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Politiques de l’extrême centre

6 février 2017

politiques-de-lextreme-centreLe message du livre Politiques de l’extrême centre d’Alain Deneault se résume aisément : Radicalisez-vous! En plus des dessins de Clément de Gaulejac qui enjolivent ses première pages, ce livre de moins de 100 pages est divisé en 24 chapitres non titrés. Je vais tenter de présenter les sujets qu’ils abordent et, lorsque je le jugerai pertinent, de les commenter.

Les chapitres

  • Se déclarer «de gauche, mais», c’est enlever tout sens à la gauche;
  • aux États-Unis, se déclarer «libéral, mais de gauche», c’est accepter la loi du plus fort, en tentant juste d’atténuer les conséquences de cette iniquité, sans la remettre en question;
  • en Amérique du Nord, les distinctions entre les positions de droite et de gauche ne portent que sur des nuances du libéralisme;
  • même les oppositions les plus fortes du libéralisme ne portent que sur certaines de ses manifestations, pas sur ses fondements (enfin, c’est ce que je crois avoir compris);
  • il y a de plus en plus de groupes contestataires, mais ils fonctionnent trop à l’indignation et ne mettent de l’avant aucun «concept structurant en vue d’institutions à venir qui tonifieraient cette collectivité, ni d’images qui la traduiraient fièrement»;
  • se déclarer «de droite, mais», c’est vouloir un capitalisme moins prédateur, mais toujours axé dur la croissance infinie;
  • être d’extrême centre, c’est souvent pratiquer l’art de ne rien dire;
  • François Hollande est probablement la quintessence de l’extrême centre, refusant d’assumer l’étiquette socialiste de son parti;
  • l’idéalisation de la classe moyenne gomme le fait que la moitié de la population n’en fait pas partie;
  • l’appartenance à la classe moyenne est souvent éphémère si un membre de la classe supérieure décide de nous priver d’emploi;
  • Éric Bédard, un «conservateur, mais» social-démocrate, est un exemple de ceux qui tuent les idées;
  • c’est même rendu que certains gestionnaires veulent transformer l’appartenance à leur entreprise à une religion, la marque commerciale devenant un lien spirituel;
  • en raison du manque de distinction entre la droite et la gauche, l’extrême droite tire son épingle du jeu et les radios poubelles gagnent en popularité;
  • l’extrême centre favorise l’émergence des carriéristes (j’ajouterais «et des sauveurs de la nation»…);
  • la véritable gauche «touche à la manière dont le sujet arrive à se donner des institutions sociales qui lui ressemblent et qui lui permettent de dire le fait de sa volonté»; elle «s’emploie à penser un cadre dans lequel le sujet collectif échange souverainement avec lui-même, pour établir l’ordre des contraintes qu’il entend s’administrer sur le plan de sa diversité, des formes de liberté leur étant strictement conséquente.»;
  • le citoyen en vient à se demander qui est vraiment au pouvoir et à se construire des explications basées sur des complots;
  • l’extrême centre mène inévitablement à la médiocratie (thème du livre précédent de l’auteur dont j’ai parlé dans ce billet);
  • l’auteur décrit cinq types de réactions face à cet état de fait, toutes plus aliénantes que les précédentes, et aucune n’est positive (pourtant, je connais plein de personnes qui font leur travail avec passion, ce qui n’existe pas dans la typologie de l’auteur);
  • le dernier chapitre aborde la question de ce qu’on peut faire pour résister : «Cesser de s’indigner et passer à la question suivante, travailler sans fin à une synthèse des causes valables, s’organiser au-delà des esprits de chapelle et des replis sectaires, moquer l’idéologie, réduire à des objets de la pensée les termes que la propagande cherche à inscrire au siège de la subjectivité, transcender les modalités d’organisation hégémoniques, et s’essayer à des formes instituées qui nous ressemblent».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Je ne répondrai pas… Ce livre n’est pas long à lire, ça, c’est clair. Mais l’auteur dépeint de façon tellement noire notre société que ce livre est profondément déprimant. Je n’ai rien contre, ma vision de l’état de la société actuelle n’est pas beaucoup plus positive que celle d’Alain Deneault, mais j’y vois quand même plus de personnes y vivre positivement que lui. Je voudrais aussi la voir changer, mais je n’ai pas besoin de la décrire aussi négativement qu’il le fait pour en avoir le goût et pour y travailler.

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6 commentaires leave one →
  1. 12 février 2017 12 h 54 min

    Je viens de lire rapidement Vivement après-demain de Jacques Attali, octobre 2016. C’est pas jojo non plus mais instructif ! Il souhaite un ordre mondial.

    211 pages à part les notes que vous déplorez en fin de livre plutôt qu’en bas de page.

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  2. 12 février 2017 12 h 56 min

    Je ne sais pas si ce livre m’intéresserait vraiment…

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  3. 15 février 2017 5 h 47 min

    J’ai lu plusieurs de ses essais : Les juifs, le monde et l’argent, 2002; L’homme nomade, 2003; Une brève histoire de l’avenir, 2006; Demain qui gouvernera le monde; La confrérie des éveillés, roman, 2004; Karl Marx ou l’esprit du monde, 2005, biographie; Phares. 24 destins, biographies; Gândhî ou l’Éveil des humiliés, 2007, biographie, je ne suis pas certain. Je me demandais où il en était depuis Une brève histoire de l’avenir, bientôt 10 ans.

    Vivement après demain est un étalage de faits enrageants ou prometteurs; quatre chapitres seulement après une introduction d’une dizaine de pages avant des notes et des remerciements : La rage, L’explication, La colère, Le meilleur des mondes. Je ne saurais mieux résumer que Fayard le fait :

    « Après Une brève histoire de l’avenir, Devenir soi et Prévoir l’avenir, Jacques Attali renouvelle entièrement son regard sur les quinze prochaines années, à la lumière des nouvelles connaissances accumulées dans tous les domaines, scientifiques, démographiques, idéologiques, géopolitiques, artistiques. Des menaces et des promesses du monde. Il est allé enquêter en mille endroits sur les signaux faibles qui préparent l’avenir. Il en arrive à des conclusions radicalement neuves et surprenantes sur ce qui nous attend et surtout sur ce que nous pouvons faire.

    Car, même si beaucoup de nuages s’accumulent à l’horizon, les moyens ne manquent pas de construire le meilleur du monde, de devenir soi, d’éviter que la colère et la rage ne se transforment en violence planétaire, d’échapper aux menaces climatiques, au terrorisme et au suicide technologique. À condition de comprendre que la meilleure façon d’y parvenir, d’être heureux dans un monde serein, est d’aider les autres à devenir soi, de remplacer l’égoïsme suicidaire par un altruisme lucide. 
    Ainsi pourra-t-on dire : Vivement après-demain ! » 

    et Jacques Attali en quatrième de couverture à cet autre.

    « Nous avons laissé se mettre en place, partout, au nom de la liberté, une société régie par l’argent, sans laisser surgir, en contrepoids, une autre éthique, libératrice. Telle est la cause de tous les malheurs du monde. Demain, la rage qui en découle pourrait devenir colère et s’étendre en une guerre de tous contre tous.

    Si elle renonce à vouloir faire triompher l’altruisme en instaurant un état de droit international, l’humanité devra, une fois de plus, passer par une explosion destructrice, dont la violence planétaire que nous vivons aujourd’hui n’est qu’une infime annonce.

    Est-il trop tard ? Je ne le pense pas. Il nous faut prendre conscience de la réalité du monde. Et de l’urgence d’y prendre le pouvoir.

    Telle est l’ambition de ce livre. Raconter tout ce qui peut toucher le monde, pour le meilleur et pour le pire, d’ici à 2030. Et donner les moyens de connaître ses promesses et ses menaces, pour que chacun ait le courage d’agir, pour soi et pour le meilleur du monde. » J. A.

    Ça change les idées de L’idée de justice d’Amartya Sen et de La juste Inégalité : Essai sur la liberté, l’égalité et la démocratie de Robert Dutil.

    Il m’a rappelé des choses que j’avais apprises d’Hubert Reeves.

    Ce livre enrichi le débat public. Il pourrait vous remettre un peu d’avoir lu Politique de l’extrême centre d’Alain Deneault, c’est tour à tour réaliste, optimiste, pessimiste, humaniste.

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  4. 15 février 2017 8 h 33 min

    C’est bizarre, votre commentaire s’est retrouvé dans les «indésirables». Peut–être à cause de sa longueur, je l’ignore. C’est même étonnant que je l’aie vu (je les efface souvent sans trop les regarder).

    Bon, je vais mettre ce livre dans ma liste, mais il y en a beaucoup!

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  5. 15 février 2017 13 h 30 min

    Je pense que Vivement après-demain est un genre de testament; et là, il ne s’agit pas d’une Cadillac pas payée où l’essence redeviendra de plus en plus rare, donc chère. Quoique globalement, peut-on laisser autre chose en héritage actuellement?

    Vivement après-demain à mon avis fait plutôt suite à Demain qui gouvernera le monde, 2011, qu’à Une brève histoire de l’avenir, 2006.

    De ses livres que je n’ai pas lu, je lirais en premier Devenir soi, Fayard, 2014; en deuxième, Le sens des choses qu’il a écrit avec Stéphanie Bonvicini en 2009.

    Askimet pour WordPress se serait donc interposé. Question de longueur ? Je ne crois pas, j’ai vérifié qu’un texte de plus de 1000 mots passait en commentaire dans mon blogue.

    Je dirais plus deux doublons de texte prélevé chez Fayard et décintre fr sans mettre de lien et avoir changé les caractères en Arial dans mon éditeur de texte pour uniformiser et non cacher le fait.

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  1. De quoi Total est-elle la somme? |

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