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Les grands auteurs de la pensée économique et quelques citations

27 février 2017

grands-auteursDe tous les sujets liés à l’économie, c’est l’histoire de la pensée économique qui me passionne le plus. J’ai d’ailleurs consacré il y a cinq ans quatre billets au gigantesque et merveilleux Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire de René Passet, sous la forme de citations de John Maynard Keynes, Friedrich August von Hayek, Milton Friedman et René Passet lui-même. Les trois premiers se retrouvent encore fréquemment dans les dix billets les plus lus quotidiennement sur ce blogue (sur les près de 1200 qui s’y trouvent), dont deux au moment où j’écris ce billet.

Pourtant, je n’ai jamais eu de cours sur l’histoire de la pensée économique durant mes études en économie. On comprendra dans ce contexte que je me suis précipité sur mon ordi (en fait, j’étais déjà devant lui) pour réserver le livre Les grands auteurs de la pensée économique de Gilles Dostaler dès que j’ai pris connaissance de sa publication. J’étais surpris de la parution de ce livre, car Gilles Dostaler est décédé en 2011 et que je n’avais jamais entendu parler de ce livre (il semble pourtant qu’il ait été publié en France en 2012 et en 2015; j’ai dû ne pas être suffisamment vigilant, quoique ces versions ne sont pas disponibles dans mes bibliothèques favorites…). La conjointe et relectrice de l’auteur, Marielle Cauchy, précise dans la postface que les textes contenus dans ce livre ont d’abord été publiés dans la revue Alternatives économiques à raison d’un par mois pendant près de dix ans.

J’étais d’autant plus attiré par ce livre que j’ai grandement apprécié les livres que j’ai lus de cet auteur et que toutes les personnes que je connais qui ont suivi son cours sur l’histoire de la pensée économique en ont parlé avec enthousiasme. Dans la préface, Ianik Marcil, qui fut semble-t-il un des chouchous de l’auteur (c’est une blague…), raconte d’ailleurs que ses rencontres avec lui ont été déterminantes dans son cheminement.

Comme ce livre d’un peu plus de 500 pages présente 80 penseurs marquants de l’économie (dont seulement trois penseuses, Rosa Luxemburg, Joan Robinson et Irma Adelman, même pas Elinor Ostrom, la seule femme qui a reçu le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel), dont un bon nombre dont je n’avais jamais entendu parler (Arai Hakuseki, ça vous dit quelque chose?), il m’est bien sûr impossible de même mentionner leur nom. On les trouvera dans la table des matières qui est offerte sur cette page de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Le contenu

Chacun des textes est présenté de la même façon. L’auteur amorce son texte avec une courte présentation de la contribution du penseur, développe sur celle-ci et le termine avec une biographie présentant les faits marquants de sa vie par année, biographie qu’il intitule «(nom du penseur) en quelques dates». Le tout comprend de six à huit pages (publiées en caractères relativement petits, mais lisibles). J’aime beaucoup ce type de présentation uniformisé.

Quelques citations

La première citation que je présente est tirée de l’œuvre majeure de Montesquieu, De l’esprit des lois, parue en 1748.

«la finance détruit le commerce par ses injustices, par ses vexations, par l’excès de ce qu’elle impose»

Le pasteur Thomas Malthus a entre autres écrit cette phrase qui l’a rendu célèbre en 1798 (il cherchait à faire abolir les aides aux pauvres). Heureusement, le reste de son œuvre est plus acceptable…

«Un homme qui est né dans un monde déjà occupé, s’il ne peut obtenir de ses parents la subsistance et si la société n’a pas besoin de son travail, n’a aucun droit de réclamer la plus petite portion de nourriture, et en fait, il est de trop. Au grand banquet de la nature, il n’y a pas de couvert mis pour lui.»

Changement de registre… Rosa Luxemburg y va de cette citation prémonitoire (ou faisant preuve de clairvoyance, comme l’a dit plus tard Joan Robinson).

«Plus s’accroît la violence avec laquelle à l’intérieur et à l’extérieur le capital anéantit les couches non capitalistes (…), plus l’histoire quotidienne de l’accumulation dans le monde se transforme en une série de catastrophes et de convulsions.»

Là, je vais tricher un peu, en citant l’auteur plutôt qu’un penseur (ce qui ne veut pas dire que l’auteur n’était pas un penseur…). Il s’agit d’une citation qui porte sur Wassily Leontief. Elle m’intéresse surtout pour sa justesse et aussi parce qu’elle dit clairement ce que j’ai déjà tenté de démontrer à de nombreuses reprises (notamment dans ce billet).

«Dans (un de ses livres), il (Leontief) critique la tendance répandue à construire des modèles dont les conclusions sont déjà incluses dans les prémisses»

Franco Modigliani, qui a notamment perverti la pensée de Keynes, a toutefois eu une bonne sortie sur les monétaristes et en particulier sur Milton Friedman :

«Friedman est convaincu que tout ce que fait le gouvernement est mauvais, Il a une mission à remplir et il semble accepter de sacrifier une part de son honnêteté intellectuelle pour y réussir.»

Samir Amin, lui, est bien loin des économistes orthodoxes…

«La civilisation humaine est donc à un carrefour dangereux : elle ne peut éviter la destruction qu’en s’engageant dans une nouvelle voie, une «alternative» comme on dit, qui est pour moi synonyme d’une longue transition vers un socialisme mondial. La vision néolibérale du monde, bien qu’apparemment triomphante, n’est pas viable.»

Michio Morishima, dont je n’avais jamais entendu parler, a déjà énoncé cette pensée très juste :

«Ainsi, pour comprendre la théorie économique, il n’est pas suffisant d’être familier avec le cadre mathématique de la théorie. Il faut aussi avoir une profonde connaissance des fondements sociaux, historiques et institutionnels de cette théorie.»

Ronald Coase, qui s’est notamment aperçu que les transactions ont un coût (ce que semblaient ignorer les économistes jusque là, et que nombre d’entre eux ignorent encore maintenant!), a pondu cette jolie phrase :

«Lorsque j’étais jeune, on disait que ce qui était trop stupide pour être dit pouvait être chanté. Dans la science économique moderne, on peut le formuler mathématiquement.»

William Baumol, lui aussi, rejette les modèles mathématiques, car l’objectif de l’économie est de :

«comprendre la réalité pour améliorer les circonstances dans lesquelles les gens vivent : fournir du travail aux sans-emploi, élever le niveau de vie des sans-abri, empêcher l’empoisonnement de notre atmosphère et la dégradation de notre environnement.»

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Même si on aimerait parfois que les textes développent un peu plus sur l’apport des penseurs présentés, la grande variété des visions de l’économie qu’on y trouve justifie tout à fait sa lecture. Comme dans tout livre de ce genre, on peut déplorer l’absence de certains penseurs (et dans ce cas, surtout de penseuses), mais on doit souligner l’effort de l’auteur pour nous présenter non seulement les penseurs les plus connus de la discipline, mais aussi certains qui sont peu connus hors de leur sphère, même s’ils ont développé une pensée originale.

On sort de ce livre avec à la fois une vision plus complète de la pensée économique et avec le sentiment qu’il est assez incroyable que de grands penseurs aient des perceptions aussi différentes de l’économie qui fonctionne pourtant sensiblement de la même façon pour tous. Mais, malgré ces visions différentes et même si on s’interroge encore sur les mécanismes qui la gouverne, l’économie continue de fonctionner (même si elle ne le fait pas comme on le voudrait). Cela montre aussi bien la complexité de l’univers étudié par cette discipline que le fait que les valeurs des auteurs (ou leur idéologie) influencent grandement la lecture qu’il font des mêmes réalités. Ne serait-ce pour prendre connaissance de ces visions bien différentes, ce livre vaut certainement le détour!

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4 commentaires leave one →
  1. Jerome Ruffin permalink
    27 février 2017 6 h 07 min

    chère jeanne, je ne suis pas économiste mais un lecteur anonyme et assidu de vos notes… a l’approche des élections je tombe de plus en plus souvent sur des articles prônant l’ultra-liberalisme… et notamment celui-ci : https://www.contrepoints.org/2017/02/27/282340-idee-recue-relancer-consommation?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=ca22cbf148-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-ca22cbf148-114085577&mc_cid=ca22cbf148&mc_eid=ce0de052de

    pouvez vous m’aider a contrer ces arguments, bien a vous, jerome

    J'aime

  2. 27 février 2017 7 h 04 min

    Merci pour les bons mots.

    Je vais lire votre article et verrai ce que je peux faire. Mais, je ne raffole pas de ce genre d’exercice qui demande en général beaucoup de temps.

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  3. 27 février 2017 10 h 03 min

    Ce texte est un condensé de sophismes (dont celui de l’épouvantail ou de l’homme de paille, notamment quand il décrit le keynésianisme et l’effet multiplicateur – il n’a jamais entendu parler de la vélocité, semble-t-il), de contradictions et d’idées zombies (comme l’économie de l’offre, la neutralité de la monnaie, la théorie quantitative de la monnaie, la quantité fixe de production, etc.). Comme je le disais, cela prendrait des pages à contredire, ce qui a été fait des centaines de fois sans empêcher ces idées de se répandre. Y croient les personnes qui veulent bien y croire.

    Je vous suggère de lire Économie zombie : Pourquoi les mauvaises idées ont la vie dure…de John Quiggin (livre auquel j’ai consacré cinq billet à https://jeanneemard.wordpress.com/tag/zombie-economics/) ou encore L’imposture économique de Steve Keen (auquel j’ai consacré seulement deux billets à https://jeanneemard.wordpress.com/tag/limposture-economique/)., et de cesser de fréquenter ce site!

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  4. 27 février 2017 12 h 43 min

    @Jerome Ruffin

    Les citations de Franco Modigliano, Michio Morishima et Ronald Coase sont déjà une réponse a l’article néo-libéraliste.

    L’auteur part du principe qu’on relance l’économie par l’épargne, comme quoi moins de demande relance l’économie!
    C’est comme redémarrer une voiture, au lieu de survolter la batterie, on demande aux gens de pousser la voiture… et que le type au volant maintient le frein pour ménager sa voiture!!!

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