gestion du secteur privé, attaques des politiques de protection de la population dans les ententes internationales «de nouvelle génération», baisse des impôts des riches et des sociétés (qui entraîne des compressions dans les services publics), etc.

À propos de ce projet : L’auteur explique les différentes étapes que la réalisation de ce livre a connues, dont la tenue d’ateliers dans 15 pays sur une période de 14 ans.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Malgré la profonde irritation que j’ai manifestée dans ce billet sur la supposée non-importance du clivage gauche-droite-centre, j’ai quand même apprécié ce livre et son approche. Il se distingue par la qualité de sa critique des pratiques actuelles et par les solutions qu’il avance (quoique je les vois mal renverser la situation actuelle sans l’appui d’un gouvernement véritablement progressiste). Et j’ai noté que ses solutions sont souvent celles proposées par la gauche et les pratiques qu’il veut combattre celles mises de l’avant par la droite…

Encore une fois, je déplore que les notes soient à la fin. En plus, il s’agit uniquement de compléments d’information (les sources renvoient à la bibliographie, ce qui est bien) souvent substantiels, particulièrement nombreux (69) pour un petit livre comme celui-là. Pire, ces notes utilisent des caractères lilliputiens à peine lisibles pour mes vieux yeux (heureusement, comme je suis très myope, je peux me coller au texte et parvenir à le lire en enlevant mes lunettes). Il demeure que l’éditeur manque de respect pour ses lecteurs plus âgés. Bref, même si je le recommande, ce livre m’a irrité sur plus d’un point…

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9 commentaires leave one →
  1. 23 janvier 2017 13 h 05 min

    N’en déplaise à l’auteur, il semble que du moment que tu te positionnes pour l’équité, t’es gauchiste!!!

    C’est une notion de la physique… lorsque tu penches à droite, toutes les actions pour te ramener vers le centre sont à gauche!!!

    Aimé par 2 people

  2. Richard Langelier permalink
    24 janvier 2017 15 h 50 min

    Tu es myope, Darwin. Je n’avais pas remarqué.
    Merci Benton, lorsqu’un péquiste me traitera de gauchiste radical, je saurai ce que je dois lui répondre.

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  3. 24 janvier 2017 16 h 08 min

    «Tu es myope, Darwin»

    Comme une taupe, genre -8 des deux yeux.

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  4. Richard Langelier permalink
    25 janvier 2017 18 h 59 min

    Ce ne serait pas de la presbytie? Jette un coup d’oeil sur mon statut FB, si tu as du temps libre.

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  5. 25 janvier 2017 22 h 54 min

    «Ce ne serait pas de la presbytie?»

    J’ai les deux, bien sûr à mon âge. Mais, sans mes lunettes, je peux regarder un texte (ou un objet) de très près. C’est le seul avantage de cette situations.

    Jette un coup d’oeil sur mon statut FB, si tu as du temps libre.»

    Je l’ai vu, mais je ne suis pas sûr d’avoir compris…

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  6. Richard Langelier permalink
    26 janvier 2017 17 h 23 min

    Je te remercie. Je vais le supprimer. Il m’arrive de sombrer dans le solipsisme. Je vais attendre un peu. Mon neveu appréciera peut-être. En ce moment, il lit Heidegger. L’ontique et l’ontologique n’ont pas de secrets pour lui. Moins sérieusement, je pense que tu choisis des livres de 500 pages parce que tu peux lire la cote au complet.
    Pour faire un lien à la Jacques Beauchamp, je viens de terminer la lecture de http://www.ffq.qc.ca/wp-content/uploads/2015/09/2015-09-15-FFQ-MEMOIRE-Final.pdf . As-tu déjà écrit des billets sur ces thématiques?

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  7. 26 janvier 2017 17 h 48 min

    «je pense que tu choisis des livres de 500 pages parce que tu peux lire la cote au complet»

    Celui du billet que tu commentes ici en compte 152 (y compris les pages où il n’y a rien…). Par contre, celui que je lis actuellement en compte 528… Quant à lire la cote, je ne sais pas trop de quoi tu parles.

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  8. Richard Langelier permalink
    26 janvier 2017 20 h 20 min

    Je conclus que tu ne te tords pas le cou en cherchant un livre dans une bibliothèque. Ta vie est plus facile que la mienne. Je me console en me disant que je passerai moins de siècles au purgatoire que toi.

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  9. 26 janvier 2017 22 h 07 min

    Je les réserve presque tous. Comme j’en ai toujours sept ou huit en réservation à la fois à la Grande bibli et dans le réseau des biblis de Montréal, je n’en manque jamais. J’en ai parfois trop, mais c’est très rare que je ne parvienne pas à tous les lire (dont un bon nombre de polars…), car il y en a toujours un ou deux que je peux renouveler et que je garde en réserve.

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